Mesdames, Messieurs,

Marcel Proust, à la recherche perpétuelle de ce dont nous sommes faits, parlait de son « sentiment de l'existence comme il peut frémir au fond d'un animal ».
Ou encore, trouvant Albertine endormie, elle lui faisait l'impression d'être « devenue une plante » ayant « l'air d'une longue tige en fleur ».
Et, débordant le règne animal-végétal, Proust compare Albertine à « une pierre qui enferme la salure des océans immémoriaux... » ajoutant, par delà finalement les règnes animal-végétal-minéral : « Je sentais que je touchais seulement l'enveloppe close d'un être qui par l'intérieur accédait à l'infini ».
Enfin, Proust tel qu'en lui-même... : « Je pourrais, écrivait-il (...), je pourrais continuer (...) à mettre des traits dans le visage d'une passante alors qu'à la place du nez, des joues et du menton, il ne devrait y avoir qu'un espace vide... ».

Animal... plante... pierre... infini... vide, et voici que l'on comprend Jacques Rivière écrivant dans sa notice nécrologique du 1er décembre 1922 « on verra peu à peu combien Marcel Proust est grand. Les découvertes qu'il a faites dans l'esprit et le cœur humains seront considérées un jour comme aussi capitales et du même ordre que celles de Kepler en astronomie. »

Justement, au sujet de vide et d'astronomie, on a entendu, au congrès de la Société d'Astronomie à Boston, il y a quelques années, Guth affirmer que : « Tout dans notre univers pourrait être venu d'une bulle subatomique » (à propos, il y a une trentaine d'années, que la micropsychanalyse parle du « bubbling », j'y reviendrai), Guth donnant raison à Heidmann enseignant que la matière dont est composé tout l'univers est aussi vide que ne le serait le volume du soleil ne contenant que 3 virus, et confirmant les conclusions de Thuan : « tout est venu d'un milliard de milliard de milliard de milliard de fois plus petit que le noyau d'un atome ». Thuan ajoute même que le bronze des statues de Rodin, par exemple, n'est « qu'un vide presque total troublé seulement par les vibrations des électrons, des protons et des neutrons » et que cela, bien sur, vaut pour tout, y compris l'acier, vide, de la Tour Eiffel... et que cela vaut donc pour tous, pour la femme, l'homme, l'enfant, le vieillard, vous, moi.

Pour Démocrite, déjà, « le non-être (le vide) a le même droit à se dire " être " que l'être » (que l'atome donc, que certains croyaient encore plein).
On peut lire dans les Upanisad « Brahma est vie. Brahma est vide. Le vide, en vérité, est la même chose que la joie ». Retenons peut-être cette phrase, car je la reprendrai tout à l'heure.
Lao-Tseu affirmait : « Le Tao est l'immanence efficiente à travers laquelle ce qui existe vient du vide. Le vide peut être considéré comme le créateur de l'univers. »
Et c'est époustouflant, car ce n'est vraiment pas très différent de ce que disent Guth, Thuan, Heidman, Capra, Hawking, Sheldrake, Rubbia et tous les chercheurs modernes, prix Nobel ou non, dans leurs formidables laboratoires hyper-sophistiqués.
Somme toute, il se pourrait que depuis Lao Tseu, nous ayons rétrogradé de 26 siècles en nous racontant des contes de fée suicidaires.

Par chacune de nos particules, psychiques et physiques, qui nous replonge dans le cosmos toutes les 10 puissance-33 secondes, et cela précisément grâce au vide, nous faisons partie du cosmos, psychiquement et physiquement, pratiquement et continuellement, à part entière.
De sorte que l'on ne peut davantage « venir au monde » que « quitter ce monde ». Qu'on le veuille ou non, on y est, et dans l'univers, de toute éternité pour toute éternité. On n'est donc même pas de la poussière qui retournera à la poussière. On est en même temps moins, et mieux que cela.

Pour aider à se représenter que le vide remplit chaque partie de notre corps, chacune de nos cellules, mais aussi chacune de nos pensées (j'y reviendrai), j'ai pris l'habitude de donner quelques exemples imagés :
1) près de cent pour cent du volume d'un atome est vide et nous sommes faits d'atomes. De sorte que, bientôt, je sortirai du crématoire dans une boite d'allumettes. Et si l'on enlève tout le vide en moi, je n'aurai plus besoin de sortir du crématoire car je serai quelque chose d'infiniment plus petit qu'une tête d'épingle.
2) nous qui sommes réunis ici, tout à l'heure (je dis « tout à l'heure » car dans le cosmos il est toujours 0 heure et nous faisons partie de ce cosmos) tout à l'heure donc, nous ici ensemble, nous ne couvrirons pas le fond d'un dé à coudre. Et avec tous les milliards d'humains et les mille milliards de fleurs et de plantes et d'arbres et d'animaux sur terre et dans les airs et dans les mers, nous ne le couvrirons pas davantage, le fond de ce dé à coudre.

C'est, ici, la raison pour laquelle la micropsychanalyse a fait du vide le tabou premier que je définis ainsi : terreur du vide universel, sacré et ambivalent, c'est-à-dire en effroi devant l'insondable, et dont dérivent tous les autres tabous, par exemple le tabou du meurtre, le tabou de l'inceste.
Notre inconscient le sait, mais notre conscient nous donne l'ordre de ne pas le prendre au sérieux, le vide, car il nous démontrerait que nous ne sommes qu'une énergétique manifestation morphologique éphémère.
Cela a même été une surprise pour Simenon me disant qu'il ignorait que le mot vide était celui qui revenait le plus souvent dans son œuvre. C'était d'autant plus intéressant que c'était un jour où il me parlait de son désir d'écrire L'Eloge de la monotonie. Après tout, vide (tout au moins comme lui l'entendait)...monotonie... Pourquoi ne pas se demander, en passant, si ce n'est pas le vide, continuellement sous-jacent dans son œuvre qui aurait contribué à rendre Simenon connu dans le monde entier ?

J'ai bien sur, au cours des années, essayé d'établir un modèle (je souligne ce mot de modèle) qui nous servira au point de vue psychique, modèle du vide que je résume ainsi :
1) comme trame de fond universelle, il y a le vide, continuum infini, parsemé d'une énergie élémentaire diffuse. Cette énergie se structure progressivement pour donner corps et forme à tout ce qui existe.
Voici comment :
2) l'énergie du vide se condense en granules qui, en s'entrechoquant, augmentent leur tension interne jusqu'à provoquer une excroissance : c'est le « bubbling » dont j'ai parlé au sujet du congrès d'astronomie de Boston.
3) c'est là qu'intervient ce que j'appelle l'instinct d'essai, qui transforme l'énergie élémentaire du bubbling en essais successifs conduisant à tout ce qui existe y compris l'être humain.
4) l'être humain, comme l'univers, est d'origine énergétique dans le vide.
5) il l'est donc dès avant sa naissance, le demeure tout au long de sa vie et après sa mort.
Eh oui ! Je dis « Eh oui » car c'est à ce sujet que Paul Valéry écrivait ce mot extraordinaire : « L'esprit a horreur du vide... et il en est fait. »
C'est cette origine non-humaine de l'être humain qui explique pourquoi il a tant de peine à vivre « humainement. »
On peut comprendre pourquoi en dernière analyse, et après des dizaines de milliers d'heures en longues séances avec mes analysés de tout âge et de toute croyance, je pense que :
1) l'être humain n'est pas responsable de ce qui lui est arrivé et de ce qui lui arrivera
2) qu'il ne deviendra ni meilleur ni pire
3) qu'il va rentrer, par-delà ce que l'on prétend et s'il veut vivre, dans la civilisation du vide
4) et que cette civilisation sera planétaire.

Cela dit, la micropsychanalyse sait que le contraire est acceptable pour à peu près tous les points de vue et que le doute l'est nécessairement pour chacun d'eux. Et c'est ce qu'il y a de plus grandiose puisque, précisément, tout est essai, y compris la micropsychanalyse.
Loin de nous, donc, la prétention d'avoir raison. Notre métier est de chercher, et nous cherchons. C'est tout. Et nous ne sommes pas les seuls.
Jacques Lacan, s'entretenant en 1977 avec François Cheng, Professeur à l'Institut National des Langues et Civilisations Orientales, lui avait dit : « vous qui avez la sagesse de comprendre que le Vide est Souffle et que le Souffle est Métamorphose ». Pour Lacan donc : Vide-Souffle-Métamorphose. Pour la micropsychanalyse : vide-énergie-essais.

Ce n'est peut-être pas facile à appréhender mais il a bien fallu, il y a peu de temps, nous abaisser à admettre que la terre n'est pas le centre de l'univers. Il a bien fallu nous abaisser à admettre que l'humain n'est pas une apparition spécifique. Et cela peut concrétiser un sentiment de détresse, de solitude, détresse et solitude que l'analysé apprend, en longues séances, à gérer en découvrant la vertigineuse beauté de la vie.
Franchement, qui oserait aujourd'hui (et cela se fait encore par presque tous les psy) penser que l'angoisse de la solitude, qui a toujours et partout imbibé l'inconscient de l'être humain, viendrait des événements, des conditions de vie de sa petite enfance, que ce seraient des raisons de ce genre qui le poussent à chercher éperdument quelqu'un à qui se raccrocher et, quand il croit l'avoir trouvé, le font jubiler pendant quelques jours ou quelques mois, redevenu le bébé auquel la maman a souri.
Il ne fait rien d'autre, en fin de compte, l'être humain, comme le drogué, que d'essayer de pactiser avec le vide, de conclure une trêve, de faire la paix avec lui pour qu'il cesse de le rendre fou de frayeur. Etre en manque, c'est pour le drogué se retrouver dans les horribles pseudo-réalités dont les gens normaux ont besoin pour vivre et qui sont leur drogue à eux.

Mais quelques mots maintenant sur l'« instinct d'essai » que je viens de mentionner.
J'emploie le mot « instinct » malgré l'Encyclopedia Universalis écrivant que « la plupart des auteurs ont cessé d'utiliser le terme d'instinct... privé de véritable valeur explicative pour l'étude des comportements ». Et sans le vide-essais, c'est exact.
Mais on peut remettre à l'honneur ce concept en postulant :
1) que l'instinct d'essai, par lequel nous existons, existe, lui-même, malgré lui
2) qu'il est le seul instinct
3) que c'est d'autant plus extraordinaire que rien ni personne ne nous le devait, ni à nous ni à l'univers
4) que sans lui rien n'existerait
5) qu'il est le formidable convertisseur de l'énergie du vide en tout ce qui existe.

Chacun fait des essais. Comment se fait-il que la même personne ne vive jamais une même situation exactement de la même façon, si ce n'est par le fait de l'instinct d'essai aveugle ? Moi ici, j'essaie de vous parler du vide-essais. Certains de vous me suivent avec plaisir. D'autres, pas du tout. Et c'est qu'il y a de nombreux points dans mon exposé qui, au premier abord, sont inadmissibles. Entre autre, comment accepter l'idée que nous sommes constitués de vide, et que nous passons notre vie à essayer, à essayer (c'est un comble !) n'importe quoi, comme l'animal, le végétal ou le minéral, et comme l'étoile ou l'électron !

Pourtant, la psychanalyse elle-même est issue d'un extraordinaire jaillissement d'essais. L'œuvre de Freud en donne une preuve éclatante. Ernest Jones écrivait qu'elle se compose « d'essais continuels, souvent décevants, souvent mal dirigés » et Jean Laplanche de parler de « vérités provisoires, pour ensuite les détruire, les modifier, les amender, les compliquer. »
Freud a passé sa vie à essayer. A essayer infatigablement. En 1938, sa voix trahissait l'épuisement de la pensée qu'il nommait « galop d'essais ».
Puis, quand il sentit son heure venue, Freud, majestueux, demanda à Schur de lui donner sa ciguë. Il avait (car il fallait que sa destinée s'accomplisse) traversé son existence en s'abîmant dans la névrose et le cancer. Que lui serait-il arrivé s'il n'avait connu que l'un des deux ? S'est-il parfois, dans l'étincellement de son esprit, posé la question ? En a-t-il eu, comme cela semble être le cas dans le rêve de l'« injection faite à Irma », quelque présage ? Sans sa névrose, serait-il mort plus jeune de son cancer ? Sans ce dernier, aurait-il sombré dans la psychose ? Ou alors, qui sait, serait-ce que l'amour sans condition, la dévotion fidèle envers et contre tout, les continuelles transfusions libidinales de sa fille Anna l'auraient infiniment aidé ? L'auraient sauvé ? Car Jocaste morte, c'est bien avec Antigone qu'il s'en va pour toujours en terre inconnue, libre à son tour de mourir.
Quel pathétique ensemble d'essais en interaction, père et fille qui finissent par se psychanalyser mutuellement en inceste psychique !

Mais poursuivons !
1) l'Association Française pour l'Etude du Cancer publie son bulletin dont les articles ont pour titres : « essais de combinaison rationnelle... », « essais de recrutement cellulaire..., « essais d'immunothérapie... »
2) la Food and Drug Administration aux Etats Unis classe ainsi les expérimentations thérapeutiques : « essais non contrôlés ouverts », « essais extrinsèques », « essais multicentriques », « essais à nombres fixes »
3) dans une plaquette sur la pharmacologie, on peut lire : « les quelques principes actifs à la base de la pharmacopée internationale, sont le résultat de millions d'essais »
4) mais c'est partout que l'on trouve cette notion d'essais. A tous les niveaux. Richard Moreau parle de l'apparition de l'homme sur terre après « un milliard d'années d'essais ».

Plus quotidiennement, un politicien disait en longue séance : « on nous accuse, les politiciens, de retourner notre veste et pourtant, que de fois ne l'ai-je pas vu faire par tout le monde ». Et il a raison, car cela se fait par l'instinct d'essai qui ne sait même pas lui-même ce qu'il fait et s'en moque complètement. Et en dernière analyse, c'est bien de lui que nous dépendons.
Un jour que j'étais chez Picasso et que je le voyais faire une esquisse, puis une autre et encore une autre, je lui avais dit la définition micropsychanalytique de l'art : une féerie d'essais en espérance d'éternité. Je vois encore ses yeux pétillants s'écarquiller. C'était démesurément amusant de lui expliquer l'art, à lui !, qui m'avait dit en éclatant de rire (ah ! ces éclats de rire de Picasso, en se pliant en deux !) « Alors maintenant, je sais ce que je fais : une féerie d'essais en espérance d'éternité ! »
J'aimerais aussi vous donner quelques exemples des essais de la vie de J.J. Rousseau : il s'en va entre autres à Turin, Boudry, Nyon, Fribourg, Lyon, Paris, Venise, Genève, Môtiers, île de St Pierre, Angleterre, Grenoble, Ermenonville...
Et quels essais fait-il pendant ces essais de voyages ? Et bien, il est graveur, fonctionnaire municipal, valet de chambre, secrétaire, larbin, caissier de banque, chanteur, compositeur, copiste, botaniste...
Or, et voici le plus important : si un seul de ces essais avait réussi, il n'y aurait pas de Rousseau ! Et on le comprend par l'instinct d'essai qui, énergétiquement, ne distingue nullement un essai réussi d'un essai raté.
C'est très orgueilleux de dire que l'on fait quelque chose. On essaie. Par exemple on dit : « Je vais à Rome, ou à Londres » Ah bon ! Mais des milliers de personnes l'ont dit et sont parties mais n'y sont jamais arrivées, ni à Rome ni à Londres.

En un mot, la micropsychanalyse considère que l'essai est l'universelle unité dynamique neutre et que l'humain, son corps et son esprit, est un essai composé d'essais.
C'est pour cela que, contrairement à ce qui se passe dans une psychanalyse classique, la résolution micropsychanalytique du conflit inconscient de l'analysé se fait par rapport au vide, et aux essais.
Comme si tous les voyages, petits et grands que nous avons faits jusqu'à maintenant, n'étaient pas que des amorces, que des essais nous préparant aux essais que nous ferons pour établir, par exemple, une station interstellaire !
Si l'on a envoyé dans le cosmos des télescopes avec lesquels on pourra voir encore plus loin, en fait, avec ces télescopes, nous n'allons pas voir le cosmos. Nous allons le revoir. Plus que cela, nous allons le revisiter. Nous allons réaliser le désir qui ne nous quitte pas, celui de retourner là d'où nous venons. On ne peut appeler que prodiges inouïs ce que nous allons faire sur terre et dans le cosmos, pour essayer de le regarder dans le blanc des yeux, de l'empoigner à pleins mains, ce sacré vide.
Mais nous n'en avons aucun mérite. Et c'est que, par delà les voyages des oiseaux migrateurs, nous n'échappons pas plus à notre instinct d'essai que les poissons ou les tortues de retourner inéluctablement là d'où nous venons.
Et évidemment, en fin de compte, pour rien. Pour rien, car par le continuum infini du vide, nous ne ferons toujours que du surplace.
Il y a plus de 50 ans que Albert Camus avait merveilleusement ressenti cela dans le mythe de Sisyphe, où chacune et chacun de nous est condamné, sans le savoir, à rouler un rocher sur le haut d'une montagne, que ce rocher retombe, qu'on va à nouveau le poussera et qu'il retombe. Et cela à l'infini. Image des continuels essais que nous faisons pour échapper au vide.

C'est peut-être, après tout, ce qui m'est arrivé à moi-même, sans que je m'en rende compte ! Après des années d'éducation catholique française, suivies d'années d'éducation scientifique allemande, puis de la confrontation des deux ensemble au cours d'années en Orient, en Afrique, en Australie, au Pole Nord, au Pole Sud. Que d'essais, vraiment, se greffant sur mon terrain suisse, venant d'un modeste hameau montagneux entre Bologne et Florence ! Mais je me pose la question : est-ce peut-être par ces essais que j'ai trouvé la micropsychanalyse ?
Quand je parle du vide psychique-essais, ce n'est ni une élucubration, ni une vue de l'esprit, ni une théorie venant s'ajouter aux autres. Je dirais même que c'est l'anti-théorie tant il se manifeste de manière omniprésente en longue séance.
Et voici comment :
le vide s'appréhende grâce à la surdétermination qui consiste pour l'analysé à travers ses associations libres, à démultiplier chaque détail de sa vie psychique ou matérielle, c'est-à-dire, à décomposer chaque pensée ou action dans ses éléments de plus en plus infinitésimaux : l'analysé évoquera par exemple un fantasme, qu'il décomposera en un certain nombre de vécus utéro-infantiles, de désirs et de défenses, qu'il décomposera encore en représentations-affects, puis en une myriade, une explosion d'essais, relatifs et sans finalité et qui finissent par se confondre et se perdre énergétiquement.
Je définis donc ainsi la surdétermination en micropsychanalyse :
n'importe quel détail de la vie psychique ou somatique est un essai se réduisant à un ensemble d'essais eux-mêmes réductibles.
Et le lien, ce qui existe entre les différents éléments psychiques et somatiques démultipliés, est précisément le vide.
Ce qui signifie que le vide psychique et physique qui nous constitue est composant du vide universel.
Galilée l'avait dit, employant la comparaison de la glu pour faire comprendre le rôle du vide tenant ensemble tout l'univers et grâce auquel les corps solides, vides, pouvaient se déplacer.
La différence entre la surdétermination en psychanalyse et en micropsychanalyse, que j'ai essayé d'‚établir avec mes premiers collaborateurs Pierre Codoni et Daniel Lysek, serait donc importante en ce que l'inconscient n'est plus un terminus mais le tremplin donnant accès au vide.

La surdétermination nous permettant d'appréhender le vide en micropsychanalyse est potentialisée par un certain nombre d'outils dont le maniement exige un apprentissage très précis, apprentissage que le micropsychanalyste a fait au cours de ses propres micropsychanalyses personnelle, puis didactique, puis de contrôle.
Il s'agit d'abord des longues séances, d'une durée habituelle de 3 heures et qui ont lieu quasi quotidiennement. Ce n'est pas si long qu'il n'y parait. Certains analysés, après quelque temps, trouvent même la séance trop courte. Vu qu'une micropsychanalyse ne dure de ce fait, en général que quelques mois, l'analysé est averti que, durant ce travail, il ne devrait pas divorcer, ni entrer dans une relation affective nouvelle. Il est souhaitable, en effet, qu'il évite toute interférence, tout transfert latéral, qui ne serait probablement qu'une répétition massive dont il ne se rendrait pas compte, et qui risquerait de détruire le succès de sa micropsychanalyse.
A ce propos, lorsque l'analysé tombe dans une répétition amoureuse, il se produit un phénomène assez particulier : le micropsychanalyste le sait avant que l'analysé en parle, ou même avant que l'analysé s'en soit rendu compte, car sa voix reprend la tonalité, les inflexions et le débit des deux ou trois premières séances. La voix de l'analysé, en longues séances, est un révélateur précis de l'inconscient.
Pendant sa micropsychanalyse, l'analysé peut, s'il le désire, mener une vie sociale avec le micropsychanalyste. Freud l'a fait quelque fois à ses débuts et d'autres psychanalystes, comme Laforgue, le faisaient assez régulièrement. Je n'ai donc rien inventé à ce sujet.

J'ai institué, par contre, un certain nombre d'appoints techniques, que nous faisons intervenir à un moment très précis dans la dynamique analytique et qui n'ont rien à voir avec la psychothérapie. Ces appoints techniques sont l'étude, par l'analysé :
1) de son arbre généalogique
2) de ses photographies
3) des dessins des lieux où il a vécu
4) de sa correspondance
5) et de l'écoute, en fin d'analyse, de certaines de ses séances enregistrées.
Je n'ai le temps de dire ici que quelques mots de ces appoints techniques qui chacun séparément forme le thème de conférences entières.
Pour vous donner une idée de leur importance, il faut s'imaginer que l'analysé va faire un voyage dans son passé et que ces appoints techniques sont des véhicules qui permettent ce voyage.

Par l'arbre généalogique, cette odyssée commence chez ses ancêtres lui démontrant certaines répétitions psychiques et biologiques comme fils conducteurs d'une génération à l'autre.

Mais parfois il suffit à l'analysé d'étudier les photos de ses grands-parents pour comprendre leur influence étonnante dans la formation psycho-sexuelle de l'enfant qu'il a été. Bien entendu, on ne tire jamais de conclusions d'une seule photo : il faut un faisceau d'indices concordants pour guider la recherche. Mais l'impact psychique de cet appoint technique est irremplaçable. L'analysé fait cette découverte, qui n'a l'air de rien mais qui est chaque fois ahurissante, que pour lui et à juste titre, ses parents devenus vieux n'ont rien de commun avec ses parents jeunes qui l'ont fécondé et élevé. Il peut ainsi se familiariser avec la sexualité parentale et aborder son Œdipe sur le vif.

Et c'est surtout en analysant les photos de sa mère enceinte que l'analysé a la possibilité de prendre conscience de l'agressivité-sexualité maternelle pendant la grossesse. Et alors il pourra appréhender la réalité du stade initiatique qui décide des trois autres stades : oral, anal, phallique. Ce stade initiatique spécifie que le fœtus participe activement au sommeil-rêve de sa mère. Elle l'initie, malgré elle et malgré lui, à tout ce qu'elle fait, ce qu'elle ressent, à ses joies, ses peines, ses angoisses, ses envies, ses activités sexuelles. Car je n'ai jamais connu de femme qui se soit privée de plaisir sexuel par égard pour l'enfant qu'elle porte en son sein.
Le fœtus établit ainsi ses premières connexions et structurations qui, entre autre, forgeront sa personnalité d'adulte. Mais les nécessaires incompatibilités entre les besoins-désirs de la mère et ceux de son fœtus, fomentent ce que j'appelle la guerre utérine, préfigurant la guerre infantile avec ses interdits successifs. Si, à l'heure actuelle, on commence à s'intéresser à la vie fœtale, ce n'était de loin pas le cas il y a 30 ans quand j'en stipulais la nature et l'importance.
Pourtant ce stade initiatique est le plus révélateur des 4 stades, à importance égale, peut-être, avec le stade anal que nous avons investigué en détail et qui, par le dressage à la propreté conditionne et structure toute la relation aux objets externes, laquelle s'extériorisera, par exemple, dans le rapport à l'argent.
Nous sommes parfois allés jusqu'à penser que sans le stade anal, il n'y aurait pas besoin des multiples écoles de philosophie, d'idéologie, de psychanalyses.
Peut-être que, parmi les penseurs de l'histoire, Sade est un des seuls à avoir essayé d'y comprendre quelque chose. On ne le lui a pas pardonné et on lui a collé l'étiquette de libertin répugnant.

Mais poursuivons notre voyage par l'étude des plans des lieux où l'analysé a vécu, qu'il dessine lui-même hors séance et qu'il élabore associativement en séance, étude lui permettant de replonger dans ses territoires psychiques et de s'en imprégner. Il peut ainsi liquider certaines phobies et leurs équivalents psychosomatiques, par exemple quand tout à coup, sur ses plans, il se retrouve dans une chambre sans lumière où, enfant, il avait été enfermé et où il a fait sa première crise d'asthme.

Et le voyage continue avec l'étude de sa correspondance. L'analysé peut, là, prendre conscience, notamment à travers son courrier amoureux, de ses répétitions par rapport à ses désirs agressifs-sexuels.
En effet, dans les lettres d'amour qu'enfant il a écrites à son père ou à sa mère, puis adulte à fiancé, mari ou femme, amant ou amante, dans les lettres qu'il a écrites comme père ou mère à ses enfants, il retrouve, stupéfait, les mêmes sentiments et les mêmes mots pour les exprimer. Finalement, il n'y a plus que le nom du destinataire qui change et là, il a l'occasion réelle, tangible, palpable de prendre conscience que toute manifestation affective n'est vraiment que répétition avec un quelconque substitut. Sans ses lettres dans les mains et sous les yeux, personne n'y croira vraiment et on pourrait même le prendre pour une insulte. Non seulement cela, mais toutes les lettres d'amour écrites par n'importe qui sur terre sont identiques, tantôt dans la joie, tantôt dans la tristesse. Quelle horreur ! Vraiment, rien n'est plus éphémère que les éternelles amours !
On comprend alors pourquoi, hélas, les cœurs sont comme des lustres qui tournent imperceptiblement sur eux-mêmes. Tout à coup, deux lumières entrent l'une dans l'autre : c'est le coup de foudre !
Mais voici que les lustres continuent à tourner, et la foudre ne sait plus sur quoi tomber. Alors, on pourrait mourir de ne plus mourir d'amour.
Malheureusement, ce n'est jamais de le savoir rationnellement qui changera quelque chose au raz de marée amoureux.

L'analysé est arrivé ainsi à la fin de son errance analytique. Il peut alors s'écouter lui-même dans les enregistrements que le micropsychanalyste a faits lors de certaines séances. Il va de soi qu'on n'enregistre jamais rien de l'analysé qui pourrait par accident lui être préjudiciable et de toute façon, en fin d'analyse, on efface les enregistrements. Lorsque l'analysé écoute des extraits de ses séances, c'est un peu comme s'il devenait son propre analyste, et il passe les moments les plus merveilleux de sa vie.

En un mot : les appoints techniques sont de véritables mines d'or provoquant remémoration-verbalisation-remémoration... contribuant au dénouement du refoulement d'une façon physiologique.

Il est évident que chaque analysé ne peut pas avoir à disposition ces 5 appoints techniques. Mais on essaie de faire en sorte qu l'un puisse suppléer au manque de l'autre.
Il ne faut alors pas s'étonner que certaines personnes reculent devant un tel voyage d'archéologue. Pour elles, commencer une micropsychanalyse, c'est un peu se lancer à l'eau sans savoir nager.
Et pourtant il n'est jamais trop tard pour le faire !
En effet, j'ai institué l'analyse des personnes âgées et très âgées. Il n'est, bien sur, pas question pour elles de remettre en cause leur vie entière, mais plutôt de se libérer progressivement de toute angoisse inconsciente de mort et d'acquérir une profonde sérénité. Ce sont mes plus belles micropsychanalyses.
Les longues séances en gérontologie m'ont appris les trois équations :
1) la ménopause-andropause correspond à la puberté
2) la présénescence (de 55 à 75 ans) correspond à l'enfance
3) la sénescence (au delà de 75 ans) correspond à la petite enfance (et, si l'on veut, par l'étude du rêve, jusqu'à la vie intra-utérine, ce qui est étonnant).
Très brièvement : la sénescence est ponctuée par la réédition spéculaire, c'est-à-dire en miroir, donc à rebours, des stades libidinaux du début de la vie.
Je parle par conséquent des stades phallique, anal, oral et initiatique rémanents, le mot « rémanent » explicitant que ces stades post-génitaux ne sont en aucun cas régressifs.

C'est à partir du vide et des essais dont la mise en évidence a été facilitée par la surdétermination et par ces différentes innovations techniques, que j'ai pu re-envisager ce que j'appelle les trois activités cardinales que je définis ainsi : l'homme est vécu selon trois grands modes :
1) le sommeil-rêve
2) l'agressivité
3) la sexualité
J'essayerai, ici encore, d'être bref !

D'abord le rêve. A partir de la définition du rêve que j'avais établie d'après Freud et qui était : le rêve est la réalisation camouflée d'un désir inconscient d'origine infantile, j'en suis arrivé à la définition : le rêve est la réalisation inconsciente du désir énergétique, entraînant la réalisation des autres désirs agressifs-sexuels refoulés.
Le rêve conduit progressivement à une interprétation, faite par l'analysé, (et souvent, d'abord, à son insu) qui n'est plus symbolique mais associative. En ayant pour toile de fonds les appoints techniques, l'étude du rêve, et particulièrement l'étude comparée de plusieurs rêves successifs, laisse apparaître une véritable pâte onirique englobant associativement tous les rêves de l'analysé et tout ce qui a constitué sa vie. Pour l'analysé, prendre conscience que la trame onirique rejoint la trame vitale et pouvoir interpréter un rêve par lui-même, sans l'aide de l'analyste, est le couronnement et le chef-d'œuvre des longues séances.
Une telle étude montre que les racines du rêve sont, en un premier temps, intra-utérines et inhérentes au stade initiatique. Mais la micropsychanalyse nous apprend surtout que les racines du rêves sont en dernier lieu énergétiques.
On voit que la micropsychanalyse, par sa base de vide ubiquitaire, non seulement n'est pas confinée à un individuel inconscient freudien mais déborde même automatiquement les archétypes jungiens.
Car comment comprendre ce que le rêve veut nous signifier si nous oublions nos antécédents infantile-utérin-animal-végétal-minéral ? Comment nous y retrouver si nous négligeons notre primordiale origine par organisation énergétique du vide, alors que nous sommes pleinement partie inhérente de ces étapes ?
Que nous le voulions ou non, nos rêves rappellent que nous sautions à quatre pattes et voltigions de branches en branches, et que nous avons fait une longue route depuis que nous étions algue-poisson-reptile et jusqu'à ce que nous apprenions, après les dauphins et les singes Bonobos, à nous accoupler en face à face. Ce « copula more umanum », cette copulation à la manière des humains, a commencé à nous départager, tout au long d'essais successifs, du « copula more canum », la copulation à la manière des chiens. Il n'est pas du tout rare, en longue séance, de retrouver cela dans les rêves. Et c'est fabuleux.
Et d'arriver à découvrir peu à peu, très progressivement, par d'autres essais et encore d'autres essais, que :
1) nous sommes sous pilotage automatique du rêve
2) qu'il est d'origine non humaine
3) que tous nos rêves ne font qu'un rêve
4) que par lui nous sommes en continuelle union-fusion avec l'univers
5) faisant du rêve la vie sous-jacente à la vie.
C'est peut-être ce que Proust a essayé de dire en écrivant « nous avons des lois astronomiques les plus vastes... influençant nos plus humbles habitudes. »
L'universalité et la neutralité du rêve et son origine non humaine expliquent qu'il a été à disposition de l'humain depuis bien avant que celui-ci n'existe. Et ses enseignements sont multiples.
Les micropsychanalyses que j'ai conduites avec des représentants de toutes races ont confirmé que, d'après l'interprétation de leurs rêves, pour être raciste il faut être complètement farfelu.
Même en remontant aux chimpanzés et bonobos, on a trouvé qu'ils ont le même matériel génétique, à 99%, que le notre, et qu'ils nous ressemblent, à nous, davantage qu'aux autres singes.
Il peut y avoir même davantage de différence génétique entre deux Blancs qu'entre un Noir et un Blanc. Serait-ce parce que tous les humains viendraient, parait-il, de la région éthiopienne ?
Mais, tout cela mis à part, on sait qu'il ne peut y avoir aucune différence, par leur identique origine énergétique, entre les êtres humains, ni par la couleur de leur peau, ni par d'autres caractéristiques quelles qu'elles soient.
C'est encore et surtout dans le rêve que l'on touche du doigt le phénomène que j'appelle « relitique ». J'emploie depuis longtemps, et automatiquement, dans mon travail, ce mot pour signifier une quelconque situation sociale, « relitique » étant la contraction de religion et politique.
Quand on a compris que c'est le rêve, jumeau du vide, qui crée la relitique, on ne s'étonne plus du nombre incroyable, par dizaines de milliers, de religions et de politiques qui ont couvert, couvrent et couvriront la terre.
Que devient, là, notre intelligence ?
Le Juif intelligent vit en l'année 5755, le Bouddhiste intelligent vit en l'année 2525, le Chrétien intelligent vit en l'année 1995, le Musulman intelligent vit en l'année 1415.
Alors, qu'est-ce que l'intelligence ?. Les longues séances m'ont appris à m'en méfier plus que de la peste. Car voici :
1) notre intelligence n'est pas intelligente
2) elle ne peut pas l'être de par son origine énergétique
3) elle est donc avant tout variable et instable
4) ses trouvailles ne peuvent être qu'imparfaites, étriquées, temporaires
5) elle est incapable d'en assumer les conséquences
6) elle fait n'importe quoi en court-circuitant nos états psychiques normal-névrose-psychose
Et tant mieux pour l'être humain qui a l'impression que son intelligence à lui tient plus au moins debout au sujet de ceci et de cela. Il ne peut y arriver qu'en se fabriquant une philosophie personnelle illusoire.
En disant cela, je pense que Piaget, à la fin de sa vie, ne me contredirait pas.
Chez les Juifs, Bouddhistes, Chrétiens, Musulmans, et qu'ils soient politiquement de gauche, de droite, du centre j'ai entendu les mêmes rêves, et pour n'en citer que quelques-uns : perdre des dents, être nu dans la rue, vouloir fuir en restant cloué au sol, tomber dans un gouffre, voler comme un oiseau. Mais, ignorant tout de la trilogie : onirique-énergétique-génétique, ils n'ont pas la plus petite idée de ce qui les concerne au plus profond d'eux-mêmes, de ce qui décide de leur vie et de leur mort. Et ils font les malins ! Nous faisons tous les malins ! Il faut bien vivre !
Enfin, pour les personnes que cela pourrait intéresser, voici ma définition virtuelle du rêve : « téléprésence continue, par interaction du maintenant retrouvé et du toujours modélisé ».

Passons à l'agressivité.
La quantité d'exemples d'agressivité, comme vous le voyez tous les jours dans les médias, dépasse l'imagination.
Rappelons simplement que depuis qu'il existe, uniquement dans ses guerres, l'homme a tué 5 milliards d'hommes. Je parle donc de la guerre adulte, qui boucle la trilogie avec la guerre utérine et la guerre infantile.
Entre parenthèses, il est temps d'abandonner la fable des marchands de canons. Ce sont bel et bien les hommes, des ouvriers aux scientifiques, qui font les canons, consacrent leur vie à la fabrication d'armement de plus en plus sophistiqué, travaillant d'un seul cœur, sans que l'on ait besoin de les y forcer.
Mais l'agressivité peut être plus insidieuse, plus perfide.
Suzan George, économiste, parle des stratèges de la faim et explique comment des multinationales, des systèmes bancaires internationaux et des institutions humanitaires organisent la famine de certains pays pour faire main basse sur leur économie.
Il faut bien sur, à ces stratèges de la faim et de la pauvreté, ajouter les stratèges de l'ignorance. Ils pouvaient, jusqu'à il y a peu de temps, convaincre l'humain que ce qu'on lui apprenait localement était ce qu'il y avait de mieux, mais tout le monde a, maintenant, accès, par les médias, à une connaissance globale.
Or, les stratèges de l'ignorance se trouvent devant un dilemme : ou bien expliquer à l'individu ce qui est en train de se passer, ou bien décider que perestroïka et glasnost relitiques sont infiniment plus dangereuses que l'ignorance elle-même.
Mais les stratèges de l'ignorance pensent, à tort ou à raison,
1) que le peuple n'a pas les moyens de savoir
2) qu'il ne faut pas lui donner ces moyens
3) que la transparence relitique rendrait la classe ouvrière complètement folle, comme une fourmilière qui aurait reçu un coup de bâton
4) que ce que l'on pourrait prendre pour cynisme de leur part est donc un bienfait pour l'humanité.
On se souvient de Mazarin, cardinal et ministre, en train de se bâtir une fortune colossale. Regardant par sa fenêtre les manifestants marcher dans la rue, il avait eu ce mot : « se cantan, che pagan » c'est-à-dire « s'ils chantent, qu'ils payent ».
Eh oui, quel génial relitique que Machiavel !
Les stratèges de la pauvreté, de la faim et de l'ignorance appartiennent à peu près tous au même milieu relitique. Et on devra s'en accommoder pendant encore de nombreux siècles.
Si l'on pousse des hauts cris au sujet, par exemple, des millions de femmes violées dans leur corps, personne ne dira rien au sujet des milliards de femmes et d'hommes violés dans leur esprit.
Bref, de toute façon, on a tellement tué, on tue tellement, on tuera tellement que si l'on n'accepte plus les faux-fuyants, comment ne pas avouer :
1) que faire le mal n'est pas mal par nature
2) que nous le faisons par notre origine énergétique, qui n'a pas connaissance du bien et du mal
3) qu'il n'y a aucune raison que l'homme ne tue pas encore une fois 5 milliards d'hommes !
4) qu'il peut essayer, héroïquement, par son surmoi, de ne pas le faire
5) mais que ce surmoi est trop fragile par ses ramifications dans l'inconscient.
Or, comme cela a toujours été une erreur de tout critiquer, de tout voir en noir et d'être pessimiste, voici que cette agressivité peut se décharger dans la sexualité ou être constructrice par sublimation pour chacun de nous, qu'on peut arriver même, par essais successifs, à une sublimation sublime et devenir Shakespeare, Goethe, Dante, Mozart...
Quoi de plus merveilleusement vide que la musique ou la poésie qui réussit à nous faire verser des larmes de bonheur et à nous souder, en un bloc, à l'éternité ?

Quant à la sexualité :
Jean-Marie Pelt dit que nos difficultés de couples commencent chez les algues. A psychanalyser les mousses, ajoute-t-il, on découvrirait chez ces êtres minuscules des comportements régressifs dans le sens que donne à ce mot la psychologie moderne.
Tobie Nathan écrit, lui, que les invertébrés, comme les insectes, les crustacés, les mollusques sont pourvus de la quasi totalité des fantasmes sexuels décrits par la psychanalyse : masturbation, homosexualité et autres.
Des découvertes de ce genre apportent de l'eau limpide à la fontaine de la micropsychanalyse car c'est le début d'une vison globale de notre origine végétale-animale minérale-énergétique en réminiscence proustienne.
Aristote, par contre, a eu l'idée saugrenue que la femme faisait partie d'une race inférieure et malfaisante. En Occident, les Pères de l'Eglise ont érigé cela en dictature, imposé la civilisation du péché et de la culpabilité.
Et d'autres s'y sont mis. Pour Augustin « la femme est une bête haineuse », pour Jean Chrisostome « la femme est une sale pourriture » et Odon résume le tout par : « la femme est un sac d'excréments. » Les trois ont été canonisés !
Mais la micropsychanalyse en donne la certitude : la supériorité de l'homme est la bévue historique de l'homme.
A ce sujet, voici un essai un peu inattendu : à la Congrégation de la Compagnie de Jésus, qui vient de se terminer à Rome, les jésuites ont présenté leurs excuses aux femmes de les avoir maltraitées et ils ont pris l'engagement d'enseigner dans les écoles et les universités l'égalité essentielle des femmes et des hommes. C'est un peu tard, mais on verra !
Il est d'ailleurs possible que les découvertes en biologie et autres sciences viennent chahuter tout ce que l'on a pensé de l'amour et de la sexualité.
Teilhard de Chardin en avait-il l'intuition en disant : « Si la propension interne à s'unir n'existait pas jusque dans la molécule, il serait impossible à l'amour d'apparaître chez nous ».
Quoi qu'il en soit et quoi qu'il en sera, pour la femme et l'homme, le rêve-agressivité-sexualité sont du même instinct d'essai du même vide.
Autrement dit :
1) notre agressivité-sexualité est une bribe de rêve matérialisé
2) lui seul provoque notre omnisexualité, c'est-à-dire le registre infini de nos désirs et manifestations sexuels
3) non seulement rêve-agressivité-sexualité sont indissociables, mais ils ne font qu'un
4) ils sont d'une origine indépendante de nous, mais nous dépendons d'eux.
5) ils ne peuvent donc que difficilement être envisagés humainement
Ainsi, c'est uniquement en interprétant un rêve en longue séance que l'on comprend l' agressivité-sexualité.
C'est pourquoi les enseignements de Bouddha, Jésus, Mahomet; de Calvin; de Marx, Freud; de Groddeck, Rousseau et de tous les dictateurs relitiques n'ont jamais changé un iota à la sexualité.
D'ailleurs, l'Orient et ses milliards d'êtres humains qui n'ont jamais entendu parler de nos prophètes sublimes et de nos héroïques penseurs, ont exactement la même sexualité que nous.
Et si personne n'a influencé la sexualité humaine, c'est qu'il aurait fallu d'abord influencer le rêve et, par voie de conséquence, qu'il aurait fallu influencer le vide. Et cela, ni dieu ni diable n'en est capable.
A propos, il faut beaucoup de temps pour perdre l'habitude de considérer la sexualité comme un instinct ou une pulsion. Ne l'oublions pas : il n'y a qu'un instinct d'essai et qu'une pulsion de mort-de vie.
Autrement dit si l'on compare le système pulsionnel à un arbre, il y a le tronc, qui est la pulsion de mort-de vie (paraphant le couple attraction par le vide-échappement au vide) et les branches qui sont les copulsions (conservation, destruction, emprise, sexuelle et autres). La sexualité est donc une copulsion et (mais oui !) elle est neutre.
Comment faire mieux ressortir cette neutralité qu'en se représentant le planétaire dégorgement ininterrompu de substance séminale ? On sait que, comme les plantes leur pollen, les hommes éjaculent chaque jour 200 wagons de sperme !
Enfin, pendant un véritable orgasme, les partenaires sont profondément étrangers l'un à l'autre. Car le véritable orgasme ne fait retentir qu'une seule chose : le vide. Et c'est ce vide qui révèle la personne la plus aimée dans sa fonction d'expédient.
C'est sur cela qu'une analysée avait, rêveusement, murmuré : « Peut-être, peut-être... mais juste avant ce vide, le plein, ce n'est pas mal non plus... et de le retrouver après, cela aussi, ce n'est pas mal... »
On peut, ici, vous vous en souvenez, méditer sur la parole des Upanisad : « Le vide, en vérité, est la même chose que la joie ».