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BIBLIOGRAPHIE
SELECTIVE |
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La notion d’inconscient chez Freud et en
micropsychanalyse
Daniel Lysek, Micropsychanalyse n°2, L’inconscient
- L’agressivité, Lausanne, Favre, 1997.
a notion
d'inconscient a eu un étrange destin. Elle a commencé
par provoquer un scandale philosophique et se heurter au dédain
médical, mais elle a poursuivi son cheminement jusqu'à
infiltrer toutes les sciences humaines. Devenue en quelques décennies
indispensable à la compréhension du psychisme, elle a
fini par se diffuser si largement dans la culture qu'elle fait désormais
partie du langage courant. Pourtant sa signification analytique reste
largement méconnue en dehors des cercles spécialisés
et, même parmi ceux-ci, sa véritable portée se trouve
souvent sous-estimée.
Au tournant du siècle dernier, Freud écrivait: "
Il ne peut y avoir de fait conscient sans stade antérieur inconscient,
tandis que l'inconscient peut se passer de stade conscient et avoir
cependant une valeur psychique. L'inconscient est le psychique lui-même
et son essentielle réalité. " (Freud, 1900).
On en conviendra, il y avait bien là de quoi susciter une levée
de boucliers. En montrant que la conscience, jusqu'alors considérée
comme le psychique en soi, n'en est qu'un élément contingent,
Freud a d'emblée fait sortir l'inconscient de la psychopathologie
où son existence aurait été plus acceptable. Or,
l'inconscient conditionne effectivement notre vie normale, individuelle
et sociale. La raison en est simple: il mémorise nos vécus
infantiles et la manière dont il traite ces informations clefs
détermine nos désirs et nos relations intra- ou interpersonnelles.
Alors pourquoi tant de penseurs et de chercheurs ne lui reconnaissent-ils
encore qu'une portée limitée? Plusieurs causes peuvent
être évoquées, par exemple la blessure d'orgueil
de déchoir ainsi la conscience de son pouvoir ou les résistances
à la prise de conscience de la sexualité infantile refoulée.
Mais il faut aussi reconnaître que l'étude de l'inconscient
présente plusieurs difficultés méthodologiques:
1) Les contenus de l'inconscient qui sont gouvernés par des
lois propres, incompatibles avec celles des organisations plus évoluées,
ne s'expriment qu'après avoir subi une transformation, voire
une transmutation. Ces rejetons infiltrés dans le discours, le
comportement ou le corporel fournissent certes des témoignages
fiables sur ce qui se passe au niveau inconscient, mais il s'agit toujours
de preuves indirectes.
2) L'inconscient est une organisation psychique beaucoup plus archaïque
que la pensée sophistiquée dans laquelle une théorie
scientifique doit être formulée. En particulier, la logique
mathématique n'existe pas à son niveau, si bien que son
étude exclut toute quantification directe (telle qu'en utilise
par exemple la psychologie expérimentale).
3) Il n'existe qu'une seule méthode pour étudier scientifiquement
l'inconscient, la technique associative appliquée dans le cadre
précis du setting analytique. Ainsi, un discours sur l'inconscient
qui ne ressort pas directement de l'expérience analytique est
sujet à caution, ce qui irrite plus d'un scientifique.
4) En psychanalyse, la méthode expérimentale et la pratique
clinique se recouvrent totalement. L'analyste prend une responsabilité
humaine en instaurant un processus analytique, car un puissant dynamisme
transférentiel et élaboratif va se développer;
l'analysé doit évidemment bénéficier de
ce travail et en aucun cas servir de cobaye; or cela condamne la recherche
pure.
5) Différentes techniques analytiques ont vu le jour au fil
des ans. Si toutes ont pour dénominateur commun la méthode
associative, elle divergent dans la manière dont elles l'appliquent,
ce qui modifie en partie les données recueillies. Par exemple,
les observations différeront si l'on effectue 3-4 séances
hebdomadaires de 50 minutes (norme freudienne classique), 2-3 séances
hebdomadaires de 10 à 20 minutes (norme lacanienne) ou 5-6 séances
hebdomadaires de 2 à 4 heures (norme micropsychanalytique).
A cause de ces particularités épistémologiques,
les outils conceptuels qui rendent compte des observations analytiques
varient d'une école à l'autre. Comme il s'agit toujours
de modèles, chaque mouvement analytique tend à
développer sa propre vision des phénomènes inconscients
et à créer sa propre terminologie pour les décrire.
Parmi les différents modèles coexistant actuellement,
aucun n'a réussi à prendre définitivement le pas
sur les autres car,
selon les références privilégiées, chacun
décrit mieux certains aspects de la réalité inconsciente1
Discuter ici toutes les théorisations
de l'inconscient dépasserait largement le cadre de cet article2 et je n'en envisagerai que deux.
D'abord celle de Freud, modèle fondateur qui explicite l'inconscient
à travers la métaphore d'un appareil psychique et auquel
tous les analystes se réfèrent d'une manière ou
d'une autre; ensuite celle de la micropsychanalyse, dont le modèle
reformule les acquis freudiens selon des données énergétiques
et cybernétiques plus récentes, s'ouvrant ainsi vers une
meilleure compréhension de l'inconscient dans sa dimension psychobiologique.
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I) L'INCONSCIENT AU POINT DE VUE FREUDIEN
Freud a découvert l'inconscient en cherchant à élucider
l'hystérie. Lorsqu'il utilisait encore l'hypnose, il avait saisi,
grâce à J. M. Charcot et à M. Bernheim, que les
dysfonctionnements somatiques des hystériques (paralysies, douleurs...)
ne correspondaient pas aux aires d'innervation, mais bien à des
représentations inconscientes du corps. Avec la mise en application
de la méthode associative, il apprend que ces représentations
sont issues de la sexualité infantile, qu'elles ont été
soustraites au champ de la conscience pour des raisons défensives
et qu'elles s'extériorisent en se transposant dans les symptômes.
Il saisit immédiatement qu'il a découvert l'étiologie
et la pathogénie de l'hystérie. En se penchant sur les
autres tableaux cliniques, il peut étendre la portée de
sa découverte. Toutes les névroses ont un sens. Loin de
traduire une faiblesse constitutionnelle ou une dégénérescence,
comme on l'admettait alors, leur symptomatologie
exprime des vécus traumatiques enclavés dans une structure
archaïque régie par ses propres lois: l'inconscient3.
Freud a donc ouvert la voie à une compréhension dynamique
de l'inconscient. Dépassant les nombreux travaux qui avaient,
avant lui, postulé l'existence d'un psychisme non conscient,
il met en évidence les forces qui le créent. A partir
de là, il peut décrire ses contenus, son organisation
interne, son mode de fonctionnement... Mais il a d'emblée l'ambition
d'édifier une théorie globale du psychisme. Il pourra
en poser les premières pierres après être parvenu
à interpréter les rêves, les actes manqués,
les lapsus, les productions mythologiques et artistiques. Car leur étude
ne laisse subsister aucun doute: l'inconscient est un constituant normal
et universel du psychisme dont il s'agit d'expliquer l'existence et
la fonction dans le cadre d'une nouvelle psychologie. Pour ce faire,
Freud se démarque de la métaphysique et, s'inspirant de
ses connaissances physiologiques, élabore
un modèle qu'il appelle appareil psychique et qu'il présente
dans la Traumdeutung4(1900).
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L'appareil psychique
Ainsi que le relèvent J. Laplanche et J. B. Pontalis (1973),
ce terme " souligne certains caractères que la théorie
freudienne attribue au psychisme: sa capacité de transmettre
et de transformer une énergie déterminée et sa
différenciation en systèmes et instances. " Autrement
dit, la notion d'appareil psychique fait appel à une double métaphore,
spatiale et mécanique. Au point de vue spatial, elle considère
que le psychisme comprend trois entités distinctes qui forment
des sortes de localités psychiques: l'inconscient, le préconscient
et le conscient. Chaque localité se distingue par l'accessibilité
à la conscience de ce qu'elle contient: les contenus de l'inconscient
sont définitivement soustraits à la conscience, ceux du
préconscient peuvent devenir conscients, les derniers occupent
la conscience. Mais l'appareil psychique vise surtout à dégager
des différences fonctionnelles au sein du psychisme. D'où
la seconde métaphore, qui le compare à un dispositif mécanique
dont les localités forment chacune un système particulier.
A ce point de vue, Freud part d'un postulat fondamental: le psychisme
partage avec l'ensemble du vivant la caractéristique d'être
excitable et de devoir, malgré un afflux incessant d'excitations,
maintenir constant son milieu intérieur. Il conçoit alors
que l'appareil psychique fonctionne comme un système réflexe
qui reçoit des excitations à son
extrémité sensitive et les décharge à sa
terminaison motrice5. Prenons un
exemple du fonctionnement de l'appareil psychique selon le schéma
du réflexe. Notre mémoire inconsciente, qui provient de
vécus et de perceptions infantiles, est constamment réactivée
au fil de l'existence. L'excitation réactivante provoque une
augmentation de tension dans l'inconscient qui décharge cet excès
tensionnel dans le préconscient ou le corporel.
La notion d'appareil psychique s'est imposée parce qu'elle figure
de manière accessible la structure et le fonctionnement psychiques.
Elle explique pourquoi les symptômes névrotiques sont les
exutoires des vécus traumatiques mémorisés dans
l'inconscient. Elle permet de situer clairement beaucoup de données
d'observation (par exemple, les représentations refoulées
dans le système inconscient); elle les rend compréhensibles
par rapport à un certain mode de fonctionnement (ainsi, les phénomènes
inconscients répondent au processus primaire, ceux du préconscient
ou du conscient au processus secondaire); elle visualise le jeu des
forces qui s'appliquent sur les systèmes (comme en témoigne
l'exemple de l'excitation réactivante)... En cela, elle a inauguré
la métapsychologie, qui consiste à spécifier un
phénomène psychique quant à son origine (= point
de vue génétique), à sa situation (= point de vue
topique), aux forces en jeu (= point de vue dynamique) et à sa
gestion énergétique (= point de vue économique).
Cependant, de nos jours, le modèle d'un appareil psychique mérite
d'être remis en discussion.
D'abord, l'expérience accumulée montre que le fonctionnement
psychique est bien plus complexe que le cycle excitation/décharge
prévu par le schéma du réflexe. Par exemple, on
ne peut pas s'en contenter pour conceptualiser l'élaboration
et la déformation que subissent les éléments inconscients
avant de pouvoir s'inscrire dans le préconscient ou déverser
leur charge énergétique dans la motricité corporelle.
Ensuite, l'appareil psychique est un modèle mécaniste
plaçant les processus psychiques dans une perspective strictement
déterministe: fait pour éclairer la causalité inconsciente
(l'effet de l'inconscient sur les autres systèmes), il se prête
mal à donner une place aux phénomènes aléatoires
et à la part d'indéterminisme que le hasard fait entrer
dans le psychisme.
De plus, ce modèle devient peu satisfaisant dès qu'on
tente d'articuler la théorie de l'inconscient avec celle des
pulsions. On y reviendra, mais on peut déjà en dire ceci.
La pulsion est pour Freud un concept-limite entre le psychique et le
somatique; analogue anthropologique de l'instinct qui meut les animaux,
elle est ancrée dans le biologique; elle ne fait que transmettre
des excitations au psychique, par les représentants pulsionnels,
sortes de délégués du somatique dans le champ psychique.
Quant à lui, l'inconscient freudien se compose précisément
de ces représentants pulsionnels (représentation et quantum
d'affect) venant investir des traces mnésiques. Mais l'appareil
psychique ne permet pas de préciser ce qui se passe entre le
somatique et le psychique, entre l'expérience corporelle (la
source pulsionnelle) et son inscription psychique (sous forme de représentation
et d'affect).
De même, ce modèle reste flou quant à la nature
et à l'origine des excitations. Selon le schéma du réflexe,
à quoi correspond l'excitation reçue: à une sensation,
donc à un phénomène somatique, ou à une
perception, donc à un phénomène psychobiologique
impliquant la connaissance consciente? Une motion pulsionnelle doit-elle
être perçue ou ressentie pour donner lieu à une
charge venant exciter le psychique ?
Enfin, l'appareil psychique se prête mal à rendre compte
des interactions somatopsychiques et psychosomatiques. D'une part, les
représentants pulsionnels ont une autonomie totale dans l'inconscient
et sont dès lors complètement détachés de
tout substrat corporel. D'autre part, l'appareil psychique utilise la
motricité comme voie de décharge tensionnelle, mais ce
mécanisme a pour seule explication la formation de symptôme
hystérique; or, la conversion hystérique se fait selon
une représentation symbolique du corps, donc selon une fonction
purement psychique!
Ces réserves faites, soulignons que la notion d'appareil psychique
reste incontournable en psychanalyse. Tout montre effectivement que
le psychisme se compose bien de structures dont l'agencement répond
à une finalité économico-dynamique. Il s'agit simplement
d'en modifier la formulation lorsqu'elle ne semble plus coller à
la réalité. Dans cet esprit, la conception freudienne
des localités psychiques a elle-même évolué
vers un modèle moins mécaniste et plus anthropomorphique.
En 1923, Freud a subdivisé l'appareil psychique en instances
(schématiquement le ça, le moi et le surmoi) qu'il ajoute
aux précédents systèmes. Si bien qu'on appelle
actuellement première topique la systématisation
de 1900 et seconde topique celle de 1923. Cette dernière
n'a pas supplanté la première mais elle s'y superpose,
en particulier pour préciser la structure interne de l'inconscient
lui-même et la diversité des dynamismes qui y ont cours.
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L'inconscient dans
la première topique
La première topique image " un appareil psychique subdivisé
en: inconscient - première censure - préconscient - seconde
censure - conscient "(Fanti, 1983). Chacune de ces entités
forme un système répondant à une fonction précise.
On l'a vu, la mémoire est une des premières fonctions
sur laquelle l'approche analytique a fourni des observations originales.
D'une part la psychanalyse explique l'amnésie infantile (c'est-à-dire
l'oubli de presque tous les vécus de la petite enfance): comme
en témoignent les remémorations qui ont lieu grâce
au travail analytique, cette amnésie ne résulte pas d'un
défaut d'inscription ou d'un effacement progressif; au contraire,
elle a pour cause un mécanisme actif et finalisé - le
refoulement -qui enclave et dissimule dans l'inconscient les vécus
infantiles. La première topique modélise cela en faisant
de l'inconscient notre support mnésique fondamental, qui stocke
les représentations infantiles avec une certaine charge (quantum
d'affect). D'autre part, la psychanalyse montre que la mémoire
inconsciente, loin d'être un simple dépôt statique,
forme un système mnésique complexe dont les entités
sont associées les unes aux autres selon une logique différente
de celle qui gère nos souvenirs conscients. La première
topique distingue donc deux systèmes mnésiques, fonctionnant
différemment: l'inconscient dont les souvenirs, issus du refoulement,
sont gérés par le processus primaire6
et inaccessibles en l'état; le préconscient
dont les souvenirs sont organisés selon le processus secondaire7 et où la conscience est relativement
libre d'aller puiser selon ses besoins du moment.
La subjectivité de notre mémoire consciente trouve également
une explication dans ce modèle. Vu que l'appareil psychique est
animé par un flux allant de l'inconscient au conscient, des dérivés
de l'inconscient infiltrent le préconscient en permanence. Nos
souvenirs conscients, extraits des stocks préconscients, sont
donc contaminés et remodelés par notre mémoire
inconsciente dont l'horloge s'est arrêtée avant la septième
année.
La question de la mémoire débouche sur une autre grande
fonction psychique dont la psychanalyse a révolutionné
la compréhension. Il s'agit de la représentation. L'innovation
psychanalytique consiste en ceci: au delà de l'évocation
subjective d'un objet telle que la concevaient la philosophie et la
psychologie de l'époque, la représentation se ramène
avant tout à un dynamisme pulsionnel dont les caractéristiques
s'inscrivent par elle dans l'inconscient; la représentation est
un signe renvoyant à l'érogénéité
et à l'agressivité infantiles, elle est l'unité
de mémoire d'un vécu dans lequel l'enfant a été
plongé par ses pulsions sexuelles et agressives.
Avec la représentation comme mémoire de la pulsionalité
infantile, la psychanalyse explique de manière dynamique le peuplement
progressif de l'inconscient. Arrêtons-nous donc un instant sur
la genèse et le devenir des composants de l'inconscient.
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Contenus de l'inconscient
Tel qu'il est envisagé dans la première topique, l'inconscient
se compose essentiellement de représentations refoulées
pendant le développement psychosexuel. La vie psychique de l'enfant
est impulsée par des expériences pulsionnelles qui enclenchent
le refoulement lorsqu'elles sont particulièrement intenses, répétitives
et surtout conflictuelles. Leurs caractéristiques quantitatives
et qualitatives sont alors mémorisées. Quatre phénomènes
découlent immédiatement de cette fixation dans l'inconscient
appelée refoulement originaire:
a) L'expérience pulsionnelle acquiert une existence psychique,
car elle se trouve désormais représentée dans l'inconscient.
b) La représentation proprement dite et la charge affective
de cette expérience sont dissociées et auront un destin
indépendant. Pour Freud, seule la représentation est refoulée,
l'affect détaché de sa représentation pouvant soit
investir une autre représentation (on en a un exemple lorsqu'on
pleure d'une chose insignifiante), soit se transformer (en angoisse
par exemple), soit se convertir corporellement (comme dans l'hystérie).
Dans l'inconscient, l'affect est un pur facteur
quantitatif que Freud nomme quantum d'affect ou somme d'excitation8.
c) Le refoulé constitue un pôle d'attraction pour des
représentations tenant d'expériences ultérieures
mais que le sujet associe à celles qui ont été
originairement refoulées. Ce refoulement après-coup
soude en un ensemble la mémoire de différentes expériences
pulsionnelles pour former un complexe inconscient (tel le complexe d'Œdipe).
d) En tant que siège d'une surtension, le refoulé doit
absolument trouver une voie de décharge. Son contenu resurgira
donc d'une manière ou d'une autre; c'est le retour du refoulé.
En résumé, les composants fondamentaux de l'inconscient
sont les représentations refoulées au cours de l'histoire
du sujet. Elles mémorisent les caractéristiques d'expériences
pulsionnelles et sont plus ou moins chargées énergétiquement.
Cet investissement les soumet à une dynamique: elles s'organisent
en complexes d'où émergent les contenus plus élaborés
de l'inconscient: les désirs, les défenses et les fantasmes.
Economie de l'inconscient
Le point de vue économique concerne l'énergie en jeu
dans les phénomènes inconscients. Il vise à préciser
l'origine, les mouvements et les transformations de cette énergie
(par exemple Freud postule l'existence d'une énergie spécifique,
qu'il appelle libido, dont les avatars expliquent les multiples
expressions psychiques de la sexualité). Autant que possible,
le point de vue économique cherche également à
quantifier l'énergie psychique, c'est-à-dire à
" mesurer " le niveau de tension dans telle ou telle structure.
Il s'agit bien sûr d'une évaluation relative, fondée
sur des analogies. La notion d'investissement traduit cet essai
de quantification. Elle spécifie l'état tensionnel d'une
structure: quand tout montre qu'une entité est chargée
énergétiquement, on la dit investie. En suivant les mouvements
d'investissement, on constate que les entités peuvent être
désinvesties, réinvesties ou surinvesties. L'économie
inconsciente se caractérise donc par une grande mobilité
énergétique, dont rend compte la notion d'énergie
libre.
Sur ces bases, il devient facile de concevoir que la libre circulation
énergétique au sein de l'inconscient se conforme en fait
à deux grands principes qui découlent l'un de l'autre:
a) Le principe de constance, selon lequel le niveau tensionnel
de l'inconscient tend à se maintenir à un plancher physiologique
stable; c'est donc l'équivalent psychique du principe d'homéostasie
biologique.
b) Le principe de plaisir, corollaire du précédent,
selon lequel toute augmentation de tension doit être prévenue
ou, à défaut, abaissée sans délai pour rétablir
la constance; ce principe est à comprendre dans un sens purement
économique car, au niveau inconscient, le déplaisir/plaisir
n'a aucune tonalité qualitative: le déplaisir correspond
à une augmentation de tension et le plaisir
à une diminution. La coloration affective et la subjectivité
de l'échelle déplaisir/plaisir s'acquièrent dans
le préconscient9.
Dynamique de l'inconscient
Elle recouvre tout ce qui a trait aux forces en jeu dans les
processus inconscients. Le point de vue dynamique s'intéresse
non seulement aux forces qui existent dans l'inconscient, mais aussi
à celles qui s'exercent sur lui (en particulier celles d'origine
pulsionnelle) et à celles qu'il exerce sur les autres systèmes.
On peut y englober également son mode de fonctionnement et les
propriétés particulières qui en découlent.
Enfin, et on se trouve là au cœur de l'investigation analytique,
la dynamique inconsciente culmine dans la genèse des désirs
et des mécanismes de défense dont la conjugaison produit
les conflits psychiques. Ces formations seront largement détaillées
plus tard (Cf. Redéfinition micropsychanalytique de l'inconscient).
Pour l'instant, il s'agit de décrire le fonctionnement et les
propriétés de l'inconscient.
La dynamique de l'inconscient est orchestrée par le principe
de plaisir et l'énergie libre qui dictent à tout le système
un mode de fonctionnement spécifique: le processus primaire.
Celui-ci se caractérise par le fait que l'investissement jouit
d'une totale liberté à se déplacer d'entité
en entité au gré du principe de plaisir et à se
condenser sur l'une d'elles. Déplacement et condensation
constituent les mécanismes élémentaires de l'inconscient.
Ils entrent, précisément comme éléments
de base, dans les mécanismes inconscients plus élaborés
- le refoulement, la projection et l'identification - qui parachèvent
la dynamique inconsciente.
Les phénomènes qui se déroulent selon le processus
primaire ignorent le temps et l'espace tels que notre conscience
les perçoit ou les mesure. Par exemple, un vécu infantile
mémorisé dans un complexe inconscient subsiste durant
toute l'existence et a un caractère totalement actuel lorsqu'il
se trouve investi chez l'adulte. De plus, les dynamismes inconscients
n'obéissent à aucune loi grammaticale, syntaxique ou
mathématique; à la différence de notre intellect
et de notre pensée rationnelle, l'inconscient n'a pas la possibilité
d'avoir des degrés dans la certitude, il ne soustrait pas les
contraires, il ne connaît pas la négation et il admet toutes
les contradictions. Par exemple, des dynamismes de fusion sexuelle
y coexistent avec des dynamismes de séparation agressive (l'ambivalence
n'est guère contradictoire au niveau du processus primaire, mais
elle le devient aux niveaux supérieurs, ce qui provoque, par
exemple, le doute pathologique de l'obsessionnel); de même, dans
l'inconscient des représentations phalliques côtoient des
représentations de castration sans s'annuler.
En présence de propriétés aussi archaïques
et d'une libre circulation énergétique, on pourrait croire
la dynamique inconsciente purement chaotique. Mais on sait par ailleurs
que des structures stables se forment dans l'inconscient et y perdurent
(par exemple le complexe d'Œdipe). Cela s'explique par les fixations
du refoulement: elles forment des embryons de structure, qui sont des
pôles d'attraction énergétique et qui obligent la
dynamique inconsciente à des déplacements et condensations
non aléatoires. L'attraction par le refoulé aura une double
conséquence. D'une part elle tend à agglomérer
de nouvelles entités à ce qui est déjà refoulé,
donc à pousser la structuration de l'inconscient jusqu'à
la complexité qu'on lui connaît. D'autre part elle conduit
à une surcharge tensionnelle au sein du refoulé. Vu que
cette tension doit impérieusement s'abaisser, elle suscite un
dynamisme de décharge qui est lui aussi déterminé,
puisqu'il passe par l'élaboration de structures dérivées
du refoulé qui deviennent, par déplacement, porteuses
de la tension à abaisser. Ce dynamisme combine tous les mécanismes
du processus primaire et a donc été nommé élaboration
primaire.
Il est classique d'affirmer que le refoulé s'élabore
jusqu'à former des dérivés suffisamment déformés
pour pouvoir passer incognito à travers la censure et se déverser
dans le préconscient ou la motricité corporelle. Effectivement,
le phénomène semble se dérouler ainsi. Mais on
s'approche certainement plus de sa réalité énergétique
en concevant que la dynamique élaborative transmet seulement
des informations (sous forme énergétique) à des
formations préconscientes préexistantes, parce qu'il y
a une compatibilité de structure entre elles et le refoulé.
Cette compatibilité permet aux formations préconscientes
d'entrer en résonance avec le refoulé, de se remodeler
à son image pour l'exprimer et diminuer sa surcharge tensionnelle.
La valeur particulière qu'elles prennent ainsi les spécifie
comme rejetons de l'inconscient. On peut relever au passage que
la verbalisation associative sélectionne précisément
les rejetons de l'inconscient, les connecte entre eux, les met en mots
et fait résonner le refoulé qui y a pris corps; ainsi,
d'écho en écho, l'inconscient finit-il par se dévoiler.
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Le préconscient et
le conscient
Bien que le préconscient et le conscient se distinguent l'un
de l'autre sous plusieurs aspects que j'aborderai ultérieurement,
la première topique souligne avant tout la fracture radicale
entre eux et l'inconscient. Contrairement à ce dernier, le préconscient
et le conscient sont tous deux régis par le principe de réalité
et fonctionnent selon le processus secondaire. C'est pourquoi on considère
souvent qu'ils forment un seul bloc fonctionnel, le préconscient-conscient.
Le principe de réalité est une sophistication
évolutive du principe de plaisir. Il n'impose pas un abaissement
tensionnel brut et immédiat, mais permet à la décharge
d'être différée de manière à ce qu'elle
s'adapte au monde ambiant, quitte à emprunter des voies tortueuses.
Au point de vue économique, cela implique que, dans le préconscient,
la circulation énergétique ne se fait pas librement. Il
s'agit d'une énergie liée.
Le processus secondaire découle naturellement du principe
qui gouverne le préconscient-conscient et de la liaison énergétique
qui s'y effectue. Il correspond à ce que nous percevons intuitivement
et immédiatement de nos processus mentaux: faculté
de raisonner, prise en compte de la spatio-temporalité, adéquation
aux lois physiques et biologiques, conformité aux règles
grammaticales, syntaxiques et mathématiques, enfin, contrôle
de la pensée et de la motricité en fonction de ces lois
et règles.
Précisons encore, car on en verra l'importance dans le modèle
micropsychanalytique, que les caractéristiques fonctionnelles
du préconscient-conscient (principe de réalité,
énergie liée, processus secondaire) commencent de trouver
des correspondants dans la micro-anatomie et la physiologie du système
nerveux central. Il semble même que ces notions analytiques pourront
bientôt s'exprimer également en
termes de circuits neuroniques, d'aires d'association, de neurotransmetteurs
et de bio-électricité10.
Différence entre préconscient et conscient
Le préconscient se distingue du conscient par le fait qu'il
est un système mnésique. Il comprend tout ce que l'on
peut se représenter consciemment et évoquer à volonté:
souvenirs, pensées, sentiments, émotions, connaissances
et acquis culturels. Contrairement au refoulé, les contenus préconscients
sont gérés par le principe de réalité et
organisés selon le processus secondaire (comme n'importe quel
bon système d'archives). Mais, lorsqu'une formation du préconscient
résonne avec un refoulé qui fait retour, elle peut être
contaminée par le processus primaire et le principe de plaisir.
Elle prend alors valeur de rejeton de l'inconscient. Comme exemples,
citons les pensées sous-tendant les rêveries, les créations
artistiques, les rituels obsessionnels ou les actes manqués.
Bien que les contenus préconscients soient normalement à
la disposition de la conscience, certains rejetons de l'inconscient
peuvent être momentanément bloqués; ainsi en va-t-il
des oublis qui composent la psychopathologie de la vie quotidienne.
Pour Freud, les représentations préconscientes se forment
à partir de perceptions auditives ou, en tout cas, en interaction
avec l'acquisition du langage articulé. Il les nomme représentations
de mot pour les distinguer des représentations de chose
peuplant l'inconscient et qui ressortiraient d'expériences visuelles.
En fait, la pratique montre que toutes les représentations peuvent
s'originer de n'importe quel vécu sensoriel. Il vaut cependant
la peine de retenir la distinction représentation de chose /représentation
de mot parce que l'expérience analytique confirme qu'il existe
bien deux types de mémoire psychique. L'inconscient, qui ne connaît
pas le langage verbal, mémorise de manière brute des expériences
pulsionnelles et leur contexte, alors que le préconscient leur
donne un index de qualité supplémentaire en les liant
à des signifiants langagiers. C'est donc une mémoire hiérarchiquement
plus évoluée, plus discriminative. Elle est déterminante
dans le processus analytique puisque l'analysé y renoue, par
la verbalisation associative, les fils de son histoire infantile que
le refoulement a cassés. Au cours de l'existence, de nombreux
souvenirs préconscients sont entrés en résonance
avec le refoulé et ont été déconnectés
des signifiants langagiers qui leur correspondaient. Les associations
libres permettent précisément de mettre en pensée
et en paroles des vécus dont le préconscient garde le
souvenir sans pouvoir leur donner de sens: le mot trouve sa chose, selon
l'expression classique!
Quant au conscient, il s'agit d'un dispositif périphérique
à l'appareil psychique, capable de glaner des informations dans
le monde ambiant, le corps et les systèmes mnésiques du
préconscient. C'est en somme un " organe des sens "
tourné à la fois vers l'intérieur et l'extérieur
de l'appareil psychique. Freud le nomme aussi système perception-conscience.
Il ne stocke aucun contenu et, dès que son attention se déplace,
il ne garde nulle trace de ce qui vient de l'habiter. Il ne constitue
donc pas un objet d'étude en soi pour la psychanalyse, qui aurait
moins à en dire que la philosophie ou la neurophysiologie.
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Les censures
Le passage de l'inconscient au préconscient puis au conscient
est réglé par un dispositif de filtrage qui rend compte
des travestissements et lacunes rencontrés dans le matériel
analytique et le discours en général. Une première
censure se trouve à l'interface entre l'inconscient et le
préconscient. Soit elle bloque les contenus refoulés qui
tendent à faire retour, soit elle les déforme et les caviarde
avant de leur autoriser l'entrée dans le préconscient.
Une seconde censure se situe entre le préconscient et
le conscient. Elle est au service de l'attention consciente et de la
pensée rationnelle. Essentiellement sélective, elle ne
laisse émerger des stocks mnésiques du préconscient
que les éléments nécessaires aux activités
supérieures. La règle fondamentale de l'analyse vise à
diminuer son activité, puisque la mise en veilleuse de la seconde
censure permet aux associations libres de se développer et aux
rejetons de l'inconscient de faire surface.
Si la notion de censure se montre commode à utiliser dans la
pratique, elle fait problème quant à une théorie
générale de l'inconscient. En effet, elle recoupe de manière
parfois contradictoire des fonctions qui trouvent un support plus précis
dans le refoulement et les défenses. Ce défaut est d'ailleurs
inhérent à la première topique elle-même,
comme on va le voir à présent. Mais le lecteur qui souhaite
auparavant se faire une idée synthétique de la première
topique peut en trouver un résumé dans le premier tableau.
| Tableau 1: Les systèmes
de la première topique |
| |
Contenus |
Propriétés |
Fonction |
| Inconscient |
Représentations de chose
Quanta d'affect
Désirs
Défenses
Fantasmes
= le refoulé |
Principe de plaisir
Liberté énergétique
Processus primaire
Ignore la spatio-temporalité, les règles grammaticales,
syntaxiques et mathématiques
Accepte les contradictions |
Mémoire infantile et ancestrale
Stocke et transmet des informations concernant le dynamisme pulsionnel,
les expériences de satisfaction ou de frustration et leurs
objets |
| Première censure |
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Bloque + déforme |
| Préconscient |
Représentations de mot
Rejetons de l'inconscient
Retours du refoulé
Pensées, émotions, sentiments
Souvenirs évocables
Acquis culturels |
Principe de réalité
Liaison énergétique
Processus secondaire
Prend en compre la spatio-temporalité, les règles
grammaticales, syntaxiques et mathématiques
Tend à éliminer les contradictions |
Mémoire de la seconde enfance et adulte
Réorganisation logique des rejetons de l'inconscient et des
retours du refoulé
Langage articulé
Mécanismes d'adaptation à la réalité
Contrôle de la motricité |
| Deuxième censure |
|
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Sélectionne |
| Conscient |
Aucun contenu permanent |
= celles du préconscient |
Perception
Puiser dans les stocks mnésiques du préconscient
Expression verbale et motrice |
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Insuffisances de la première
topique
Comme la notion d'appareil psychique dont elle fait partie, la première
topique reste utile à une compréhension schématique
des phénomènes psychiques, mais elle présente plusieurs
défauts conceptuels. Le plus important concerne le refoulement.
Si elle positionne correctement le refoulé (dans l'inconscient),
elle montre ses limites lorsqu'il s'agit de situer le pôle refoulant
et les défenses inconscientes.
Lapidairement dit, la première topique fait fonctionner l'inconscient
comme un bloc monolithique parce qu'elle l'assimile au refoulé.
Ce manque de nuances fait problème dès que l'on se demande
d'où provient le refoulement. Vu que le refoulement constitue
l'inconscient, on pourrait considérer le préconscient-conscient
comme le pôle refoulant, mais on se trouverait en porte-à-faux
avec les faits. Ceux-ci montrent sans ambiguïté que l'inconscient
existe avant le préconscient, que le refoulement est un mécanisme
purement inconscient (comme les défenses en général)
et que les conflits psychiques ne résultent pas simplement d'une
résistance du préconscient-conscient à l'émergence
du refoulé. Il faut donc dégager dans l'inconscient lui-même
un support pour le refoulement et les mécanismes de défense.
Or la première topique s'y prête difficilement.
De plus, elle n'explicite pas comment se constituent, au sein même
de l'inconscient, les structures différenciées qui sous-tendent
la personnalité du sujet et elle est mal outillée pour
éclairer les oppositions entre ces structures. Par exemple, la
pratique établit clairement que le sujet se forge par identification
et que l'inconscient est le dépositaire de ces identifications.
La première topique ne rend compte ni de leur organisation spécifique,
ni de leur dynamique conflictuelle.
Œdipe-castration fournit une autre illustration. Il consiste en
désirs refoulés contre lesquels se dressent des tabous
phylogénétiques ainsi que des peurs et des interdits provenant
de la petite enfance. Tous ces composants sont profondément ancrés
dans l'inconscient mais, si la première topique place clairement
les désirs oedipiens dans le refoulé, elle ne dispose
que de la censure pour accueillir les facteurs interdicteurs et inhibiteurs
qui s'opposent à eux. Et la censure n'est pas une structure de
l'inconscient!
On l'aura compris, en plus des imprécisions concernant le
refoulement, les insuffisances de la première topique recoupent
la question du moi et des formations qui en dérivent. Dès
1910, Freud commence effectivement à dégager
leur rôle dans la constitution de la personnalité inconsciente
et dans le fonctionnement du sujet11.
Mais il n'en tient pas compte dans son article clef, L'inconscient
(1915), et il ne repensera sa topique qu'après avoir publié
sa nouvelle théorie des pulsions (1920).
|
 |
| |
L'inconscient dans la
seconde topique
Elaborée pour donner aux mécanismes de défense,
à la relation d'objet et aux identifications la place qu'ils
méritent dans l'inconscient, la seconde topique atténue
l'aspect mécaniste de l'appareil psychique (Freud, 1923). Dans
ce nouveau modèle, le psychisme est subdivisé métaphoriquement
en instances: le ça, le moi, le moi idéal, l'idéal
du moi et le surmoi. Chaque instance forme une sorte de corps constitué,
répondant à une juridiction particulière et détenant
le pouvoir de la faire appliquer (pouvoir relatif car chaque instance
tend à imposer le sien). Les pensées, les sentiments et
les conduites du sujet s'expliquent dès lors comme l'expression
plus ou moins synthétique des différentes organisations
représentationnelles-affectives qui définissent les instances.
Qu'advient-il de l'inconscient à l'avènement de la seconde
topique? Freud se désintéresse de son aspect systémique
pour l'envisager comme un niveau des instances. Si un phénomène
psychique se déroule selon le principe de plaisir et le processus
primaire, il se trouve au niveau inconscient; s'il obéit au principe
de réalité et au processus secondaire, il appartient au
préconscient-conscient. Alors que les phénomènes
ayant lieu dans le ça sont toujours totalement inconscients,
ceux du moi et du surmoi peuvent se situer à deux niveaux: dans
leur majorité, ils se déroulent au niveau de l'inconscient
et ils obéissent à ses lois, mais une minorité
d'entre eux participe du préconscient-conscient. C'est essentiellement
la dimension inconsciente des instances qui nous intéressera
ici.
Le ça
C'est en fait G. Groddeck (1923) qui a introduit cette notion. Il voyait
dans le ça une sorte de factotum psychobiologique, un impalpable
effecteur primaire qui déterminerait, en dernière analyse,
autant le biologique que le psychique. Si Freud a été
aiguillonné par les intuitions groddeckiennes, il n'a pu adhérer
à leur aspect trop spéculatif, voire métaphysique.
Dans la pensée freudienne, le ça devient une instance
purement psychique, à laquelle sont tout simplement attribués
les caractères du système inconscient.
On peut regretter que Freud n'ait pas osé s'avancer plus dans
le champ psychobiologique, car il aurait pu utiliser le ça pour
mieux articuler l'appareil psychique avec le
système pulsionnel et clarifier ainsi la genèse economico-dynamique
des désirs inconscients12.
Comme c'est loin d'être le cas, le ça freudien fait finalement
tache dans la cohérence interne du modèle métapsychologique:
il est " chaotique ", alors qu'une instance est par définition
organisée et qu'il contient des désirs
si stables et si durables qu'ils structurent toute l'existence13.
D'ailleurs la psychanalyse contemporaine semble se désintéresser
du ça. La micropsychanalyse fait exception dans cette tendance
actuelle à le disgracier. En ancrant la métapsychologie
freudienne dans un modèle énergétique, elle parvient
à faire du ça un concept opérationnel, distinct
de l'inconscient et du système pulsionnel (Cf. L'inconscient
au point de vue micropsychanalytique).
Le moi
Classiquement, c'est une instance médiatrice entre les exigences
de satisfaction pulsionnelle provenant du ça et les interdits
du surmoi. Il assure l'homéostasie tensionnelle du psychisme,
en faisant tout pour prévenir une montée d'angoisse ou
de culpabilité. Pour y parvenir, il doit équilibrer les
incompatibilités entre les désirs inconscients et les
impératifs surmoïques qui s'y opposent. Comme il tient les
rennes de la pensée, de l'affectivité et de la motricité
corporelle, il utilise ces activités pour y réaliser les
désirs inconscients de manière camouflée: il actionne
des mécanismes de défense qui contrôlent étroitement
la réalisation des désirs. Cette action défensive
conduit, au niveau du préconscient-conscient
ou de l'action, à la formation de compromis visant à
satisfaire toutes les parties14
. Dans son fonctionnement optimal, le moi parvient à bien allier
désirs et défenses; il forme alors des compromis harmonieux:
d'une part ses formations de compromis respectent autant la nécessité
de réalisation pulsionnelle des désirs que les interdits
surmoïques, d'autre part elles se trouvent en accord avec le processus
secondaire et la réalité extérieure. Dans les faits,
l'urgence de l'angoisse infantile le pousse souvent à des solutions
inadaptées. Ses compromis ultérieurs joueront alors la
carte d'un précaire équilibre tensionnel inconscient au
détriment de l'adaptation au processus secondaire et au monde
ambiant; c'est la névrose, avec son cortège de symptômes
plus ou moins graves.
Freud décrit la genèse du moi de manière peu convaincante.
Selon lui, le psychisme n'est à l'origine qu'un ça et
le moi s'en différencie par contact avec la réalité
et par une série d'identifications dont l'intégrale constitue
l'identité du sujet. A part les incohérences du ça
freudien, qui viennent d'être évoquées, la question
du contact avec la réalité soulève un problème
puisque l'identification est un mécanisme de l'inconscient et
que celui-ci ignore la réalité. Le développement
du moi doit donc être compris avant tout comme la création,
au sein même de l'inconscient, de structures spécialisées
dans la gestion des désirs. Et pour la formation de ces structures,
il vaut mieux ne retenir que les différentes modalités
d'identification: incorporation, introjection, internalisation, intériorisation
(Cf. Structuration utéro-infantile de l'inconscient).
La plus grande partie du moi est inconsciente. Cette dimension inconsciente
obéit au principe de plaisir et fonctionne selon le processus
primaire durant toute l'existence. C'est elle qui assure la fonction
défensive. Seule une petite fraction du moi se structure jusqu'à
atteindre le processus secondaire et obéir au principe de réalité,
formant le moi préconscient-conscient.
Loin d'être un bloc homogène, le moi inconscient est une
organisation complexe, faite de nombreuses substructures issues d'identifications
diverses, survenues à différents stades du développement
et à partir de vécus incompatibles (cela ne les empêche
pas de coexister puisque l'inconscient accepte les contradictions).
Chacune de ces substructures tend à engendrer son propre dynamisme
de résolution tensionnelle. Lorsque ces dynamismes se retrouveront
au niveau préconscient, ils se révéleront souvent
contradictoires quant au processus secondaire et à la réalité.
Le préconscient ne pourra les lier sans tiraillements et formera
des compromis boiteux (pour s'en convaincre, il suffit de penser aux
incohérences que chacun perçoit dans sa propre personnalité
ou celle des autres).
Les instances idéales
On appelle ainsi des structures de l'appareil psychique nées
des idéalisations infantiles: dans son fonctionnement défensif
précoce, le moi clive certains objets en deux et investit narcissiquement
une des parties ainsi créées, la dotant d'un pouvoir magique
infini (= idéalisation; par exemple, la mère est clivée
en bon et mauvais objet; les représentations de la bonne mère
se trouvent dotées de tout le vécu d'apaisement lié
à l'allaitement et d'une faculté illimitée d'apporter
des gratifications). Par identification, ces objets idéalisés
deviendront constituants du sujet mais, vu la liberté énergétique
de l'inconscient, ils garderont une autonomie importante envers le moi.
Les instances idéales fonctionnent en références
que le moi porte inconsciemment aux nues et avec lesquelles il veut
rimer. Des désirs aussi narcissiques sont évidemment incompatibles
avec la réalité, si bien que les instances idéales
jouent aussi un rôle dans la genèse des conflits névrotiques.
Le moi idéal est la structure mémorisant la toute-puissance
narcissique dont se sent doté le nourrisson lorsqu'il incorpore
sa mère. On peut donc le considérer comme le sceau
du plaisir fusionnel. Lorsque le moi se trouve impuissant à gérer
les désirs et leur réalisation selon cette référence,
il s'ensuit une blessure narcissique face à laquelle se développent
angoisse et culpabilité.
L'idéal du moi apparaît postérieurement
au moi idéal. Il est la structure mémorisant la perfection
narcissique que l'enfant prête à ses parents. On peut
donc aussi le définir comme la marque structurelle des parents
idéalisés et introjectés. L'impossibilité,
pour le moi, d'atteindre cet idéal fantasmatique est à
son tour source d'angoisse et de culpabilité.
Le surmoi
Il consiste en une hyperspécialisation infantile du moi idéal
et surtout de l'idéal du moi. Il s'individualise lorsque le processus
primaire conjugue les contenus de ces idéaux avec les tabous
phylogénétiques (tabou de l'inceste, tabou du meurtre)
et avec ce que l'enfant ressent de l'autorité exercée
par ses parents et des interdits qu'ils lui opposent. Donc, le surmoi
est une instance inhibitrice, dépositaire des contraintes et
des interdits intériorisés au fil de l'histoire ancestrale
et personnelle. La structuration du surmoi se fait au cours des
stades anal et phallique (Cf. section Stades du développement).
Aussi paradoxal que cela puisse paraître pour une instance de
contrôle, le surmoi inconscient fonctionne selon le principe de
plaisir et le processus primaire. Il ne cherche qu'à réduire
les tensions pour lui-même, sans prendre en compte les nécessités
des autres structures du sujet. Lorsqu'une réalisation de désir
est incompatible avec les interdits qu'il mémorise et créerait
une surtension à son niveau, il impose au moi ses propres exigences.
En cela, il joue un double rôle, vital et pathogène.
Le surmoi est nécessaire à la vie car il distribue les
cartes de la socialisation de l'individu et pousse à la sublimation,
frayant une issue à l'angoisse de castration et de mort. D'autant
plus qu'une structure du préconscient-conscient lui fait miroir:
c'est la conscience morale. Elle mémorise les acquis culturels
et les préceptes religieux du groupe social auquel appartient
l'individu. En porte-parole des injonctions surmoïques,
elle juge et condamne les conduites inconvenantes, anticulturelles ou
antisociales15.
Mais il ne faut pas sous-estimer les implications cliniques du surmoi.
Elles tiennent au fait que sa puissance est exactement proportionnelle
à l'intensité des désirs refoulés. Plus
les désirs pressent à se réaliser, plus le surmoi
mobilise ses formations interdictrices. Dans la mesure où le
moi cherche d'abord à réaliser les désirs, il y
a conflit avec l'autorité implacable du surmoi. Le moi doit alors
effectuer des contorsions pour obtenir malgré tout une réalisation
partielle et relative des désirs. On en trouve un exemple dans
les cas où, sous la pression surmoique, le moi ne peut réaliser
les désirs oedipiens qu'à travers des objets conformes
aux représentations de parents idéalisés, condamnant
le sujet à une épuisante poursuite du Graal; ou lorsque
l'hystérique se voit condamné à une anorgasmie
totale comme punition à la transgression fantasmatique du tabou
de l'inceste. Quand le surmoi est particulièrement sévère,
il va jusqu'à juger suspecte toute forme de jouissance, si bien
que le moi se trouve pris en tenaille névrotique entre l'angoisse
et la culpabilité. Dans ce cas, il ne peut réaliser les
désirs qu'à travers des symptômes masochiques ou
obsessionnels. Pour illustrer cela, citons le fait de trouver un plaisir
inconscient dans la souffrance morale.
En résumé, l'introduction de la seconde topique a incontestablement
permis une meilleure compréhension de l'inconscient, en particulier
sous l'angle clinique. Elle offre une grille de décodage indispensable
dans la mesure où elle ramène les pensées, les
sentiments et les conduites du sujet à l'expression d'instances
bien différenciées et dont la structuration ressort clairement
des vécus infantiles et ancestraux. Le tableau 2 en donne un
résumé.
| Tableau
2:
Les instances de la seconde topique |
| |
Dimension inconsciente |
Dimension préconsciente |
| ça
|
Bouillonnement énergétique
Chaudron pulsionnel
Jaillissement des désirs |
N'existe pas |
| moi |
Instance refoulante
Support des identifications
Mémoire des expériences de satisfaction et frustration
Liaison (maîtrise des excitations)
Médiation avec le ça et le surmoi
Gestion de la relation d'objet
Réalisation des désirs en fonction des défenses
Sublimation
Signaux d'angoisse et de culpabilité |
Identité personnelle et culturelle du
sujet
Entérinement des défenses
Poursuite de la réalisations des désirs, selon le
principe de réalité et le processus secondaire
Formation de compromis défensifs
Adaptation au monde (médiation avec la réalité
extérieure et les contraintes biologiques) |
| idéaux du moi |
Référentiel narcissique pour
le moi
Mémoire de la toute-puissance |
Systèmes de valeurs personnelles et
socio-culturelles |
| surmoi |
Inhibition
Interdiction
Mémoire des tabous |
Sens moral
Soumission aux règles de la vie en société,
aux acquis culturels et aux contraintes religieuses |
|
 |
| |
Limites de la
seconde topique
L'amélioration du modèle de l'appareil psychique qu'apporte
la seconde topique ne résout pas tout. D'une part, tant que l'on
reste dans le cadre métapsychologique freudien, il est difficile
d'imbriquer parfaitement les deux topiques. D'autre part, avec ses métaphores
anthropomorphiques et les faiblesses de la conception freudienne du
ça, la seconde topique n'apporte rien à l'appréhension
des interactions biopsychiques. Bien au contraire, elle les place à
l'arrière-plan de l'appareil psychique, pratiquement hors du
champ de la psychanalyse. Rappelons dans ce contexte que la pulsion
n'y fait toujours pas véritablement partie du psychisme et que
la genèse des désirs inconscients, désormais située
dans le ça, donc dans un univers de chaos, se trouve dissociée
de l'édification des défenses (fonction hautement organisée
du moi). En somme la seconde topique éclaire bien les structures
défensives et interdictrices du psychisme inconscient, en montrant
comment elles sourdent des identifications, mais elle visualise mal
les structures d'où jaillissent les désirs.
Cela a certainement favorisé l'émergence de l'Ego
psychology16 qui se concentre
sur les mécanismes adaptatifs du moi au détriment de ses
rapports à l'agressivité-sexualité refoulée,
perdant ainsi l'essence même de la psychanalyse. Si Lacan (1956)
a eu le mérite de jeter l'anathème sur cette dérive
et de recentrer la métapsychologie sur le désir, il n'a
malheureusement pas pu, partant de l'a priori
que l'inconscient est structuré comme un langage, établir
une liaison éclairante avec le pulsionnel et le biologique17.
|
 |
| |
II) L'INCONSCIENT AU POINT DE VUE MICROPSYCHANALYTIQUE
Avec les apports des longues séances, le modèle d'un
appareil psychique reste un outil pratique. Pourtant, nos connaissances
concernant la structure et le fonctionnement de l'inconscient demandent
aussi à être insérées dans un champ plus
vaste. Il apparaît en effet qu'on cerne mieux la nature de l'inconscient
si l'on reformule la métapsychologie freudienne en termes de
structuration énergétique. D'une part, nombre d'observations
y gagnent une explication plus complète et les points faibles
des topiques freudiennes s'en trouvent atténués. D'autre
part, il semble qu'on puisse ainsi approcher la réalité
psychobiologique de l'inconscient, car les données analytiques
confluent alors mieux avec celles des sciences de la nature. Par exemple,
les modèles freudiens n'éclairent que ce qui est rigoureusement
déterminé, ils ne sont pas fait pour prendre en compte
l'indéterminisme - les phénomènes aléatoires,
chaotiques ou en tout cas imprédictibles - dont les sciences
naturelles montrent de plus en plus l'importance et dont on commence
d'entrevoir également le rôle dans les processus psychiques.
Telles sont les principales raisons de l'élargissement conceptuel
qu'a effectué Fanti en développant son modèle
de l'organisation énergétique du vide (1981). Comme
toute théorisation micropsychanalytique de l'inconscient emprunte
peu ou prou à ce modèle, il vaut la peine d'en mentionner
ici les grandes lignes.
L'organisation énergétique du vide modélise différents
constats analytiques ayant pour dénominateur commun ceci: quand
on pousse à l'extrême la dissection du matériel
de séance et qu'on cherche à dégager les ultimes
constituants du psychisme, il ne reste finalement que deux éléments
universels, l'énergie et le vide. Cela prend sens dans
la mesure où tout laisse entendre qu'il existe à chaque
niveau d'organisation psychique une relation dynamique entre énergie
et vide18. Et cela prend toute sa
signification analytique quand on saisit que l'énergie et le
vide ont des caractéristiques opposées, voire incompatibles.
Alors que l'énergie se caractérise par une discontinuité
et une tension plus ou moins importante, le vide est continu et sans
tension.
Autrement dit, le matériel analytique (donc le psychisme humain)
semble aussi régi par une interaction entre des structures énergétiques
et du vide nappant les éléments structurels. Il s'agit
là d'un déterminant supplémentaire des processus
psychiques, que l'expérience incite à ajouter à
ceux que la psychanalyse prend déjà compte. Or, d'autres
sciences qui dissèquent les composants de la nature en arrivent
à une conclusion similaire (quant à leur objet spécifique),
ce qui conforte la micropsychanalyse à s'engager dans cette voie.
Ainsi, le modèle de l'organisation énergétique
du vide subordonne la structuration de l'inconscient et les mouvements
d'investissement qui y ont lieu à la relation dynamique entre
énergie et vide. Fanti considère que le système
pulsionnel naît du rapport entre leurs caractéristiques
opposées: c'est en jouant sur le vide des entités énergétiques
que les pulsions tendent à ramener l'énergie à
un état d'équilibre tensionnel. Ainsi, la pulsion de mort
se définit comme une tendance à aller au vide et la pulsion
de vie comme une tendance à y échapper. Il en déduit
qu'il existe bien, au delà du principe de plaisir, une loi fondamentale
gouvernant la dynamique pulsionnelle. Il l'appelle principe de constance
du vide. Quant au principe de plaisir qui régit le fonctionnement
de l'inconscient selon le processus primaire, il est à comprendre
comme une spécialisation du principe de constance du vide: le
principe de plaisir applique celui de constance du vide sur un mode
purement tensionnel (abaissement de tension brut).
Dans tout cela, le modèle micropsychanalytique prolonge directement
la pensée freudienne. On a vu que, pour Freud, l'inconscient
est tributaire des représentants de la pulsion: ils lui fournissent
ses constituants. De son côté, le modèle micropsychanalytique
propose une explication unitaire au fonctionnement des pulsions, à
leur expression représentationnelle et affective dans le champ
psychique et à leur rôle dans la structuration de l'inconscient.
Cependant, par la suite, Fanti se démarque. Il parachève
son modèle de manière ambitieuse puisqu'il émet
une hypothèse de portée générale pour éclairer
l'humain: il existerait une énergie de base, neutre et indifférenciée,
dont l'organisation serait à l'origine du psychisme et de la
matière. Pour conceptualiser le point de départ des organisations
énergétiques qui forment notre monde, le modèle
fantien postule l'existence d'un déterminant fondamental, appelé
dynamisme neutre du vide (Dnv) et considéré comme le primum
movens de toute structuration énergétique (cette structuration
est conçue comme l'assemblage de modules énergétiques,
que Fanti nomme essais et dont il voit la source dans un instinct d'essai
ou Ide).
En d'autres termes, ce modèle n'en reste pas au rapport entre
le vide et l'énergie composant les entités psychiques.
Il cherche à enrichir la connaissance
du psychisme avec des emprunts concernant le monde matériel19;
il tente de décrire le cheminement de l'indifférencié
au différencié, du non structuré au structuré;
en somme, il conceptualise l'évolution qui conduit d'un fonds
énergétique neutre à des entités spécifiques.
Cette démarche éclaire en particulier l'indéterminisme
et la relativité psychiques, en les ramenant à des caractéristiques
inhérentes à l'énergie elle-même. Ainsi Fanti
conçoit des déplacements aléatoires entre granules
d'énergie, qui préfigurent les déplacements inconscients.
Cette dynamique chaotique serait l'explication fondamentale (prépsychique)
de phénomènes similaires ayant lieu au niveau de l'inconscient,
par exemple les déplacements déstructurants qui induisent
du chaos dans le psychisme et finissent par conduire à un état
psychotique. Illustrons maintenant l'apport de ce modèle quant
à la relativité: les entités psychiques ou matérielles
sont considérées comme le fruit d'une évolution
(plus ou moins réversible) à partir du même fonds
d'énergie neutre; elles consistent en une structuration énergétique
qui leur confère une spécificité relative. Or,
en visualisant la permanence d'une énergie indifférenciée
au sein des entités, on dispose d'un support conceptuel pour
expliquer les translations du psychique au somatique et vice-versa.
De plus, le fait que la spécificité soit toujours relative
permet de mieux comprendre pourquoi certaines entités psychiques
se transforment aussi facilement (par exemple tel objet interne, d'abord
objet d'amour, devient un objet de haine).
Le modèle de l'organisation énergétique
du vide, beaucoup plus complexe que cet aperçu ne le laisse entendre20, a les avantages et les inconvénients
de son ambition. Son principal défaut est de comporter une part
spéculative que l'état actuel des sciences rend invérifiable
(il s'agit principalement du Dnv-Ide). En revanche, dans ses nombreux
aspects fondés expérimentalement, il apporte une contribution
importante à la connaissance du psychisme. J'ai donc pris le
parti de n'utiliser ici, pour expliciter l'inconscient au point de vue
micropsychanalytique, que les éléments résultant
directement de la pratique et qui, finalement, se révèlent
seuls indispensables à notre propos. Par ailleurs, ce mode de
faire permet d'articuler plus aisément les innovations micropsychanalytiques
avec les données freudiennes.
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Qu'est-ce que le psychisme
pour la micropsychanalyse ?
Comme celle des classiques, l'expérience micropsychanalytique
montre que le psychisme constitue un phénomène particulier
au sein du vivant mais que, fondamentalement, il entre dans la logique
universelle du biologique. Il conserve et transforme de l'énergie,
il stocke et traite des informations, il maintient et transmet une différenciation
par rapport au milieu environnant, il est sensible aux modifications
de ce milieu et y répond. Sauf à entrer dans une pensée
métaphysique, on ne peut donc dissocier le psychisme d'un substrat
cellulaire.
A partir de ces constats, on considère que le psychique partage
certains de ses éléments constitutifs avec le biologique
et on postule que ce dénominateur commun est énergétique.
Puisque tout ce qui existe se ramène finalement à de l'énergie,
cette affirmation serait une lapalissade si elle ne débouchait
pas sur un modèle pertinent de la structure psychique : de même
que la matière est structurée énergétiquement
par organisations de complexité croissante jusqu'aux multiples
expressions du vivant (particules, atomes, molécules, cellules,
tissus, organes), le psychisme apparaît structuré en organisations
énergétiques de plus en plus spécialisées
(représentations et affects, ensembles de représentations
et affects, complexes, instances, pensées, émotions, sentiments).
Ainsi, la micropsychanalyse propose une topique énergétique
débouchant sur une conceptualisation psychobiologique de l'être.
Alors que les topiques freudiennes délimitent des systèmes
et instances, la topique micropsychanalytique distingue des niveaux
de structuration. Elle comprend deux principaux niveaux: l'inconscient
et le préconscient-conscient. Chacun de ces niveaux fonctionne
en système, comme la première topique le prévoyait,
et peut à son tour comprendre plusieurs niveaux de structuration
interne.
L'inconscient se définit comme le niveau de structuration
psychique dont l'économie et la dynamique répondent au
principe de plaisir et au processus primaire. Ses contenus sont des
représentations et des affects dont les différents assemblages
forment à leur tour des niveaux de structuration, internes à
l'inconscient (par exemple représentations et affects, ensembles
de représentations-affects, fantasmes, complexes).
Le préconscient-conscient constitue un niveau de structuration
plus élaboré, dont l'économie et la dynamique répondent
au principe de réalité et au processus secondaire. Ses
contenus témoignent également de plusieurs degrés
de structuration (par exemple percepts, souvenirs élémentaires,
pensées, émotions, sentiments).
Quant aux instances freudiennes, elles s'intègrent parfaitement
à la topique micropsychanalytique. Une instance s'y redéfinit
comme une organisation représentationnelle-affective fonctionnant
en fédération parce que ses constituants présentent
d'importantes correspondances entre eux et mémorisent des informations
analogues. Ces correspondances et analogies tiennent au fait que
les représentations-affects d'une instance proviennent de vécus
porteurs d'un même sens et/ou répondant
à des expériences co-pulsionnelles21
similaires. Prenons un exemple: parmi les différents ensembles
de représentations-affects composant le moi, certains visent
à délimiter l'identité du sujet, d'autres mémorisent
des désirs mettant en péril son intégrité,
d'autres se rapportent à des vécus de danger extérieur,
d'autres encore proviennent d'expériences narcissiques d'autoreproduction
ou de maîtrise, etc; au delà de leur apparente diversité,
ils ont un dénominateur commun l'autoconservation et la préservation
de l'intégrité du sujet - qui leur confère une
unité fonctionnelle. Chaque instance a en quelque sorte son miroir:
à sa structure inconsciente fait écho, au niveau préconscient,
une structure équivalente qui entérine sa dynamique en
l'adaptant au principe de réalité et en la reformulant
selon le processus secondaire.
Micropsychanalytiquement parlant, seuls le moi, le moi idéal,
l'idéal du moi et le surmoi sont des instances, car le ça
a un tout autre statut, lié à la redéfinition de
sa fonction. Pour la comprendre, il faut faire un détour par
la théorie des pulsions. Le modèle de l'organisation énergétique
du vide conduit à repenser la nature des pulsions et à
tenter de résoudre la confusion entre force et énergie
qui entache la théorie pulsionnelle classique. En psychanalyse,
la pulsion se définit indifféremment comme un processus
dynamique engendrant un mouvement (d'où
la notion de " motion pulsionnelle ") ou comme une charge
énergétique produisant un travail22
. De son côté, la micropsychanalyse établit une
distinction conceptuelle claire entre le structurel, qui correspond
à de l'énergie, et la dynamique, qui traduit des forces.
Le système pulsionnel y est compris comme un ensemble de forces,
sexuelles ou agressives selon leur but.
La redéfinition micropsychanalytique du ça ressort de
cette volonté de clarification. Le ça se définit
comme la charnière entre le structurel et le pulsionnel ou,
plus précisément, comme l'ensemble des points où
une structure énergétique engendre une force pulsionnelle
qui provoque à son tour un mouvement dans l'énergie. Il
forme la matrice cellulaire où le psychisme s'organise progressivement,
par mobilisation co-pulsionnelle de l'énergie, puis interagit
avec le somatique. Ainsi conçu, le ça entre en jeu à
tous les niveaux d'organisation énergétique:
avant l'inconscient, où il structure co-pulsionnellement les
représentations et les affects23
; au niveau de l'inconscient où, en conjuguant co-pulsionnellement
les ensembles de représentations-affects, il préside à
ses mécanismes élémentaires et efficients, puis
à l'émergence des désirs et des défenses;
au niveau préconscient-conscient, où il poursuit sa conjugaison
énergétique-pulsionnelle jusqu'à l'expression motrice
des émotions, des sentiments et des pensées24.
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Redéfinition
micropsychanalytique de l'inconscient
La pratique des longues séances confirme la plupart des découvertes
freudiennes concernant l'inconscient (par exemple le processus primaire,
le principe de plaisir, le refoulement, la projection, l'identification,
les désirs ou les défenses). La micropsychanalyse les
a donc intégrées en leur apportant un éclairage
supplémentaire (ou original) quand son expérience spécifique
ou son modèle métapsychologique y invitaient. C'est ce
que nous allons développer maintenant. Pour éviter les
redites, seuls les termes dont le sens micropsychanalytique diffère
sensiblement de leur acception classique seront redéfinis.
Structure de l'inconscient
On a vu que la topique micropsychanalytique conçoit l'inconscient
comme un niveau de structuration de l'énergie dont nous sommes
psychobiologiquement formés. Cette conceptualisation énergétique
présente l'avantage de s'appliquer parfaitement à tous
les constituants de l'inconscient lui-même et de permettre une
description précise des structures dont il est fait. Voyons de
quoi il s'agit.
Depuis Freud, on appelle complexes les structures les plus
élaborées que contient l'inconscient. On sait d'autre
part que l'inconscient est un système de mémorisation
d'événements ayant marqué notre histoire (ancestrale,
utérine et infantile). Ces traces mnésiques sont autant
d'informations que le processus primaire élabore et transmet
au préconscient-conscient ou à la motricité corporelle.
C'est d'ailleurs grâce à cette transmission qu'on peut
conceptualiser la structure interne de l'inconscient. En effet, le travail
d'analyse consiste précisément à mettre en évidence
les informations inconscientes, à découvrir par quelles
voies elles circulent et à reconstituer les événements
qui sont à leur origine, au moins tels qu'ils ont été
éprouvés.
La pratique analytique ne dévoile rien sur le support physico-chimique
de la mémoire, mais les revécus de séance et les
remémorations associatives nous permettent de modéliser
les bases psychiques et l'organisation inconsciente des souvenirs. Lorsqu'on
recherche les composants d'un complexe, on peut reconstituer trois types
d'événements mémorisés: 1) des vécus
utéro-infantiles 2) des expériences co-pulsionnelles 3)
les représentations et les affects exprimant les dynamismes des
co-pulsions élémentaires dont le faisceau forme l'expérience
co-pulsionnelle.
Quelle différence y a-t-il entre expérience co-pulsionnelle
et vécu ? Une expérience co-pulsionnelle est la traduction
psychique d'un dynamisme co-pulsionnel mis en œuvre (avec ou sans
succès) Pour abaisser une tension (de besoin ou de désir)
au moyen d'un objet spécifique. Le retentissement psychique de
l'expérience co-pulsionnelle consiste en la création d'un
ensemble de représentations et d'affects qui mémorisent
les caractéristiques de la source co-pulsionnelle, de l'objet
adéquat, de l'action permettant d'atteindre le but (dite action
spécifique) et du résultat obtenu. Les expériences
de satisfaction ou de frustration en sont des exemples types.
La notion de vécu utérin ou infantile a un sens plus
large. Un vécu est la traduction élaborée de plusieurs
expériences co-pulsionnelles, souvent divergentes (certaines
satisfaisantes, d'autres frustrantes) et il comprend la transcription
subjective de la relation d'objet et de mouvements défensifs.
Il s'inscrit aussi en un ensemble de représentations-affects,
mais le moi a effectué là un important travail d'intégration.
En voici quelques exemples: vécu de toute puissance, d'abandon,
d'inceste, de castration...
Pour en revenir au complexe, il mémorise donc divers éléments:
expériences co-pulsionnelles, vécus utéro-infantiles
et phylogénétiques, schèmes de désirs et
de défenses, fantasmes... Tous ces éléments forment
une structure parce qu'ils s'associent en raison de similarités
ou d'analogies représentationnelles-affectives.
En pratique on peut reconstituer les vécus utéro-infantiles
et les expériences co-pulsionnelles à partir des répétitions
que l'on dégage dans le matériel et des recoupements associatifs
qui s'y dessinent. Comme ces éléments conduisent systématiquement
à des représentations et à des affects, on considère
que les représentations et les affects
forment la base structurelle de l'inconscient25.
Une représentation ou un affect se définit micropsychanalytiquement
comme une microstructure énergétique mémorisant
telle ou telle caractéristique d'une dynamique co-pulsionnelle.
On peut aussi les concevoir comme la trace durable, quelque part dans
l'énergie qui compose nos cellules26,
d'un événement co-pulsionnel refoulé. Ces entités
psychiques basales sont nos traces mnésiques élémentaires,
nos unités de mémoire psychique, dont l'organisation forme
notre système mnésique inconscient. Elles sont pour une
part déjà présentes dans l'œuf (elles ont
donc été fixées à un moment de l'histoire
ancestrale puis transmises héréditairement) et pour une
autre part acquises par refoulement (fixation) au cours de la vie utéro-infantile.
Métaphoriquement, les représentations et les affects
seraient des empreintes laissées par le fonctionnement des co-pulsions
dans les structures cellulaires qui constituent le psychisme inconscient.
Autant les unes que les autres contiennent des informations regardant
la dynamique co-pulsionnelle. Cependant, la représentation mémorise
électivement les qualités de ce qui est survenu (c'est-à-dire
les qualités de la source, de l'objet et du but des co-pulsions).
Quant à lui, l'affect mémorise essentiellement la grandeur
quantitative de ce qui s'est produit (c'est-à-dire l'intensité
des co-pulsions, leur poussée). Si on reprend la métaphore
de l'empreinte, la représentation en serait
la forme, alors que l'affect correspondrait à sa profondeur27.
Une représentation mémorise par exemple telle excitation
au niveau d'une zone érogène, telle fréquence vocale
de la mère, telle composante gustative de son lait, tel grain
de sa peau, telle sensation au contact d'une matière ou d'une
odeur. L' affect correspondant aura mémorisé l'intensité
du soulagement ou de l'irritation éprouvés lors de ces
expériences.
On peut considérer que l'énergie
des représentations et affects est en partie confinée
dans leur structure et en partie circulante28.
Les représentations-affects non seulement stockent structurellement
notre mémoire personnelle et ancestrale, mais elles la véhiculent
également par l'énergie libre qui se déplace29.
Le processus primaire fait circuler des informations de représentations-affects
en représentations-affects, si bien que, par échanges
et recombinaisons, ces informations s'élaborent en permanence
dans l'inconscient (= élaboration primaire). En ce sens, l'inconscient
forme un véritable système cybernétique
(c'est-à-dire un système de communication, de contrôle
et de régulation) qui a le ça pour " microprocesseur
". Franchissons un pas de plus pour prendre en compte la surdétermination
que l'on constate quand on étudie les expressions d'un complexe.
Par exemple, à l'analyse d'un symptôme ressortant du complexe
de castration, on va mettre en évidence des vécus castrateurs
mémorisés au stade phallique (absence de pénis,
p. ex.); lorsqu'on creuse ces éléments phalliques, on
débouche sur des vécus de castration mémorisés
au stade anal (dépossession des selles p. ex.) et enfin au stade
oral (privation du sein p. ex.). Cette surdétermination, qui
renvoie d'un contenu à d'autres, indique que des représentations
et des affects mémorisant des vécus et des expériences
analogues ou similaires tendent à former un ensemble, à
créer une structure. Il apparaît donc que des connexions
s'établissent dans l'inconscient entre des contenus de provenance
diverse.
Cette tendance inconsciente à interconnecter des éléments
jusqu'à former des structures provient certainement de la formidable
capacité à associer qui caractérise notre psychisme.
Voici maintenant comment on modélise ce phénomène.
Au gré des déplacements et condensations, certaines représentations-affects
deviennent des sites privilégiés d'investissement et l'élaboration
primaire interconnecte solidement des représentations-affects
relativement similaires (donc présentant une compatibilité
énergétique). Les représentations-affects
instituent dès lors un ensemble durable30.
Si les représentations et les affects constituent les microstructures
de l'inconscient, leurs ensembles en forment les structures proprement
dites, dont les complexes sont l'organisation la plus achevée
(dans cette gradation des niveaux de structuration, les instances correspondraient
à des superstructures). La formation d'ensembles de représentations-affects
et de complexes combine les mécanismes élémentaires
de l'inconscient (déplacement et condensation) avec des mécanismes
plus élaborés que l'on appelle efficients ou structurels:
le refoulement, la projection et l'identification. Voyons cela en détail.
Mécanismes structurels
Le refoulement, la projection et l'identification sont classiquement
rangés parmi les mécanismes de défense, mais le
travail en longues séances montre qu'avant d'avoir une action
défensive, ces mécanismes sont structurels, dans le sens
où ils oeuvrent à la constitution même de l'inconscient
et font naturellement partie du processus primaire. En d'autres termes,
ils sont d'abord inhérents à la structuration de l'inconscient,
puis ils en sont les mécanismes efficients et enfin, dans les
névroses (tout spécialement l'hystérie), ils sont
mis à contribution par l'organisation défensive du moi.
Le refoulement est le point de départ et le mécanisme
clef de toute structuration inconsciente. Sans lui, il n'y aurait pas
d'inscription psychique puisque son premier effet
est précisément de fixer des représentations
et des affects dans l'inconscient31.
C'est encore le refoulement qui adjoint aux ensembles représentationnels-affectifs
déjà formés d'autres représentations et
affects, provenant d'expériences co-pulsionnelles ultérieures,
mais similaires à celles qui ont été originairement
refoulées (= refoulement après-coup). Au point de vue
défensif, il provoque l'amnésie infantile et il entre
dans de nombreuses formations de symptômes. Le refoulement est
actionné par le moi comme mécanisme de défense
lorsqu'une situation actuelle évoque un passé refoulé
et que le vécu présent résonne avec le refoulé;
les souvenirs, les pensées ou les émotions qui pourraient
surgir sont alors aimantés par l'inconscient et, interdits d'expression,
restent au fond du préconscient. Dans certains cas, le refoulement
ne porte que sur l'affect; les souvenirs ou les pensées en question
peuvent affleurer à la conscience, mais sans la moindre coloration
émotionnelle (ou avec une expression différente, comme
c'est le cas dans le mot d'esprit où l'on rit de ce qui dégoûte
ou fait peur).
La projection est un mécanisme structurel de l'inconscient en
tant qu'elle expulse la charge d'un ensemble de représentations-affects
sur un autre; dans cette expulsion tensionnelle, des informations
détenues par l'ensemble expéditeur se transmet |