
2_L'étude des photographies
En séance, l'analysée* est en train de faire une description minutieuse des photographies de ses vacances, lorsqu'elle avait environ 8 ans. Elle se retrempe dans l'atmosphère de ces vacances. Elle en retrouve l'ambiance, les bruits, des odeurs, des parfums, des couleurs, des personnages… Il se trouve qu'elle disposait de toute une série de photographies de cette période. Elle décrit patiemment, comme on lui a montré auparavant, en allant dans les moindres détails, tout d'abord à l'œil nu, après avoir donné un titre au document, comme l'on donne un titre à une œuvre d'art, puis en utilisant des loupes de différents grossissements, et en reprenant à chaque fois la description. Un léger agacement apparaît soudain, avec une remarque dite comme en passant: « tiens, il est encore là, celui-là ? »
« Celui-là », on apprendra de qui il s'agit lors du travail qui suit toute description de photographie : les libres associations d'idées, où la personne en analyse est invitée à exprimer le plus spontanément possible ce qui se présente à son esprit et ce qu’elle ressent ; peu importe si c’est en rapport ou non avec les photographies étudiées pendant plusieurs dizaines de minutes. En s'installant au divan, après être restée à un bureau, plus pratique pour faire un travail de description, l'analysée dit rapidement: « vous avez perçu mon trouble, quand j'ai vu apparaître mon voisin sur les séries de documents examinés; en effet, ma mère a eu longuement une relation extraconjugale avec cette personne, et comme elle était très jalouse, elle nous infligeait sa présence pendant nos vacances en famille ».
Autant dire que l’émotion n’aurait jamais fait surface si elle n’avait pas revécu les impressions et sensations liées à ces souvenirs. L’analysée n’aurait pas perçu à quel point ce secret de famille pesait sur elle. L’étude des photographies a été déterminante pour l’analyse du complexe d’Œdipe.
Les photographies sont utilisées à différents moments de l'analyse, parfois en reprenant les mêmes documents, parfois avec d'autres. Selon les documents disponibles, on peut être amené à étudier des vidéos. Cela permet à l'analysé d'aller de plus en plus en profondeur.
L’étude des photographies donne aussi l’occasion de percevoir des phénomènes difficiles à se représenter autrement, par exemple :
Sur certaines photographies, l'analysé peut constater que certaines de ses relations amoureuses présentent une ressemblance frappante avec des membres de sa famille d'origine. Parfois, on s’aperçoit que des choix relationnels se sont effectués sur un mode narcissique, le partenaire ressemblant au sujet lui-même. C’est ce que l’on appelle en micropsychanalyse le « phénomène sosie », montrant que des ressemblances physiques avec tel ou tel personnage de son enfance peuvent dicter des choix amoureux à l'âge adulte.
La relation entre un bébé et sa mère peut être envisagée sous un angle nouveau si l'on dispose de séries de photographies. L’analysé peut apprécier la qualité de la présence de l’un envers l’autre.
Par exemple, un célibataire d'une cinquantaine d'années était persuadé que sa mère ne lui avait jamais témoigné la moindre marque d'amour et que cette carence affective était cause de ses difficultés avec les femmes. A la suite d’un travail sur les photographies, cette certitude est ébranlée : il s’est vu enlacé par les bras d'une mère aimante, toujours tendrement regardé lorsqu'elle le nourrissait... Il fut soulagé d'un poids, mais surtout il en vint à se demander pourquoi il avait à ce point tronqué ses souvenirs. En analysant son activité fantasmatique inconsciente, il prit conscience qu’il y avait eu de l’amour entre eux. A partir de là, il réussit à porter au jour ses désirs refoulés : pour se défendre d'un amour trop violent (et interdit) pour elle, il l'avait « transformée » en une mère indifférente et distante qui devenait ainsi moins dangereuse.
Pour Fanti, nul n'avait terminé son analyse s'il n'avait fait en séance un travail à partir de ses photos (photographies de lui-même depuis sa naissance, de sa famille, de ses relations amoureuses et amicales, de son entourage professionnel, scolaire ...). Car ce travail est essentiel à l'analysé pour qu'il puisse se visualiser bébé, retrouver l'ambiance familiale de ses premières années, s'imprégner de ses parents et grands-parents tels qu'ils étaient alors.
* analysé: d'autres courants psychanalytiques parlent d'analysant.