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BIBLIOGRAPHIE
SELECTIVE |
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De la surdétermination à l’incompatibilité énergie-vide
: l’appréhension micropsychanalytique du vide.
Daniel Lysek, Micropsychanalyse. Revue de la Société Internationale
de Micropsychanalyse, Rome, Borla, 1991
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Bien que trente rayons
Convergent au moyeu
C'est le vide médian
Qui fait marcher le char
Lao Tseu1 |
esdames,
Messieurs, chers Confrères,
A l'ouverture de ce second symposium
consacré aux apports de
la micropsychanalyse dans le prolongement de la psychanalyse freudienne,
le comité d'organisation a plusieurs raisons de se réjouir.
Non seulement la réponse des micropsychanalystes à notre
appel de communications a dépassé notre attente, mais
la diversité des abstracts que nous avons reçus montre
bien la vivacité de la pensée micropsychanalytique. De
fait, les innovations techniques de la micropsychanalyse, loin de n'ouvrir
qu'une pratique particulièrement féconde, dégagent
un champ de recherches quasi inépuisable. Avec le modèle
de l'organisation énergétique du vide introduit par S.
Fanti dans L'homme en micropsychanalyse2 les
micropsychanalystes disposent d'un outil métapsychologique extrêmement
stimulant, mais dont certains aspects peuvent poser problème.
Tout micropsychanalyste doit donc mettre ces notions nouvelles à l'épreuve
de sa propre expérience, vérifier si elles sont aptes à expliciter
les observations issues des longues séances et finalement réévaluer
sous leur éclairage les connaissances classiques.
Un symposium
comme celui-ci fournit précisément l'occasion
de faire le point sur des questions suscitant des réponses divergentes
et il offre au chercheur un lieu où exposer des idées
originales afin d'en débattre. Nous tenons beaucoup à cette
ouverture à la discussion car, lorsqu'on pousse de plus en plus
loin l'investigation psychique, on entre nécessairement dans
des zones limites, aux contours souvent flous, où le domaine
expérimental peut insidieusement céder le pas à la
spéculation.
En me plaçant dans cette perspective épistémologique,
j'aimerais parler de l'appréhension du vide en micropsychanalyse.
Elle constitue effectivement un apport si révolutionnaire qu'elle
pourrait sembler abstraite, alors qu'au contraire elle s'impose par
la pratique. D'ailleurs, cette appréhension utilise nombre d'éléments
qui appartiennent déjà à la psychanalyse classique.
Mais, en les laissant s'élaborer dans le «laboratoire associatif»
des longues séances, la micropsychanalyse finit par devoir les
reformuler métapsychologiquement.
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Aspects du vide
au point de vue classique
On peut dégager, chez les psychanalystes,
une constellation de réflexions
gravitant autour de la notion de vide et formant un terrain fertile sur
lequel la micropsychanalyse a pu s'appuyer. En voici quelques exemples.
D'abord, les classiques soulèvent souvent la question du vide
en analysant les situations de deuil, de perte d'organes ou de solitude
affective,
comme ils le font pour les vécus de béance et de manque
en rapport avec le complexe de castration. A un niveau plus profond,
le vide
est évoqué, parfois de façon explicite, à propos
des conséquences obsessionnelles de la défense par isolation
ou au sujet des brèches structurelles et relationnelles suscitées
par des mécanismes défensifs tels le déni, le clivage
ou la forclusion. On connaît aussi le rôle accordé depuis
longtemps par les kleiniens aux fantasmes oraux représentant la
mère vidée. Il faut mentionner encore les conceptions lacaniennes
selon lesquelles l'individu se forme à partir de coupures fondatrices
et d'objets du manque. Enfin, citons les travaux inspirés de l’Ego
psychology sur l'importance clinique des lacunes identificatoires au
niveau du moi.
Dans leur ensemble, ces travaux ne remettent pas en question
le cadre conceptuel classique mais s'intègrent, plus ou moins
fidèlement suivant
les écoles, à la représentation freudienne de
l'appareil psychique et des processus qui s'y déroulent : le
vide y est essentiellement traité soit sous l'angle de la perte
ou du manque, et donc ramené à une
particularité de la castration (primaire ou œdipienne), soit
sous l'aspect de carences dans la structure de la personnalité qui
induisent des déficits relationnels. Les raisons de cette approche,
qui nous paraît réductrice, sont faciles à comprendre,
au moins schématiquement. Dans une optique strictement freudienne,
la démarche
analytique s'arrête à la sexualité et à l'agressivité refoulées
: une analyse vise à mettre en évidence les contenus
agressifs-sexuels enclavés dans l'inconscient, comme les mécanismes
qui ont causé cet enclavement et les transpositions qui président à leurs
manifestations dans le conscient, le corporel ou l'acte.
Ainsi, la psychanalyse
reste dans le cadre de dynamismes dont l'existence dans le champ anthropologique
est universellement admise. En ne poussant
pas au delà de l'humain son interrogation sur la nature et l'origine
des forces en jeu dans les conflits psychiques, la psychanalyse se
trouve maintenant (ce ne fut pas toujours le cas) dans une position
confortable
scientifiquement. Mais elle est aussi condamnée, lorsqu'il s'agit
de cerner les sources primaires ou l'organisation basale de la sexualité et
de l'agressivité, à évoquer un Eros-Thanatos inévitablement
spéculatif dans ce contexte ou à attendre de la biologie
un secours qui tarde à venir.
Quant à elle, l'investigation
micropsychanalytique conduit également à appréhender
l'agressivité-sexualité refoulée et à dégager
les effets dynamiques et structurels du complexe de castration. Mais
au terme de cette démarche, on entraperçoit quelque chose
qui dépasse l'humain et même le biologique, on se trouve
aux prises avec ce qui apparaît être une organisation énergétique
neutre et surtout une relation essentielle à un vide a-spécifique.
Ainsi, quant à la position nucléaire incontestable de
la castration, les longues séances engagent à dépasser
le modèle auquel se tient la psychanalyse. En effet, elles tendent à indiquer
que, si le complexe de castration occupe une telle place dans l'inconscient,
c'est parce qu'il réplique et spécifie à ce niveau
les particularités de dynamismes fondamentaux ayant trait au
vide.
Il s'agit là d'une constatation très dérangeante
tant est vive la pression de refoulement qui s'oppose à l'appréhension
analytique de la castration, pression qui s'accroît encore lorsqu'on
tente d'aller au delà. Force est pourtant de la surmonter car
un ensemble de données confluantes viennent alors corroborer
l'hypothèse
qui donne au vide un rôle structurel et fonctionnel primaire.
Essayons d'en passer quelques unes en revue. Ce sera l'élaboration
associative du matériel de séance (verbal ou non) qui
fournira la base et le fil d'Ariane de cet aperçu puisqu'elle
constitue notre seul instrument d'investigation spécifique.
Comme
je l'ai rappelé dans mon introduction à notre précédent
symposium3, la méthode associative prend une ampleur considérable
lorsqu'elle est mise en oeuvre selon la technique micropsychanalytique.
Elle permet aux associations libres de se développer spontanément
en longues chaînes ramifiées et interconnectées
qui finissent par s'organiser d'elles-mêmes en grandes lignées
associatives jalonnant l'ensemble du parcours analytique. En suivant
et en remontant les chaînons et les enchaînements de ce
matériel,
on est frappé par un mécanisme clef, la surdétermination,
qui amène à évoquer le vide de manière
presque immédiate.
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Approche du vide par la surdétermination
Analytiquement, la surdétermination
se définit par le fait
que tout phénomène observé, à quelque niveau
que ce soit, peut être décomposé en plusieurs déterminants
sous-jacents, dont il constitue la résultante énergétique
et dynamique. Pour montrer en quoi la surdétermination témoigne
de l'importance du vide au point de vue psychique, éclairons cette
définition par une approche phénoménologique.
Voici
d'abord comment l'analysé expérimente la surdétermination.
Au fur et à mesure qu'il apporte et élabore son matériel
actuel, vital, fantasmatique et onirique, il réalise que certains
contenus manifestes témoignent d'un autre niveau psychique,
sous-jacent (ou plus précisément latent) et séparé du
conscient. Puis l'analysé perçoit progressivement, à travers
les rejetons de son inconscient et les revécus de son agressivité-sexualité utéro-infantile,
que chacun de ces contenus conscients ou manifestes exprime et condense
ponctuellement plusieurs noyaux inconscients qui sont autant de formations
cloisonnées et autonomes. Ce faisant, il finit par avoir conscience
qu'un travail est à chaque fois nécessaire pour établir
des connexions (par les mots, qui donnent un sens aux choses) entre
une manifestation et les différents noyaux qui l'alimentent.
Bien
entendu, chaque analysé le vit à sa manière,
ne retenant que certaines séquences particulièrement
significatives pour lui, sans percevoir clairement la plupart des liaisons
qui s'établissent associativement tout au long de son travail.
Sauf à l'écoute d'enregistrements, il ne saisit que quelques
instantanés du travail de mise en connexion qu'il effectue.
La visualisation de l'ensemble associatif revient à l'analyste
qui, tout en se laissant flotter dans le flux et le reflux associatifs,
fait aussi des recoupements à partir desquels il peut se représenter
les réseaux de surdétermination.
De cette vision d'ensemble
acquise par le micropsychanalyste, il ressort qu'en filigrane du matériel
associatif, la surdétermination
est omniprésente. Elle tisse un ensemble de fils virtuels qui
se nouent à la fois à un niveau donné et entre
différents niveaux.
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De la surdétermination à la discontinuité des entités
psychiques
Du plus superficiel au plus profond, on peut donner ce schéma
de la surdétermination :
1 . Chaque élément manifeste
du matériel renvoie à de
multiples entités préconscientes qui contribuent toutes à l'expliciter.
2.
Lorsque ces formations préconscientes sont à leur tour
creusées associativement, chacune d'elle va se ramener à des
composants représentationnels-affectifs qui correspondent à des
caractéristiques co-pulsionnelles (source, poussée, objet,
but), or, ces composants ou caractéristiques s'inscrivent tous
comme des déterminants partiels et éclatés de
la formation préconsciente en question.
3. Par la suite, quand
n'importe lequel de ces composants ou caractéristiques
sera analysé à son tour, il en jaillira associativement
plusieurs éléments menant chacun une existence propre
: d'une part de multiples schèmes inconscients dynamiques (donc
des désirs, des défenses et des fantasmes), d'autre part
de multiples contenus inconscients structurels (donc des groupes organisés
de représentations et d'affects).
4. Par creusements successifs,
ces schèmes et contenus inconscients
vont à leur tour conduire à de multiples vécus
utéro-infantiles refoulés, renvoyant à de multiples
contenus représentationnels-affectifs onto- et phylogénétiques...
5.
Il semble qu'en poursuivant le creusement associatif, cette séparation-dispersion
pourrait se faire à l'infini; en pratique, le matériel
conduit à un point limite où l'on ne peut plus se représenter
autre chose que des modules énergétiques sans spécificité,
que nous appelons essais, et un dynamisme également a-spécifique,
que nous appelons dynamisme neutre du vide (Dnv) - on y reviendra et
on comprendra alors mieux pourquoi nous rapportons ce dynamisme au
vide.
La surdétermination a évidemment des correspondances
dans le domaine somatique et physique; la séquence précédente
aurait donc pu être complétée par des lignes de
surdétermination reliant les entités psychiques au neurophysiologique
et au cellulaire par le truchement du ça. Pour en rester au
plan psychique, c'est la surdétermination qui fait apparaître
progressivement, en une image inversée, les mécanismes
efficients de l'inconscient (refoulement, projection et identification)
et ses mécanismes élémentaires (déplacement
et condensation), grâce auxquels on parvient à se faire
une idée du processus primaire, puis à se représenter
la structure du ça-inconscient.
Voilà pourquoi la méthode
associative est l'instrument idéal - et peut-être unique
- pour appréhender la
dimension inconsciente du psychisme. Effectivement, dès que
l'on arrive au niveau de l'inconscient, les phénomènes
ne sont plus observables directement, en tant que tels. On ne peut
en avoir qu'une expression déformée au niveau préconscient-conscient.
C'est certainement là une des grandes découvertes freudiennes.
De manière parfaitement convaincante, Freud a montré que
la partie la plus importante de notre psychisme non seulement échappe à notre
connaissance immédiate mais n'est saisissable qu'en étudiant
ses manifestations. Et cela par nature : au niveau de l'inconscient,
des lois différentes régissent le fonctionnement des
entités. Or, il en va du vide pour la micropsychanalyse comme
de l'inconscient au point de vue freudien : notre esprit ne nous donne
pas de renseignement immédiat sur lui, le vide s'appréhende
associativement, en particulier grâce à la surdétermination,
parce qu'il obéit à d'autres lois que nos entités
psychomatérielles.
Envisageons donc ce qu'enseignent les associations
libres et la surdétermination
quant au vide. Elles permettent bien de dresser une carte du psychisme,
mais discontinue, non linéaire, établie à la faveur
de ponts qu'on réussit à jeter entre des formations disjointes,
de sauts entre des niveaux qui ne s'ajustent pas. Il apparaît
clairement que les contenus psychiques sont, dans leur essence, séparés
les uns des autres et, plus on creuse, d'une indépendance croissante.
En d'autres termes, on constate l'existence d'une discontinuité psychique
essentielle, dont les conséquences structurelles et fonctionnelles
sont telles que l'on finit par concevoir que le vide en constitue la
clef.
Dans l'espoir de gagner en clarté ce qui se perdra en rigueur,
l'appréhension micropsychanalytique du vide va être exposée
maintenant en distinguant un aspect structurel et un aspect fonctionnel
(on verra par la suite qu'ils se superposent largement) et en les présentant
sous forme de quelques illustrations qui iront du superficiel au profond.
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Le vide au point de vue structurel
La personnalité d'un individu,
loin d'être monolithique ou même
homogène, apparaît à l'analyse comme une mosaïque
formée
d'éléments disjoints qui ont beaucoup de peine à former
une architecture à peu près cohérente. Plus intimement,
c'est une scission (entre inconscient et préconscient-conscient) qui
fonde la notion même d'appareil psychique. Il n'y a pas de continuité matérielle
entre les noyaux inconscients et leur expression manifeste, mais une suite
de sauts (déplacements-condensations) qui se produisent tout au long
de l'élaboration primaire puis secondaire et qui impliquent à chaque
niveau une modification structurelle. Si bien qu'un rejeton de l'inconscient
ne constitue pas un ensemble compact ou même linéaire, mais une
mosaïque disjointe d'éléments déformés. Ces éléments
présentent fréquemment des incompatibilités structurelles
qui les empêchent de s'emboîter entre eux et avec les autres entités
du préconscient-conscient. Un travail analytique, appelé élaboration
associative, est nécessaire pour que des connexions s'établissent.
C'est d'ailleurs l'élaboration associative qui contribue à expliquer
la différence d'impact entre les retours spontanés du refoulé (souvent
déstructurants) et ceux qu'engendre la levée analytique du refoulement
(normalement restructurants).
Quant aux instances (ça, moi, surmoi),
non seulement elles sont topiquement séparées les unes des
autres, mais elles ont chacune leur propre spécificité et agissent
pour elles-mêmes. Cette autonomie
concerne également le moi en tant qu'instance intégrative puisqu'il
doit, précisément pour jouer ce rôle, spécialiser
certains de ses constituants à négocier des compromis entre
des protagonistes qu'un fossé sépare. Et elle regarde aussi
les différents
groupes de représentations-affects qui constituent une instance :
ils sont autant d'îlots indépendants formant un archipel dont
l'apparente unité tient finalement à une organisation toujours
instable. Enfin, les représentations-affects ne sont à leur
tour que des traces énergétiques déformées (donc
plus ou moins lointaines) des caractéristiques co-pulsionnelles qui
leur ont donné naissance.
Ainsi, le matériel associatif et la
surdétermination conduisent à cette
vision de la structure psychique : il s'agit d'une organisation discontinue
d'entités discrètes, toutes séparées par du
vide; les entités étant en quelque sorte fermées sur
elles-mêmes,
l'ensemble des vides qui les circonscrivent sont en communication; ils
peuvent donc se concevoir comme un seul et même vide en continuité entre
les différents niveaux d'organisation, entre les entités
et entre leurs substructures.
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Le vide au point de vue fonctionnel
Le discours associatif témoigne
en permanence de vides fonctionnels sur lesquels joue la surdétermination.
Relevons d'abord les innombrables espaces aménagés par
la verbalisation pour que la pensée
s'élabore, le fonctionnement discontinu du système perception-conscience
indispensable à la gestion des sensations et à l'Einfall (survenu d'idée
incidente), les blancs et lacunes qui caractérisent la mémoire préconsciente-consciente
et d'où germent quantités
de constructions imaginaires, la soudaine remémoration survenant
quand l'esprit s'est vidé, le jaillissement d'une prise de conscience
au cours d'un silence... Au delà de ces faits bien connus, on
constate que les éléments d'un enchaînement associatif
ne s'accolent pas les uns aux autres, mais dessinent un pointillé plus
ou moins lâche. Il y a un décalage entre l'émergence
des représentations-affects et leur extériorisation,
ce qui donne l'impression, souvent vérifiée, que la verbalisation
associative creuse des vides grâce auxquels un travail d'élaboration
s'effectue.
L'élaboration associative à laquelle on assiste en séance
remonte certaines étapes de la surdétermination et permet
de reconstituer la genèse des manifestations psychiques. On
est alors régulièrement amené à concevoir
que le vide y joue un rôle déterminant que ce soit au
point de vue dynamique, en étant indispensable à la fonction
motrice et relationnelle du système pulsionnel, ou sous l'aspect économique,
en assurant les transmissions énergétiques. En effet,
par exemple, comment expliciter sans le vide les phénomènes
suivants? : la mobilité énergétique qui préside
aux mécanismes élémentaires (déplacements,
condensations) et efficients de l'inconscient (refoulement, projection,
identification); la possibilité pour l'énergie de sauter
du processus primaire au processus secondaire; les passages de l'interne à l'externe
avec retour à l'interne exécutés par les projections-identifications
secondaires (défensives); la perméabilité assurant
les translations entre le psychique et le somatique; l'influence réciproque
d'instances pourtant cloisonnées; la mise en rapport par les
co-pulsions d'entités que rien ne relie directement, telle une
zone érogène
et un objet-but externe ou purement psychique; la relation d'objet en
tant qu'elle permet la transmission et le décodage inconscient
d'informations sans contact repérable.
Bien que nécessairement
incomplet, cet échantillonnage
suffit à faire saisir que le vide a une fonction d'agent de liaison
entre les entités discontinues.
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La notion micropsychanalytique de synapse
A la lecture de ce qui précède,
on a pu comprendre que le vide est à la fois une sorte de barre
de séparation
et un trait d'union. S'il sépare les entités, il les
met aussi en relation puisqu'elles sont susceptibles de se communiquer
une
information, de se coordonner énergétiquement et de se
transmettre un investissement. Cette dualité du vide rappelle étrangement
ce que l'on sait, au point de vue anatomo-physiologique de la synapse
qui ménage un espace entre les neurones tout en assurant une
transmission entre eux. Faute de pouvoir accéder directement
au vide lui-même,
on tente donc de modéliser son rôle en émettant
précisément
l'hypothèse que l'appareil psychique fonctionne synaptiquement.
Dans le langage micropsychanalytique, le terme de synapse et son adjectif
synaptique ont par conséquent un sens spécifique et extensif
qui se réfère à notre modèle métapsychologique.
D'où cette définition: «synapse = mode général
de liaison des paquets énergétiques grâce au vide
qui les sépare et dans lequel s'élabore le substrat d'une
continuité»4.
En somme, nous concevons la relation et
le passage entre les différentes
entités psychiques marquant chaque étape de la surdétermination
comme une transmission énergético-dynamique grâce à un
vide faisant office de synapse. Si la surdétermination est une
notion freudienne classique, l'envisager dans le contexte d'une mécanique
synaptique en constitue le prolongement micropsychanalytique. Ainsi,
la micropsychanalyse ne se contente pas d'élargir le champ d'expression
technique de la surdétermination, mais elle cherche à en
pousser l'investigation jusqu'à ses mécanismes intimes.
Ce qui lui donne la possibilité d'intégrer l'ensemble
des observations concernant le vide dans une théorie cohérente.
En particulier, le modèle synaptique permet, à partir
de ce qui bouge au cœur de deux pleins, d'inférer la motricité qui
s'est jouée entre eux. Dès lors, au lieu de considérer
le vide comme une simple lacune ou un rien statique, on peut se représenter
deux choses importantes:
1. Le vide doit être le siège
d'un dynamisme fondamental, que l'on appelle Dnv, et le dernier support
conceptualisable des essais
(entendus, répétons-le, comme des modules énergétiques),
en émettant l'hypothèse que ces essais se ramènent
tous à la même énergie élémentaire,
le vide devient le substrat d'une source énergétique
basale qu'on appelle Ide (instinct d'essais), d'où la notion
de Dnv-Ide.
2. Le vide constitue un référentiel clair
pour le système
pulsionnel : on fait découler celui-ci du rapport que l'organisation énergétique
entretient avec le vide; cet aspect sera développé par
la suite, à propos de l'incompatibilité énergie-vide.
La
notion de synapse a une portée considérable dans la
pratique, dont il va être question maintenant. Comme la surdétermination,
l'élaboration associative peut être envisagée en
termes synaptiques : elle établit des relations qui sont autant
de ponts fonctionnels jetés sur des vides laissés par
un refoulement sous-jacent et répercutés par les défenses
subséquentes. Plus on avance dans l'expérience analytique,
plus on constate que ces vides sont structurels et jouent un rôle
synaptique. Même après réanalyse multiple, ils
restent présents, mais ils sont reperméabilisés
par la levée du refoulement et l'assouplissement des défenses.
En d'autres termes, l'élaboration associative permet un passage à travers
des synapses qui étaient bloquées et donc un flux énergétique
plus physiologique.
On retrouve là, affiné, le constat
auquel conduisait la surdétermination : la méthode associative
est bien l'instrument parfaitement approprié à l'investigation
du psychisme inconscient. La règle fondamentale favorise des
passages synaptiques spontanés répondant à une
transmission psychique naturelle. Que l'on envisage le creusement d'un
niveau de structuration à l'autre ou le jaillissement à partir
du ça-inconscient, le saut entre deux mondes différents
(l'inconscient et le préconscient-conscient) s'effectue en jouant
sur des synapses préexistantes ou nouvelles. D'ailleurs, la
classique connexion entre représentations de mots (préconscientes)
et représentations de choses (inconscientes) est bien synaptique
puisqu'il y a transmission et coordination énergétique
entre les premières et les secondes, sans qu'elles fusionnent.
Pour
en rester à ce que la prise en considération du
vide (et donc de la synapse) apporte à la pratique, je vais
aborder maintenant quelques données classiques importantes,
que je mettrai en rapport avec leur approfondissement issu de l'expérience
micropsychanalytique. Commençons par les notions freudiennes
d'équivalence symbolique et de mécanique sphinctérienne.
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Du fonctionnement sphinctérien à la mécanique synaptique
Freud
a montré qu'il existe des équivalences inconscientes
entre pénis, fèces, enfant, cadeau et argent. S'établissant
au cours de la petite enfance en relation avec l'érotisme anal,
elles jouent un rôle de premier plan dans la structuration de
l'inconscient et dans les conflits névrotiques jusqu'à leur
expression symptomatique. Les psychanalystes ont par la suite ajouté plusieurs
termes à cette liste d'équivalences, par exemple le sein
au point de vue oral.
Toute micropsychanalyse établit, de son
côté, que
ces équivalences forment en réalité de véritables équations
que nous appelons, à la suite de P. Codoni, équations
d'équivalents
psychobiologiques5. Il
a introduit cette notion parce qu'elle est plus précise et plus
opérationnelle que le concept
classique d'équivalence symbolique. La pratique montre effectivement
que ces équivalents, qui sont des complexes de représentations-affects,
mémorisent structurellement et véhiculent dynamiquement
de véritables vécus psychobiologiques, c'est-à-dire
des expériences co-pulsionnelles spécifiques enregistrées
au cours du développement utéro-infantile et phylogénétique.
Dans la mesure où les équivalents psychobiologiques sont
fixés par le refoulement, ils obéissent aux lois de l'inconscient;
ainsi, chacun d'eux peut devenir un objet d'investissement agressif-sexuel égal à l'autre
et le substituer dans la structuration des désirs, des mécanismes
de défense et des fantasmes. D'où le terme d'équation
qui rend compte des déplacements continuels d'un équivalent à l'autre,
sur la base de cette égalité. Avec ce qui en a été dit
précédemment, on comprendra aisément que, pour
nous, ces translations se font de manière synaptique et que
le travail d'analyse y joue un rôle actif lorsqu'il perméabilise
des synapses jusqu'alors bloquées.
Avec les longues séances,
les équations comprennent assez
de termes pour qu'on puisse les qualifier de séries équationnelles.
Dans une analyse complète se dessinent progressivement trois
séries
clefs. La première comprend différentes équations
d'équivalents psychobiologiques du pénis (qui spécifient
et élargissent l'équation freudienne pénis = fèces
= enfant = cadeau = argent, en donnant à chacun de ses termes
un sens particulier, suivant les vécus intériorisés
du sujet, et en y insérant d'autres équivalents péniens
ressortant également de son histoire). Quant aux deux autres équations,
elles s'insèrent immédiatement dans la réalité du
vide. Il s'agit, en effet, d'une lignée d'équivalents
psychobiologiques des ouvertures corporelles; par exemple : bouche
= anus = méat
urétral = narine = orifice auriculaire = orifice mammaire =
ombilic = col et cavité de l'utérus... Et d'une lignée
d'équivalents
de l'absence de pénis, dont les objets fétiches sont
des illustrations.
Ces trois types d'équivalents sont en étroit rapport associatif
les uns avec les autres, ce qui reflète bien l'existence de synapses, à différents
niveaux, entre les trois lignées équationnelles. Des déplacements
synaptiques peuvent donc se faire autant linéairement, le long
d'une même équation, que d'une série à l'autre.
Une illustration rendra peut-être cela moins abstrait. Envisageons,
en la schématisant à l'extrême, une formation de
symptôme. Certains équivalents refoulés à tel
stade du développement sont parties constituantes de noyaux inconscients
(par exemple des représentations-affects de la pénétration
anale laissées par un vécu co-pulsionnel de scène
primitive); avec la structuration défensive de ce noyau et la
conflictuelle qui en découle, certains investissements se déplacent
synaptiquement sur d'autres équivalents, qui sont également
en rapport avec le vécu primaire, mais moins chargés au
départ (par exemple, des équivalents de sons, structurés
par un investissement particulier du dynamisme lié à l'orifice
auriculaire); ces équivalents deviennent alors satellites du noyau
et sont refoulés après coup; à partir de là vont
se créer des synapses de décharge tensionnelle utilisant
un équivalent apparemment anodin; le déplacement de la
charge conflictuelle sur ce dernier et la transformation de l'affect
en font un équivalent symptôme (par exemple tel objet bruyant
dont la personne a une peur phobique). Or, l'élaboration associative
met progressivement en connexion synaptique les termes manifestes de
certaines équations et les équivalents refoulés
qui les surdéterminent, modifiant ainsi le fonctionnement synaptique
de toute l'équation. Et cela sans que l'analyste doive, au moyen
d'interventions interprétatives, mettre en rapport forcé les équivalents
manifestes et refoulés.
Mais revenons à notre propos principal.
La micropsychanalyse permet de généraliser à toutes
les ouvertures corporelles, fantasmatiques ou somatiques, la mécanique
sphinctérienne
anale et orale décrite par la psychanalyse classique. Il ressort
en effet du matériel micropsychanalytique que le fonctionnement
co-pulsionnel de toutes les ouvertures corporelles
est vécu et
intériorisé de manière sphinctérienne.
Au point de vue métapsychologique, cette généralisation
repose sur l'étude des équations d'équivalents
psychobiologiques et, en particulier, sur la constatation suivante
: la dynamique retenir-évacuer
qui caractérise la mécanique anale apparaît être
une spécialisation de dynamismes plus fondamentaux, tels fermer-ouvrir,
resserrer-relâcher, garder-transmettre, posséder-perdre,
contenir-écarter, maîtriser-libérer, agglutiner-désagréger.
Dynamismes dont la constante est un rapport au vide prenant
la forme de : jouer le jeu du plein ou celui du vide, bloquer ou laisser
aller
un passage au vide. On peut donc considérer que cette généralisation
de la mécanique sphinctérienne en fait un fonctionnement
synaptique et, par là-même, la pose en confirmation expérimentale
du rôle métapsychologique que nous donnons à la
synapse.
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Mécanique synaptique et relation d'objet
Continuons à mettre
la métapsychologie micropsychanalytique à l'épreuve
de la pratique et abordons la question des relations d'objet - dont l'étude,
on le sait, est essentielle au cours d'une analyse. On peut résumer
cette étude ainsi : en décortiquant associativement ses
relations d'objet, l'analysé prend peu à peu conscience
de leurs aspects répétitifs, puis saisit qu'elles expriment
et lui permettent de revivre des situations relationnelles fixées à tel
ou tel stade de son développement agressif-sexuel. Ce faisant,
il établit des correspondances entre ses objets externes actuels
et des objets internes inconscients qui, analysés à leur
tour, vont se ramener à un assemblage d'équivalents psychobiologiques.
Effectivement, dans la mesure où ils sont refoulés et partie
constituante des noyaux inconscients, les équivalents psychobiologiques
deviennent source, objets ou buts de schèmes co-pulsionnels répétitifs
et donc objets de désirs et défenses spécifiques.
Cela revient à dire que les relations d'objet dépendent
en définitive de l'investissement d'équivalents psychobiologiques
et des séries équationnelles que ces équivalents
constituent au service de la réalisation des désirs et
des défenses. On peut franchir un pas de plus si l'on se souvient
que les co-pulsions conjuguent conflictuellement les équivalents
du pénis, ceux qui signent son absence et ceux qui ont trait aux
ouvertures corporelles. Cette conjugaison conflictuelle se ramenant,
comme on l'a vu, à engager une motricité ouvrant/fermant
un passage au vide, on peut en déduire que le plus petit dénominateur
commun des relations d'objet consiste en ceci : elles se mettent en oeuvre
selon une mécanique sphinctérienne-synaptique. Ainsi, toute
modalité relationnelle a pour dynamisme élémentaire
la séquence : entité énergétique - vide -
entité énergétique - vide...
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Relation d'objet et incompatibilité énergie-vide
La psychanalyse
classique nous a familiarisés depuis longtemps
avec l'ambivalence qui imprègne, à des degrés
divers, toutes les relations d'objet. Dès lors, comment intégrer
cette conflictuelle ambivalente à notre modèle synaptique?
Au fur et à mesure que se décortiquent associativement
les désirs-défenses sous-jacents à l'ambivalence
relationnelle, on met au jour une série d'incompatibilités qui
se surdéterminent de niveau en niveau. Par exemple : au point
de vue œdipien, l'incompatibilité entre la fusion incestueuse
et le meurtre annihilateur qu'elle implique, comme celle entre la nécessité vitale
du pénis et le vécu de la castration; durant le stade
anal, l'antagonisme irréductible entre le désir d’emprise
et d’isolation ; dès l’entrée dans la période
objectale, l’impasse entre les poussées d’individualisation
et l’angoisse de séparation ; lors de l’allaitement,
la contradiction absolue entre l’introjection fusionnelle et
le vécu de rejet consécutif à la dévoration
vorace ; au point de vue narcissique primaire, celle entre la
toute-puissance océanique et l'éclatement résultant
des vécus défusionnels; pendant la vie intra-utérine,
l'incompatibilité entre l'intimité psychobiologique avec
la mère et la solitude amniotique.
Il apparaît donc régulièrement,
au sein des modalités
relationnelles spécifiques à chaque stade du développement,
des incompatibilités dynamiques tenant à une opposition
entre des forces de liaison et de séparation, des poussées à combler
et à creuser un vide. Comme on a là une constante des
conflits psychiques, on postule que cela reflète une incompatibilité essentielle énergie-vide,
incompatibilité liée à leurs caractéristiques
opposées : tension et discontinuité pour l'énergie,
absence de tension et continuité pour le vide. Il s'en dégage
une ambivalence essentielle résultant de mouvements
pulsionnels opposés : 1) une tendance à aller vers le
vide définissant
micropsychanalytiquement la pulsion de mort; 2) une tendance à y échapper
spécifiant la pulsion de vie. Cette ambivalence est tellement
intrinsèque au dynamisme pulsionnel qu'en pratique, on ne voit à l'œuvre
au tréfonds de l'être qu'une seule pulsion, de mort-de
vie.
Prolongements psychobiologiques de la pulsion de mort-de vie, les
co-pulsions véhiculent chacune une affinité particulière
pour le vide (faite d'une certaine proportion d'attirance et de répulsion)
et la médiatisent synaptiquement par les équivalents
psychobiologiques. La spécificité de cette affinité pour
le vide dépend de la structure énergétique des
entités inconscientes et définit le terrain psychique
de l'individu.
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Incompatibilité énergie-vide et répétition
Comment
parler de pulsion sans aborder le thème de la répétition?
La redéfinition micropsychanalytique du système pulsionnel
amène à y ancrer les phénomènes répétitifs
de manière tout à fait originale, en distinguant deux
niveaux d'action.
Au niveau le plus basal, on conçoit un automatisme
de répétition
dont le ressort est la pulsion de mort-de vie et que gouverne un principe
universel, le principe de constance du vide. En effet, l'incompatibilité énergie-vide
implique une cascade d'actions-réactions : tout mouvement de
retour au vide provoque un mouvement d'échappement au vide,
entraînant
un mouvement de retour, et ainsi de suite... Il s'agit donc d'une infinie
répétition visant à satisfaire le principe de
constance du vide, c'est-à-dire à maintenir une sorte
de «constante
de vide» par le jeu d'abaissements tensionnels et/ou de mises
en continuité.
Au niveau de l'inconscient, le principe de constance du vide se trouve
relativisé par l'organisation psychobiologique et c'est le principe
de déplaisir-plaisir qui règne : il exprime le principe
de constance du vide en prenant en compte à la fois les caractéristiques énergétiques
des entités psychiques et celles du vide. Ainsi, l'automatisme
primordial de répétition génère, à ce
niveau plus structuré, les répétitions névrotiques
qui sont, elles, structurées co-pulsionnellement par les désirs
agressifs-sexuels refoulés et les défenses érigées
contre eux.
Grâce à cette conception, on parvient à intégrer
facilement le cas particulier des compulsions à la répétition
dont l'étrangeté est de répéter des expériences
de frustration qui semblent battre en brèche le principe de
plaisir. Leur but ultime n'est pas tant de rétablir un état
antérieur
anorganique que de jouer la carte du vide par certains équivalents
psychobiologiques. Telle est, en tout cas, la confirmation que la micropsychanalyse
peut fournir à l'hypothèse freudienne d'un «au delà du
principe de plaisir»; cependant, l'introduction du principe de
constance du vide permet de se passer d'un principe de Nirvâna
purement spéculatif.
Vu les incompatibilités essentielles que les entités
inconscientes mémorisent aussi bien des expériences de
satisfaction que de celles de frustration, le système pulsionnel
maintient l'homéostasie tensionnelle de l'inconscient en jouant
sur la répétition des unes et des autres. De par l'incompatibilité énergie-vide,
il ne peut y avoir qu'une action- réaction sans fin, se reportant
d'un niveau à l'autre, jusqu'à la manifestation répétitive;
que celle-ci soit bien ou mal ressentie, qu'elle reproduise une expérience
de satisfaction ou un vécu de frustration, elle a concilié co-pulsionnellement
les caractéristiques de l'énergie et du vide. C'est,
dans la relativité et l'instantanéité humaine,
une raison d'être amplement suffisante!
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Angoisse et peur du vide
Il existe naturellement d'étroits rapports
entre la répétition
et l'angoisse. On ne s'étonnera donc pas, en abordant celle-ci,
d'y retrouver les principaux éléments qui viennent d'être
traités dont, en dernière analyse, l'incompatibilité énergie-vide.
Au
point de vue économique, l'angoisse peut se définir
comme une tension entre le ça et le moi. Mais,
pour que cette définition prenne son sens micropsychanalytique,
il convient de rappeler que nous comprenons le ça comme une
charnière énergétique-pulsionnelle
régie par le principe de constance du vide et le principe de
plaisir; de son côté, le moi correspond à une structure
de représentations-affects visant à constituer et préserver
l'intégrité de la personne, en particulier par le turnover
désirs-réalisation de désirs, par la mise en œuvre
de formations défensives et par une relative prise en compte
du principe de réalité.
Il ressort de ces définitions que l'angoisse est fondamentalement
physiologique puisqu'inhérente à la tension énergétique
qui caractérise les entités et donc à l'incompatibilité énergie-vide.
Se répercutant de niveau en niveau le long de la charnière
du ça, elle peut s'enfler dangereusement à l'étage
des structures les plus spécialisées, car la complexification
de l'organisation énergétique implique des écarts
croissants quant au principe de constance du vide. Et on trouve là l'angoisse
névrotique qui, en plus de l'incompatibilité énergie-vide,
tient à la relative mise en échec du principe de plaisir, à l'intensité de
certains désirs refoulés et à l'effet de blocage
produit par les défenses (effet paradoxal, puisque les défenses
mises en place pour atténuer les effets de l'incompatibilité énergie-vide
finissent par les exacerber).
D'autre part, on constate en séance
que l'angoisse qui sourd du matériel est surdéterminée
et conduit associativement à des
peurs clairement reliées à certains équivalents
du pénis, de son absence et d'ouvertures corporelles, comme à certaines
modalités co-pulsionnelles de la mécanique sphincténienne-synaptique.
Voilà qui permet d'intégrer le point de vue dynamique à l'aspect économique.
Au cours du développement psychosexuel, l'angoisse s'investit
sur certains équivalents psychobiologiques qui lui permettent
de s'objectaliser - donc de se transformer en peur - et ainsi de se
métaboliser
co-pulsionnellement selon les modes sphinctériens-synaptiques
en vigueur à ce moment-là. En d'autres termes, toute
peur est finalement la signature élaborée d'un conflit énergie-vide
vécu selon la relation d'objet spécifique à un
stade du développement et joué synaptiquement au moyen
des équivalents
psychobiologiques investis à ce stade.
Micropsychanalytiquement
on ramène donc l'ensemble des peurs manifestes à trois
niveaux nucléaires inconscients:
1. L'angoisse-peur de la castration,
liée à des vécus
du pénis et de son absence.
2. L'angoisse-peur de la mort, liée à des
vécus
de déstructuration psychique et somatique.
3. L'angoisse-peur
du vide, liée à des vécus d'annihilation
psychomatérielle.
Alors que les deux premières ont été mises
en évidence
par la psychanalyse classique, la troisième est un apport spécifique
de la micropsychanalyse. L'annihilation qui caractérise cette
angoisse-peur du vide est connectée associativement avec des
représentations-affects
d'éclatement dans le rien et de dissolution totale. On a donc
là quelque chose de beaucoup plus radical que la mort, dont
on sait, par exemple à travers la clinique du deuil ou de la
dépression,
qu'elle n'est pas représentée comme cessation définitive
de l'existence et disparition complète de l'être.
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L'Image comme écran du vide
Si le vide est attirant face à une
tension de refoulé intolérable,
l'angoisse-peur qu'en éprouve le moi fait que le vide exerce également
une répulsion extrême. Cette attraction-répulsion
recoupe l'ambivalence essentielle dont il a été question à propos
des déterminants ultimes des conflits psychiques et implique
la nécessité homéostatique de contenir l'appel
du vide. C'est là le rôle de l'Image (entendue comme ensemble
organisé de
représentations-affects) dont les facettes, scellées
par le refoulement, forment un écran plus ou moins rigide à cet
appel. Si bien que la relation inconsciente au vide s'exprime le plus
souvent par les manifestations des barrages énergétiques
de l'Image. En ce sens, la mise en évidence analytique du vide
est tributaire de contingences identiques à celles que Freud
a rencontrées en cherchant à appréhender l'inconscient
: elle nécessite un travail d'interprétation à partir
de traces lacunaires et déformées, voire renversées
dans le contraire.
Arrivés à ce point, on pourrait déboucher
sur les trois activités cardinales ou la théorie des
névroses,
mais il est temps de conclure. D'ailleurs, une telle introduction ne
saurait prétendre à être exhaustive. D'une part,
ayant décidé de me focaliser sur le thème du vide,
j'ai dû pratiquement laisser de côté plusieurs pans
de notre métapsychologie. D'autre part, même en ce qui
concerne le thème choisi, il a bien fallu sérier, si
bien que certaines notions, telles la capacité créatrice
du vide ou la fonction de clapet du vide de la pulsion de mort-de vie,
sont finalement restées
sous-entendues.
Enfin, je n'ai peut-être pas toujours su éviter
l'écueil
d'une démarche paraissant plus déductive qu'associative.
Mais, en partant de la surdétermination pour arriver à la
mécanique synaptique puis à l'incompatibilité essentielle énergie-vide,
j'espère être parvenu à donner une idée
de ce que les longues séances de micropsychanalyse peuvent apporter à la
connaissance du psychisme. Car, et c'est là un de nos atouts
au point de vue scientifique, notre métapsychologie repose sur
une solide base associative et résulte d'observations obtenues
avec nos outils spécifiques. Bien sûr, comme je l'ai souligné,
notre champ d'investigation nécessite un travail de reconstruction
et d'interprétation. Cela implique une part d'incertitude et
une marge d'erreur qui devraient s'amenuiser avec la multiplication
des observations,
les perfectionnements de la technique et peut-être l'apport d'autres
sciences. Pour l'instant, constatons simplement que l'appréhension
micropsychanalytique du vide se vérifie régulièrement
dans la pratique et s'impose de plus en plus comme une réalité expérimentale.
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Notes
1 Lao Tseu, Tao Te
King, 16, cité par: Nouvelle Revue de Psychanalyse, «Figures
du vide», n°. 11, Paris, Gallimard, 1975. Retour
2 Fanti S., «L'homme
en micropsychanalyse», Paris, Denoël, 1981. Retour
3 Actes du symposium
de la Société internationale
de micropsychanalyse, Zurich, 26-28 mai 1989, in : Vigna D. et Caillat
A. (a cura di), «Dalla psicoanalisi alla micropsicoanalisi»,
Rome, Borla, 1990, 191-201 et ici. Retour
4 Fanti S., en collaboration
avec Codoni P. et Lysek D., «Dictionnaire pratique de la psychanalyse
et de la micropsychanalyse»,
Paris, Buchet/Chastel, 1983. Retour
5 Codoni P., préface à :
Dassano Marcone M., «Un sogno lungo nove mesi», Turin, Centro Scientifico
Torinese, 1987. Retour
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