Silvio Fanti, Bollettino dell'Istituto Italiano di Micropsicoanalisi , n° 2, Turin, Tirrenia Stampatori, 1997.
a pratique
de la micropsychanalyse nécessite une formation solide et
spécifique. Celle-ci se fonde sur le principe bien connu
qu'un futur analyste doit lui-même faire une analyse approfondie,
parallèlement à laquelle il acquiert ses connaissances
professionnelles. Ainsi, un micropsychanalyste se forme en trois étapes
: une micropsychanalyse personnelle, une micropsychanalyse didactique
et enfin des séances de contrôle.
En
micropsychanalyse, la distinction classique entre analyse thérapeutique
(motivée par un ou plusieurs symptômes névrotiques)
et analyse didactique (faite par une personne, le plus souvent médecin
ou psychologue, désirant devenir analyste) n'existe pas à priori.
Non seulement cette distinction donne une fausse connotation clinique à l'entreprise
analytique, mais surtout elle laisse entendre que le futur analyste
n'aurait pas des conflits inconscients à analyser et que son
travail sur le divan serait d'ordre intellectuel. D'ailleurs, le désir
même de devenir analyste mérite d'être analysé en
profondeur, comme un symptôme, jusqu'à l'émergence
de ses déterminants agressifs - sexuels d'origine utéro-infantile.
C'est ainsi que le candidat micropsychanalyste ne bénéficie
d'aucun statut particulier au départ et commence par faire sa
micropsychanalyse personnelle, c'est-à-dire par analyser associativement
ses noyaux conflictuels inconscients jusque dans leurs ancrages énergétiques
et pulsionnels au niveau du ça. Une micropsychanalyse personnelle
demande habituellement 400 à 800 heures de séances, ce
qui prend six à douze mois lorsque le travail a lieu de manière
continue, deux ans ou plus si la micropsychanalyse est fractionnée
en tranches de quatre à douze semaines de séances tous
les quelques mois.
A la fin de sa micropsychanalyse personnelle, l'analysé se
connaît
suffisamment, et en sait assez de la micropsychanalyse, pour juger
si le métier de micropsychanalyste correspond à ses véritables
aspirations et non à de caduques motivations névrotiques.
Avec l'accord de son micropsychanalyste, il décide alors d'entreprendre
une micropsychanalyse didactique, second temps de sa formation.
Les
seuls critères dont le micropsychanalyste didacticien tient
compte pour accepter de commencer une didactique sont les acquis de
la micropsychanalyse personnelle du candidat. Conformément à une
conviction que Freud a défendue jusqu'à la fin de sa
vie, aucun diplôme universitaire n'est exigé. Le candidat
micropsychanalyste s'engage à se mettre en conformité avec
la législation de son pays.
La micropsychanalyse didactique est
un approfondissement de la personnelle s'ouvrant sur une connaissance
générale du psychisme
comme de la théorie et de la technique psychanalytique et surtout
micropsychanalytique. Suivant les cas, elle se fait avec le même
micropsychanalyste ou avec un autre praticien. Elle débute habituellement
quatre à douze mois après la fin de la micropsychanalyse
personnelle, période au cours de laquelle l'analysé s'y
prépare en étudiant la littérature spécialisée
ou en suivant les cours d'un institut et en élargissant sa culture
générale si nécessaire. Une micropsychanalyse
didactique demande 200 à 400 heures de séances, ce qui
prend en général dix-huit à vingt-quatre mois,
et se déroule en situation divan - fauteuil comme l'analyse
personnelle. Mais, contrairement à celle-ci, elle exige un travail
hors séance. L'analysé en didactique doit étudier à fond
les ouvrages de base de la micropsychanalyse (en particulier L'homme
en micropsychanalyse et le Dictionnaire pratique de la psychanalyse
et de la micropsychanalyse comme ceux de la psychanalyse (Freud
essentiellement, ses disciples et dissidents, les principaux courants
de la psychanalyse
orthodoxe contemporaine). En plus de ces connaissances spécifiques,
il faut que l'analysé acquière de solides notions de
biologie générale et humaine, d'anthropologie, de philosophie,
d'histoire des religions et des civilisations, de mythologie, de psychologie,
de linguistique. Enfin, il doit se familiariser avec les grandes syndromes
psychopathologiques non seulement par des lectures, mais en faisant
un stage de quelques mois dans un service de psychiatrie ou une étude
de documents audio - visuels reprise en séance.
Petit à petit,
cet ensemble de connaissances enrichit associativement le matériel
personnel de l'analysé, s'intègre à l'étude
des grands thèmes de sa vie et à celle du rêve
pour former un tout intériorisé qui lui permettra de
comprendre ses futurs clients et de les amener à vaincre les
résistances s'opposant à la connaissance de leur ça
- inconscient. De son côté, le didacticien transmet à son
analysé la technique micropsychanalytique par des interventions
greffées sur le matériel et que l'analysé reprend
dans ses associations. Le futur praticien assimile ainsi les subtilités
techniques de la micropsychanalyse, par exemple la manière adéquate
d'appliquer les règles de neutralité et d'abstinence,
comment régler la longueur et la fréquence des séances
en fonction de la dynamique du travail, quand introduire tel ou tel
appoint technique, quels sont les critères d'avancement et de
terminaison d'une micropsychanalyse...
Il est évident qu'un analyste
ne devrait pas avoir une personnalité sèche,
ni un savoir aride. Or, au cours de la micropsychanalyse didactique
prennent corps des qualités humaines (dont le développement
s'amorce déjà durant la personnelle) sans lesquelles
le travail de micropsychanalyste resterait stérile : honnêteté,
patience, disponibilité, plasticité, compréhension,
générosité, capacité d'accepter l'autre
comme une personne. C'est grâce à elles que l'analysé pourra établir
une bonne alliance de travail, accepter la neutralité de l'analyste
en séance comme les frustrations de la règle d'abstinence
et s'épanouir au fil du dénouement de ses conflits agressifs
- sexuels refoulés.
C'est le micropsychanalyste didacticien qui
décide de la fin
du travail. Il fonde sa décision sur des critères associatifs
traduisant le dénoyautage des conflits inconscients, l'assimilation
de la technique, la maturation des qualités humaines et l'appréhension
des bases énergétiques - pulsionnelles de l'homme jusqu'au
vide constitutif. Dès lors, l'analysé peut se lancer à son
tour dans la pratique. Mais la conduite d'une micropsychanalyse exige
une expérience qui s'acquiert lentement et le micropsychanalyste
débutant doit se soumettre encore à des séances
de contrôle au cours desquelles il fait le point du travail qu'il
effectue, en particulier sous l'angle de son contre - transfert. Dans
la règle, les séances de contrôle s'effectuent
avec le didacticien qui supervise ainsi les trois premières
micropsychanalyses de son confrère, ou 1500 à 2500 heures
de travail, ce qui demande 50 à 100 heures de séances.
Lorsqu'il a terminé ses contrôles, le micropsychanalyste
débutant le communique à la Commission pour la pratique
de la Société internationale de micropsychanalyse qui,
sur préavis de son micropsychanalyste contrôleur, lui
décerne le titre de membre praticien.
En conclusion, devenir
micropsychanalyste correspond à une entreprise
importante, exigeant un travail soutenu et requérant au minimum 650
heures de séances et, sauf exception, trois à quatre
ans de travail. |