
1_Généralités Les appoints techniques constituent une innovation majeure que Fanti a apportée à la pratique analytique. Il s’agit de l’étude en séance par l’analysé lui-même de documents le touchant de près : certaines de ses photographies personnelles, familiales et de son entourage proche ; son arbre généalogique établi à partir de renseignements qu’il a pu obtenir sur ses ascendants ; les plans des lieux où il a vécu depuis sa naissance et qu’il a lui-même dessinés d’après ses souvenirs ; divers écrits, tels ses livrets scolaires, son carnet de santé, des lettres faisant partie de sa correspondance familiale et amoureuse. A ces quatre appoints techniques, Fanti ajoutait l’écoute en fin d’analyse de certaines séances qu’il avait enregistrées au cours du travail.
L’utilisation des appoints techniques obéit à des règles précises. Ils sont introduits quand l’analysé a déjà raconté sa vie en détail et qu’il en a revécu des épisodes clefs. Dès lors, certaines connexions entre le présent et les traces du passé se sont établies, différents contenus manifestes ont commencé à prendre sens par rapport à leurs déterminants inconscients. Cela implique que des associations libres de qualité se développent, suscitant une dynamique d’affleurement du psychisme profond à la conscience. Mais le plus important, c’est qu’il faut un temps d’élaboration d’au moins une heure et demie, au cours de la même séance, après avoir observé ou étudié des documents. C’est indispensable pour que l’analysé intègre naturellement à son monde intérieur ce qu’il a perçu et ressenti lors du contact avec les documents. L’étude analytique de documents ne peut donc se faire qu’en longues séances. Dans un contexte différent, l’étude de photographies ou d’autres documents pourrait établir des liaisons artificielles entre le conscient et l’inconscient. Par exemple, elle risquerait de placer une supposée réalité en paravent d’un fantasme qui deviendrait alors inanalysable.
Comment procède-t-on pratiquement ? En général, l’analysé décrit de façon approfondie un ou plusieurs documents, puis il se laisse aller à associer librement comme il a l’habitude de le faire. Au fil de ces associations, l’analysé repense ici ou là à un document observé ou étudié. Que cet élément lui revienne alors à l’esprit n’est pas dû au hasard. Bien au contraire, il y a fréquemment une correspondance avec le thème qui est en train de s’élaborer et cela contribue à lui donner un sens.
Lors de la phase descriptive, la subjectivité de l’analysé est mise à l’épreuve de perceptions nouvelles, qui bousculent souvent de solides convictions préconçues, et de ressentis inattendus, provoquant parfois des bouleversements intérieurs. Ces perceptions et ces ressentis sont ensuite pensés et ils s’intègrent aux enchaînements associatifs qui se sont faits spontanément, leur donnant une nouvelle résonance psychique. Mais ils servent aussi d’inducteurs à de nouveaux revécus et à des prises de conscience qui ne se seraient probablement pas produites sans cela.
Ce qui a été perçu et ressenti pendant la prise de connaissance des documents s’élabore associativement sur le divan, ce qui distingue leur étude micropsychanalytique de leur utilisation en psychothérapie. L’élaboration associative est l’élément déterminant quant à l’obtention de changements profonds et durables. Elle se fait de façon naturelle, lorsque l’analysé reprend associativement, directement ou à son insu, tel ou tel élément (parfois un microdétail) activé par l’observation et la description. Cet élément entre ainsi en résonance avec des traces laissées dans le psychisme par des vécus infantiles, intra-utérins ou ancestraux. La mise en correspondance d’un élément observé ou étudié avec un élément intrapsychique a un impact en profondeur, surtout si l’appoint technique est entré en résonance avec des contenus refoulés. Cela peut provoquer quelques résistances. Mais une fois les résistances surmontées, la correspondance entre l’élément extérieur et le contenu refoulé tend à ouvrir une voie de décharge dans le préconscient. Les ouvertures ainsi créées permettent de mieux gérer les informations que le sujet reçoit de son inconscient et du monde extérieur.
En somme, les appoints techniques sont au service de la dynamique associative. En analyse, il ne s’agit pas d’utiliser un document pour retrouver une vérité historique ou une preuve, car les événements de la vie se sont inscrits de manière subjective dans le psychisme profond du sujet, comme il les a vécus et non comme ils sont arrivés. Or, c’est cette inscription subjective – en fait des représentations et des affects – qui s’exprime dans l’existence actuelle de la personne, dans ses rêves, dans ses répétitions et ses symptômes. Les documents décrits et élaborés associativement font surgir la représentation – plus ou moins chargée affectivement – d’instants de vie et de personnages ignorés, oubliés sous l’effet du refoulement ou dénaturés pour des raisons défensives. Ce travail aide l’analysé à retrouver peu à peu, voire même à découvrir, ce qui l’a façonné, quelles origines il porte en lui, quel véritable impact ses parents et ses ancêtres ont eu sur son développement… En partant de ce à quoi il ressemblait petit ou adolescent et des situations où il a été, ainsi qu’en passant par l’image de ceux qui l’entouraient, il peut se remettre en contact avec ce qu’il faisait, aimait, pensait, ressentait… et saisir pourquoi il est devenu ce qu’il est adulte. Ce travail fait jouer en lui une autre appréhension de son passé, ce qui lui permet de reconstruire certaines facettes de son histoire personnelle et familiale, d’élaborer des représentations différentes de celles qui guidaient sa vie jusqu’alors et la compliquaient par des distorsions névrotiques. En un mot, il peut prendre conscience qu’il s’inscrit dans une continuité psychobiologique et qu’il a maintenant des atouts pour affirmer son identité et modifier sa façon d’être avec les autres.
Différents documents étudiés en séance finissent par s’articuler entre eux : un détail photographique se connecte à un fragment de correspondance qui renvoie à un lieu d’enfance reconduisant à un aspect de la généalogie…. Toutes ces informations tendent à s’intégrer associativement à la mémoire des vécus qui ont marqué le développement de la personnalité, à la trame psychique tissée par les fantasmes et les rêves, aux représentations et affects constituant la structure du sujet. Ainsi, les appoints techniques potentialisent tout le travail associatif.