
5_La correspondance « ... Les pommiers sont fleuris. Tu me manques, j'aimerais que tu sois là... »
Ainsi se terminent deux lettres envoyées par la même personne à trente ans d'intervalle. A 10 ans, la fillette s'adresse à son père hospitalisé; à 40 ans, la femme écrit à son mari en mission à l'étranger.
Sur le divan, l'analysée lit ces lignes et s'étonne : « comment peut-on écrire les mêmes mots à deux hommes si différents ? » Comme tout le monde, elle croyait jusqu'alors que chaque lettre d’amour ou de rupture était totalement originale, gage d’une relation unique. Et pourtant, tant de lettres sont si semblables...
En poursuivant sa séance, d'association en association, cette personne pourrait saisir que son message d'adulte répète un vécu ancien : il remet en scène une séparation éprouvée pendant l'enfance. Envoyer un message à distance, c'est prendre acte de l'absence de la personne aimée et abolir symboliquement cette séparation.
Avec les photographies numériques, la correspondance est sans doute le domaine qui a le plus évolué ces dernières années. En effet, après une certaine désaffection pour la chose écrite, il semble bien exister une fièvre de communication avec les e-mails et, pour la population la plus jeune, avec les SMS.
Comme pour les autres appoints techniques, il est nécessaire que l'analysé soit venu à plusieurs reprises sur le contenu de certaines lettres pour que l’étude de ces documents puisse commencer. Là également, certaines variations sont possibles dans le dispositif, mais globalement on retrouvera la séquence suivante : la séance commence comme d’habitude, en associant librement ; lorsque celle-ci est bien engagée, le micropsychanalyste propose à l'analysé de lire à haute voix certains documents personnels dont il a parlé et qu’il a apportés en séance : son journal intime, sa correspondance amoureuse, telle lettre de rupture, les cartes postales qu’il a conservées… Parfois, l’analysé est invité à examiner ses dessins de l'enfance, ses livrets scolaires ou d’autres documents encore.
L’étude de la correspondance et des écrits stimule le travail en cours, car ce qui a été lu peut être repris associativement dans la suite de la séance. Elle permet d’explorer plus spécifiquement le thème de la séparation, en particulier la mobilisation affective qui fait suite à toute séparation. Les "tu me manques", "tu es loin", "tu reviens quand?" sont fréquents et témoignent souvent d’une profonde détresse. Lors d’un chagrin d’amour, cet appoint technique contribue à l’élaboration du deuil. D’une manière plus générale, il aide à analyser certaines répétitions névrotiques, comme dans l’exemple ci-dessus. Parfois, la correspondance se fera poésie. Elle explorera ce qui n'a pas pu ou pas su se dire face à l’autre. Enfin, l’étude de documents scolaires ou de carnets de santé permet d’attirer l’attention sur quelque période difficile de l’enfance ou de l’adolescence.
Lors d’une micropsychanalyse par tranche, l’analysé peut tenir un journal. Ces écrits seront un bon reflet du climat transférentiel, et en tant que tels pourront être explorés.