Micropsychoanalysis: a psychoanalysis

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L'interprétation du rêve

DÉfinition du rÊve

Au cours du sommeil, et tout particulièrement du sommeil paradoxal, le ça crée dans nos cellules cérébrales une situation énergétique critique qui allume le processus primaire et rend possible le rêve.

Le premier acte du rêve réside dans l'activation d'objets inconscients qui défoulent leurs informations onto-phylogénétiques et livrent leurs messages représentationnels-affectifs refoulés. En d'autres termes, des vécus intériorisés sont libérés et répètent des scénarios de vie utéro-infantile et ancestrale qui alimentent les fantasmes. Les objets inconscients activés mobilisent des ensembles co-pulsionnels sexuels et/ou agressifs et font ainsi renaître les désirs utéro-infantiles. La désactivation des objets inconscients, leur décharge constitue précisément la réalisation des désirs et est synonyme de plaisir.

Le rêve se définit donc à la fois comme la réalisation inconsciente de désirs sexuels et agressifs d'origine utéro-infantile et comme la répétition de vécus intériorisés sexuels et agressifs. Réalisations de désirs inconscients et répétitions de vécus intériorisés forment le travail du rêve proprement dit qui réactualise chaque nuit des pans entiers de notre mémoire onto- et phylogénétique.

Quant à l' élaboration primaire du rêve, elle est l'œuvre des mécanismes efficients de l'inconscient (sous-tendus par les mécanismes élémentaires) qui prennent en charge toute la masse informative onirique et la traitent dans le sens d'une sélection d'informations prêtes à alimenter le travail de déformation.

Le travail de déformation caractérise le dernier acte du rêve et comprend les quatre procédés plastiques suivants : la symbolisation, la dramatisation, la prise en considération de la figurabilité et la prise en considération de l'intelligibilité. Par ces quatre procédés de camouflage, les informations représentationnelles et affectives sélectionnées passent du processus primaire au processus secondaire et sont transposées dans les objets préconscients.

 

La notion d'interprétation en micropsychanalyse

L'interprétation est une intervention clé par laquelle l'analyste explicite, à partir d'un contenu manifeste ou de certains de ses éléments associatifs, le contenu latent, c'est-à-dire la signification des conflits inconscients, des fantasmes, des vécus intériorisés, des désirs sexuels et agressifs d'origine utéro-infantile et phylogénétique.

Cette définition générale de l'interprétation convient tout à fait à l'étude du rêve et s'inscrit, avec la technique micropsychanalytique, dans l'intervention équationnelle progressive.

Le travail du micropsychanalyste est essentiellement équationnel. Il suit la dynamique associative du matériel de l'analysé, met progressivement en évidence les équations des équivalents psychobiologiques et repère minutieusement, dans ce système équationnel, les termes en interaction répétitive. Car ce sont eux qui constituent les véritables objets préconscients, en résonance constante avec les objets inconscients. A partir des objets préconscients, l'analyste peut donc déchiffrer les objets inconscients, puis catalyser par des interventions adéquates progressives la mise en conscience et la prise de conscience des vécus intériorisés ontogénétiques ainsi que des désirs sexuels et agressifs spécifiques de la vie utéro-infantile jusque dans leurs racines phylogénétiques.

Le niveau opérationnel des associations libres de l'analysé comme celui des interventions catalysatrices de l'analyste se situe donc dans les objets préconscients. Le travail d'analyse consiste en réalité à modifier la conflictuelle et les stases du préconscient dans le sens d'une détente et d'une perméabilisation conduisant physiologiquement à une facilitation du retour du refoulé et des rejetons de l'inconscient.

Il existe trois équations de base, c'est-à-dire directement liées à la sexualité et à l'agressivité de la vie utéro-infantile :

1. L' équation des équivalents psychobiologiques du pénis qui s'énonce comme suit : pénis = sein = fèces = règles = enfant = cadeau = argent ; cette équation de base peut être complétée presque à l'infini, chaque terme pouvant donner lieu à une séquence équationnelle plus ou moins longue qui peut, à son tour, revenir à un terme de base et en repartir, etc.

2. L' équation des équivalents psychobiologiques sphinctériens qui comprend n'importe quelle ouverture corporelle investie comme zone érogène ; elle s'énonce comme suit : bouche = anus = méat urétral = orifice mammaire = narine = orifice auriculaire = pore = ombilic = col de l'utérus = cavité utérine, etc. ; ici encore, cette équation de base peut être complétée presque à l'infini si l'on tient compte du fait que tous les systèmes somatiques (nerveux, digestif, cardio-vasculaire, broncho-pulmonaire et uro-génital), comme les systèmes et instances psychiques fonctionnent sur un mode sphinctérien, c'est-à-dire d'ouverture et de fermeture.

3. L' équation des équivalents psychobiologiques fétiches comportant tous les termes dérivés de la castration primaire, c'est-à-dire du vécu d'absence de pénis chez la mère, immédiatement refoulé, dénié, clivé, déplacé et condensé sur n'importe quelle partie du corps ou une de ses particularités (odeur, couleur, consistance...), sur une pièce vestimentaire intime, sur un détail quelconque appartenant au contexte de ce vécu.

En fait, dans son travail équationnel, l'analyste se rend compte que tout élément du matériel qui se répète dans un contexte associatif identique peut être mis en équation et venir compléter l'une ou l'autre des trois équations de base.

Cela concerne :

a) les répétitions proprement dites, que ce soient les répétitions au cours de la vie (répétitions mineures, massives ou compulsionnelles); que ce soient les répétitions en rapport avec la verbalisation associative (mots, phrases, tournures de phrases, tics verbaux, intonations de la voix, silences...) ;

b) les grands thèmes et leurs composants : sexualité, agressivité, corps, besoins physiologiques, nourriture, maison, lieux, profession, argent, religion, famille, parents et leurs substituts, couple, mariage, grossesse, naissance, amour, haine, fidélité, jalousie, solitude, orgueil... ;

c) les peurs, peurs qui s'articulent toutes à la séquence équationnelle de base : peur de la castration (phallique et primaire) = peur de la mort = peur du vide ;

d) les émotions et les sentiments de la vie en général, comme les abréactions qui ont lieu pendant la séance ;

e) les faits de la psychopathologie de la vie quotidienne : actes manqués, lapsus, oublis, pertes d'objet, erreurs en tout genre ;

f) les symptômes psychiques et somatiques ;

g) les rêves ;

h) les manifestations transférentielles.

Toutes ces équations se complètent au fur et à mesure de l'élaboration associative, de la perméabilisation du préconscient profond et de l'affleurement des rejetons de l'inconscient. Elles se chevauchent, se recoupent et mettent peu à peu en lumière les termes ou équivalents équationnels en interaction répétitive, c'est-à-dire les objets préconscients comme révélateurs d'objets inconscients et répétiteurs d'informations agressives-sexuelles, utéro-infantiles et phylogénétiques. On visualise mieux ainsi comment la trame associative se développe en trame équationnelle exprimant les objets préconscients et comment l'analyse adéquate de ceux-ci conduit à des objets inconscients spécifiques, aux vécus intériorisés qu'ils contiennent et aux désirs sexuels et agressifs qu'ils pulsent. En définitive, la mise en évidence des objets inconscients, des vécus intériorisés et des désirs refoulés fournit les trois équations agressives-sexuelles d'aboutissement du travail analytique.

Le repérage et la notation détaillée des équations psychobiologiques est indispensable à l'analyste pour intervenir de façon adéquate et progressive, c'est-à-dire pour se glisser synaptiquement dans la trame associative de l'analyse sans courir le danger de toucher précocement un objet préconscient en résonance choc avec un objet inconscient. Avec cette technique équationnelle, les interventions d'interprétation brute n'ont plus cours et les interventions de construction n'ont plus rien d'hypothétique ou de spéculatif mais reposent sur des données progressivement objectales-objectives. L'intervention équationnelle progressive est la plus physiologique : elle respecte le contrat analytique et la règle fondamentale, est en parfait accord avec les règles de neutralité et d'abstinence, catalyse le mieux la remémoration élaborationnelle, la mise en conscience et la prise de conscience des vécus intériorisés, des désirs inconscients et des mécanismes de défense.

Le travail équationnel de l'analyste débute dès la première séance même si, bien sûr, les associations libres n'existent pas encore. Des ébauches d'équations vont commencer à apparaître pendant l'amorce d'Œdipe (de 150 à 250 heures environ) ; à cette phase du travail, le matériel vital a été apporté dans son ensemble, la verbalisation est globalement associative et entraîne la remémoration, le transfert est établi ; l'analysé, qui a décrit son arbre généalogique en séance, dessiné les plans des lieux et fait une tranche de photos entre dans son intimité corporelle, sexuelle, familiale et s'approche de la notion de désir ; il n'est pas rare que les premiers rêves se manifestent à ce moment-là. Mais les véritables équations psychobiologiques éclosent et se développent durant le creusement d'Œdipe, qui va de l'intervention nucléaire sur Œdipe jusqu'à la mère primaire ou fusionnelle. Elles prennent toute leur dimension durant l'élaboration de la théorie pénienne (enfant-pénis de la mère/du père) et de la castration primaire (vécu d'absence de pénis chez la mère), durant la reperméabilisation d'Œdipe et l'appréhension patiente de la dynamique sphinctérienne jusqu'à la synapse narcissique-anale. C'est donc dès la fin du creusement d'Œdipe, quand on arrive à la mère primaire (environ 400 heures) que l'analyste peut commencer à poser ses interventions équationnelles progressives.

 

Le rÊve et le systÈme Équationnel

Le rêve occupe une place incontournable, essentielle dans le travail équationnel du micropsychanalyste. Car le rêve est équationnel par essence ; tous les rêves et toutes les séquences oniriques d'une nuit comme tous les rêves de toute la vie constituent un seul et même rêve. Bien plus, n'importe quel contenu manifeste actuel ou passé est techniquement assimilable à un contenu manifeste de rêve et peut entrer équationnellement dans l'élaboration onirique. La trame associative onirique intègre toutes les équations et les fait interagir synaptiquement jusqu'à l'expression des objets préconscients qui deviennent révélateurs des objets inconscients, de leurs vécus intériorisés et des désirs agressifs-sexuels spécifiques. L'interprétation du rêve inscrite dans l'intervention équationnelle progressive permet de remonter le cours du travail de déformation jusqu'au travail du rêve proprement dit.

A propos des trois équations de base, j'ai précisé que chacune d'elles pouvait être complétée presque à l'infini. Avec l'étude du rêve, le presque tombe et l'on touche à l'infini équationnel. L'élaboration onirique dynamise la trame équationnelle qui tend à se confondre avec la trame associative proprement dite ouvrant l'illimité de la surdétermination. C'est dire que l'étude du rêve nous branche directement sur l'infini de l'inconscient et l'infini du vide. Elle nous fait appréhender le processus primaire, l'énergie libre qui se déplace et se condense sans limitation, l'absence d'espace, de temps et de logique, la coexistence des contraires, la complexité dans l'instantanéité. C'est dire, donc, que le rêve lui-même est infini, que son étude est infinie, comme celle de l'inconscient, comme celle de l'univers. On en déduit techniquement que l'interprétation du rêve doit se faire au bon moment, sinon elle a de fortes chances de venir buter contre les tabous œdipiens d'inceste et de meurtre, le complexe de castration (castration phallique et primaire), l'emprise et le contrôle de la dynamique anale, l'orgueil narcissique, l'agressivité fusionnelle. Une erreur d'appréciation de la part de l'analyste conduit à un raidissement des résistances avec l'apparition de silences, d'angoisse, d'un état confusionnel pouvant aller jusqu'à la peur panique, de manifestations transférentielles négatives, de réactivations de symptômes psychiques ou somatiques, etc. La technique micropsychanalytique, composant durée et rythme des séances, rend cette erreur non déterminante, mais il faudra quand même quelques jours pour que le travail associatif retrouve sa cadence.

 

Quelques points pratiques pour l'interprÉtation des rÊves

1. Un rêve, un contenu manifeste du rêve, ne dit rien, ne veut rien dire ; seule son élaboration associative (et surtout équationnelle) sur la base d'un matériel vital fouillé et dans le contexte diurne-nocturne-diurne du matériel des vingt-quatre à quarante-huit heures peut en dégager la signification.

2. Pour l'interprétation du rêve, non seulement les restes diurnes (restes psychiques ou sensorimoteurs du jour précédent figurant dans le contenu manifeste) doivent être envisagés, mais également les éléments diurnes (éléments psychiques ou sensorimoteurs du contenu manifeste qui se retrouvent tels quels dans le jour qui suit le rêve, éventuellement dans le matériel de séance). Les éléments diurnes peuvent devenir des restes diurnes pour le rêve de la nuit suivante. Il ressort de la définition des restes diurnes et éléments diurnes que leur dynamique propre a lieu en prolongement du travail de déformation du rêve au niveau des objets préconscients. Restes nocturnes et éléments diurnes soulignent l'importance que peut avoir l'apport détaillé du matériel des vingt-quatre heures au cours-de l'étude du rêve.

3. Les rêves prémonitoires existent-ils ? Je dirais qu'il n'y a que cela : puisant dans la mémoire ancestrale et ontogénétique de nos objets inconscients qu'il réactive chaque nuit, le rêve nourrit nos objets préconscients qui vont nous faire actualiser chaque jour les restes nocturnes ; et cela en synergie avec le sommeil paradoxal qui dicte ses ordres au système nerveux central et prépare ainsi notre vie biologique du lendemain.

4. Il faut avoir beaucoup de respect pour le rêve, le laisser venir comme il vient, l'accueillir avec bienveillance et attention flottante, surtout ne pas le braquer. Si, au début de son travail, l'analysé est empêtré dans ses rêves et manifeste des signes d'« onirite », l'analyste doit intervenir et proposer à l'analysé de laisser ses rêves de côté pour un certain temps. De même, en cours de travail, l'analyste sera attentif au rêve-résistance, comme au rêve-symptôme. Il n'est pas toujours facile de ne pas tomber dans le piège du rêve !

5. La notation du rêve ne commence que lorsqu'une étude suivie de rêves a été engagée. La notation du rêve fait l'objet d'une intervention précise pour expliquer à l'analysé que le rêve dactylographié doit avoir une date, un lieu et un titre. A propos du titre, il faut prendre le premier qui vienne à l'esprit, en faisant abstraction des noms propres de personne et de lieu comme des concepts analytiques. Si le titre jaillit dans ces conditions, il correspond toujours à un aspect nucléaire du contenu latent. L'analysé apporte en séance une copie de son rêve dactylographié qu'il dépose sur la table à côté de l'analyste.

6. Le rêve est un excellent critère d'avancement du travail et de fin d'analyse. Avec la dynamique associative-équationnelle et le transfert, le rêve forme la triade de repérage essentielle de l'analyste. Un exemple : c'est dans l'amorce d'Œdipe que les véritables associations libres commencent à se faire, que des ébauches d'équations apparaissent, que le vrai transfert s'installe et que les premiers rêves jaillissent spontanément en articulation avec le matériel vital.

 

Trois schÉmas techniques d'interprÉtation du rÊve

Ces trois schémas, que j'expérimente depuis une dizaine d'années et qui semblent porter leurs fruits dans la pratique de plusieurs micropsychanalystes, sont : 1. l'élaboration simple, 2. l'étude systématisée, 3. l'étude comparée du rêve. Ces trois schémas sont progressifs et, dans l'ordre, le premier peut servir de tremplin associatif au deuxième et celui-ci au troisième.

L'élaboration simple consiste en une approche associative du rêve. C'est le rêve pris au premier degré de son contenu manifeste dont certains éléments s'inscrivent directement dans le matériel de l'analysé. L'élaboration simple n'a pas la prétention de dévoiler partie ou totalité du contenu latent, mais simplement de mettre en rapport, d'articuler associativement un aspect ou l'autre du contenu manifeste avec le matériel vital et éventuellement actuel. Elle permet d'intégrer le contenu manifeste dans la vie de l'analysé alors que, comme nous le verrons, une étude plus poussée du rêve permet d'intégrer la vie entière dans un seul rêve.

Les interventions concernant l'élaboration simple se calquent sur la technique explicative de la règle fondamentale. Elles procèdent par paliers : c'est d'abord le rêve dit lentement, très lentement, sans se préoccuper de son intelligibilité, des vraisemblances ou des invraisemblances ; c'est le rêve raconté comme une histoire, une histoire d'enfant, un dessin d'enfant ; puis cette histoire est reprise avec plus de détails et l'analysé essaie de la visualiser et de la vivre comme un film dont il est à la fois le scénario, les acteurs, le réalisateur et le spectateur. Quand l'analysé se trouve vraiment dans l'intimité de son histoire onirique, non seulement des images visuelles se dessinent, mais apparaissent des odeurs, des sons, des goûts, des perceptions tactiles, voire des impressions affectivo-sensorielles difficiles à décrire et remontant probablement à la vie fusionnelle. C'est pourquoi la prise en considération de la figurabilité du travail de déformation du rêve devrait être envisagée plus largement comme prise en considération de la sensorialité.

L'élaboration simple met en connexion associative : contenu manifeste et élaborationnel du rêve, matériel et vie de l'analysé. Elle favorise ainsi le travail d'associations libres et stimule la remémoration. Petit à petit, elle fait s'exprimer les répétitions vitales jusque dans leur dimension actuelle et onirique. Elle a, de plus, une fonction spécifique suivant le moment de l'analyse où elle est utilisée.

Comme je l'ai dit précédemment, l'élaboration simple du rêve peut être entreprise à n'importe quelle phase du travail depuis l'amorce d'Œdipe. Prenons deux cas de figure :

1) On se trouve dans l'amorce d'Œdipe, c'est-à-dire entre 150 et 250 heures. L'analysé a déjà mentionné, sans s'y arrêter, quelques rêves ou fragments de rêves dans la première partie de son travail (l'apport du matériel vital). Depuis quelques jours, le rêve se fait plus pressant ; non seulement l'analysé le mentionne mais, de temps en temps, il en décrit une partie en rapport direct avec tel ou tel élément du matériel vital ou actuel. La dynamique des séances est globalement associative et les résistances peu actives. Dans ces circonstances, l'analyste peut introduire la technique de l'élaboration simple du rêve ; c'est une intervention qui se fait en cours de séance (et non au début ou à la fin de la séance) et qui part du matériel proprement dit. Si, le lendemain, l'analysé ne poursuit pas son élaboration onirique, il est préférable de ne pas intervenir mais d'attendre deux ou trois jours pour le faire. Le recours à l'élaboration simple du rêve pendant l'amorce d'Œdipe a pour fonctions spécifiques de stimuler la verbalisation de l'intimité corporelle, sexuelle, parentale, familiale et de s'approcher le plus possible de la notion de désir.

2) On se trouve dans le creusement d'Œdipe, c'est-à-dire entre 300 et 400 heures. Il s'agit d'introduire l'élaboration simple ou de la reprendre si elle a déjà été utilisée dans l'amorce d'Œdipe. Depuis quelques jours, l'analysé mentionne ou raconte son rêve de la nuit, soit en début de séance, soit en cours de matériel. Ici encore, la verbalisation doit être globalement associative et les résistances peu actives. Techniquement, l'intervention se fait comme dans le premier cas de figure, mais en tenant compte des équations qui éclosent. Dans le creusement d'Œdipe, l'élaboration simple a pour fonctions spécifiques d'approfondir associativement le pôle incestueux et le pôle meurtre d'Œdipe jusque dans leurs répétitions substitutives, de mettre en lumière le pourcentage d'Œdipe positif et négatif, la possessivité-jalousie, le roman familial et la scène primitive.

L'étude systématisée consiste à analyser le rêve selon les cinq points de vue particuliers suivants : la géographie, les personnages, les thèmes, la dynamique, les émotions. Elle suppose que l'analysé soit familiarisé avec le rêve, qu'il ait déjà effectué l'une ou l'autre élaboration simple. La condition indispensable pour débuter une étude systématisée du rêve est la fluidité des équations psychobiologiques dans le matériel de l'analysé : le travail associatif se déroule sans résistances importantes et tisse la trame équationnelle où se dessinent les objets préconscients et leur résonance inconsciente. En termes chronologiques, l'étude systématisée du rêve peut se faire dès le dernier tiers du creusement d'Œdipe, quand on aborde la mère primaire ou fusionnelle (environ 400 heures). C'est donc un schéma technique d'étude du rêve qui regarde la fin de l'analyse personnelle et la didactique.

Pratiquement, l'analysé apporte régulièrement ses rêves et l'analyste a fait l'intervention sur la notation du rêve. Lorsqu'un rêve a été élaboré en détail et qu'il s'articule associativement avec la trame équationnelle, l'analyste peut intervenir pour expliquer la technique de l'étude systématisée. C'est à nouveau une intervention qui se fait en cours de séance (et non au début ou à la fin de la séance). L'analyste commence toujours par faire redécrire le rêve deux ou trois fois, lentement, du début à la fin et sans commentaire, pour que l'analysé soit dans l'intimité de l'histoire onirique. Le rêve est ensuite envisagé selon les cinq points de vue particuliers, pris l'un après l'autre, de manière systématique d'abord, puis en les laissant se chevaucher et se recouper. Il ne faut pas chercher à épuiser un point de vue particulier. Dès que l'élaboration se met à flotter, on passe à un autre point de vue. Une dernière précision : l'étude systématisée du rêve, pour aller le plus profond et le plus large possible, nécessite la toile de fond des appoints techniques, en particulier l'arbre généalogique, les plans des lieux et les photos.

1) Point de vue géographique
L'élaboration détaillée de la géographie d'un rêve conduit l'analysé à reparcourir associativement certains lieux où il a vécu et qu'il a dessinés au début de son analyse. Il en arrive assez rapidement à une géographie psychobiologique : la géographie sexuelle et agressive de son propre corps, mais aussi de son psychisme, la géographie de la scène primitive, la géographie maternelle, la géographie utéro-fœtale... et il en arrive éventuellement à une perception de la géographie énergétique du vide. Le point de vue géographique a une grande importance pour la résolution de l'équation des angoisses-peurs et, plus particulièrement, en cas de névrose phobique.

2) Point de vue des personnages
Il est évident que le seul et unique personnage en jeu dans le contenu latent du rêve est la personne propre. Les personnages utilisés par le travail de déformation sont des substituts qui forment une chaîne associative (équation) ramenant aux substituts privilégiés parentaux et ancestraux. L'analysé passe ainsi plus facilement de la mère œdipienne à la mère fusionnelle, du père œdipien au père totémique, de la castration phallique à la castration primaire. En retrouvant ses marques onto- et phylogénétiques, l'analysé réussit à se positionner dans les lignées maternelle et paternelle, ce qui entraîne une relativisation de la personne impliquée dans la formation substitutive. Conséquemment l'amour et la haine s'en trouvent très relativisés. Le point de vue des personnages joue en outre un rôle clé dans l'analyse progressive des différentes facettes répétitives du transfert.

3) Point de vue des thèmes
Les thèmes, j'en ai parlé à propos des équations psychobiologiques, sont des sujets répétitifs de toutes sortes qui ponctuent le matériel de l'analysé. L'analyste repère au cours du travail l'évolution associative des différents thèmes spécifiques et de leurs recoupements. Avec l'étude systématisée du rêve, les thèmes (y compris les thèmes conceptuels et symboliques) deviennent des équivalents psychobiologiques faisant partie intégrante du système équationnel et acquièrent leur statut d'objets inconscients d'où ils dévoilent des vécus intériorisés clairs et des désirs agressifs-sexuels précis de la vie utéro-infantile et phylogénétique. Deux thèmes méritent une attention particulière de la part de l'analyste : l' argent et la religion (et ce dernier, même si l'analysé est ou se dit athée). L' argent et la religion, qui n'existent pas dans l'inconscient, ont une fonction de tout premier ordre au niveau des objets préconscients et, de là, mènent le monde à leur manière. Comment quelque chose qui n'existe pas dans l'inconscient peut-il être aussi déterminant dans la névrose, le caractère et la sociologie ? Eh bien, c'est que l'argent et la religion cristallisent au cœur des trois équations de base l'agressivité-sexualité de tous les stades, moments et périodes de l'ontogenèse jusqu'à la phylogenèse : la toute-puissance fusionnelle, mais aussi l'annihilation qui en découle, la toute-puissance narcissique et son égotisme, le pouvoir d'emprise et de contrôle sphinctérien, le pouvoir castrateur, le pouvoir œdipien avec ses corollaires de droit d'inceste et de droit de meurtre. On comprend dès lors que l'argent et la religion mobilisent de façon privilégiée le refoulé qui a fait son retour et s'est niché dans les résistances. L'élaboration progressive spontanée de ces deux thèmes constitue pour l'analyste un précieux critère d'avancement comme de fin du travail analytique. Dans toute analyse, l'argent et la religion doivent faire l'objet d'une intervention équationnelle précise et large à la fin du creusement d'Œdipe ou durant l'approfondissement de la dynamique sphinctérienne jusqu'à la synapse narcissique-anale.

4) Point de vue dynamique
Dans le contenu manifeste, la dynamique s'exprime soit directement par les actions qui ont lieu ou sont inhibées au cours du rêve, soit indirectement dans les verbes dont la plupart sous-tendent un mouvement co-pulsionnel bien défini. L'élaboration de la dynamique fait plonger au cœur du conflit psychique et met en évidence les co-pulsions élémentaires, les désirs inconscients et les mécanismes de défense spécifiques d'un stade, moment ou période du développement ontogénétique. Elle favorise une prise en compte globale de la fonction sphinctérienne qui s'avère être la réplique macroscopique de la fonction synaptique. Enfin, elle permet de se faire une idée de la dynamique propre de l'inconscient, c'est-à-dire des mécanismes élémentaires et efficients.

5) Point de vue des émotions
Il concerne les sensations, les manifestations affectives, les sentiments, l'angoisse, les peurs et la culpabilité directement présents dans le contenu manifeste ou apparaissant en cours d'élaboration du rêve. Toutes ces émotions sont l'expression de l'affect inconscient qui est plus en rapport avec la quantité qu'avec la qualité d'expériences co-pulsionnelles et, de ce fait, plus intimement lié au refoulement. Autrement dit, le point de vue des émotions est un excellent révélateur du refoulé, c'est-à-dire de l'intensité : 1) de certains vécus intériorisés, comme la scène primitive, les disputes parentales, le « double bind », la fausse présence, le vécu d'absence de pénis chez la mère, 2) de certains désirs inconscients et de leur réalisation, 3) de certains mécanismes de défense qui viennent renforcer le refoulement lorsque celui-ci est dépassé.

En conclusion : l'étude systématisée du rêve, entendue comme étude équationnelle selon les cinq points de vue et avec les appoints techniques en toile de fond, vise globalement la mise en conscience et la prise de conscience des répétitions vitales, en particulier des répétitions névrotiques et des compulsions à la répétition. Ces répétitions vitales sont répertoriées dans les objets préconscients par le travail du rêve.

L'étude comparée du rêve découle naturellement de l'étude systématisée. En effet, un rêve étudié en détail selon les cinq points de vue va réveiller associativement un autre rêve, puis un autre, etc., qui forment une chaîne onirique. L'étude comparée du rêve consiste en l'élaboration conjointe de sept à dix rêves que l'analysé a progressivement assimilés au cours de son travail, auxquels on peut ajouter certains rêves récurrents (infantiles ou adultes) et certains rêves typiques. Dans ces rêves de base viennent peu à peu s'engrener les rêves actuels.

L'étude comparée du rêve est le couronnement d'une analyse personnelle poussée très loin. Habituellement, en psychanalyse personnelle, je m'en tiens à l'étude systématisée et je réserve l'étude comparée pour la didactique.

Pratiquement, l'étude comparée du rêve commence par l'étude systématisée d'un rêve choisi, puis d'un deuxième, puis des autres. Peu à peu, les séquences oniriques, directes ou élaborationnelles, émettent des pseudopodes associatifs à l'endroit d'une séquence du même rêve ou d'un autre. Ce système pseudopodique se fait de plus en plus dans le détail et devient synaptique. On finit par avoir une pâte onirique qui intègre associativement tous les rêves, le matériel vital, le matériel actuel, les appoints techniques (en particulier, à ce moment-là du travail, le matériel des enregistrements). La trame onirique s'articule à la trame vitale et s'y confond en développant associativement la trame équationnelle d'où s'expriment les objets préconscients et, par eux, les objets inconscients qui livrent leurs vécus intériorisés comme les désirs et défenses qu'ils suscitent.

L'étude comparée du rêve englobant l'étude systématisée nous met en prise directe avec la pulsion de mort-de vie et la surdétermination qui s'ouvre sur la complexité infinie de l'inconscient : un élément onirique éclate en mille détails associatifs recoupant mille détails oniriques dont chacun d'eux éclate en mille détails... qui se perdent dans l'infini de l'inconscient, de l'énergétique du vide... se concentrent, explosent, interagissent, se recombinent, toujours nouveaux et toujours identiques. Le rêve est infini !

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