psychanalyse au microscope: micropsychanalyse - logo

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De la surdétermination à l’incompatibilité énergie-vide : l’appréhension micropsychanalytique du vide


Bien que trente rayons
Convergent au moyeu
C'est le vide médian
Qui fait marcher le char
Lao Tseu1

Mesdames, Messieurs, chers Confrères,

A l'ouverture de ce second symposium consacré aux apports de la micropsychanalyse dans le prolongement de la psychanalyse freudienne, le comité d'organisation a plusieurs raisons de se réjouir. Non seulement la réponse des micropsychanalystes à notre appel de communications a dépassé notre attente, mais la diversité des abstracts que nous avons reçus montre bien la vivacité de la pensée micropsychanalytique. De fait, les innovations techniques de la micropsychanalyse, loin de n'ouvrir qu'une pratique particulièrement féconde, dégagent un champ de recherches quasi inépuisable. Avec le modèle de l'organisation énergétique du vide introduit par S. Fanti dans L'homme en micropsychanalyse2 les micropsychanalystes disposent d'un outil métapsychologique extrêmement stimulant, mais dont certains aspects peuvent poser problème. Tout micropsychanalyste doit donc mettre ces notions nouvelles à l'épreuve de sa propre expérience, vérifier si elles sont aptes à expliciter les observations issues des longues séances et finalement réévaluer sous leur éclairage les connaissances classiques.

Un symposium comme celui-ci fournit précisément l'occasion de faire le point sur des questions suscitant des réponses divergentes et il offre au chercheur un lieu où exposer des idées originales afin d'en débattre. Nous tenons beaucoup à cette ouverture à la discussion car, lorsqu'on pousse de plus en plus loin l'investigation psychique, on entre nécessairement dans des zones limites, aux contours souvent flous, où le domaine expérimental peut insidieusement céder le pas à la spéculation.

En me plaçant dans cette perspective épistémologique, j'aimerais parler de l'appréhension du vide en micropsychanalyse. Elle constitue effectivement un apport si révolutionnaire qu'elle pourrait sembler abstraite, alors qu'au contraire elle s'impose par la pratique. D'ailleurs, cette appréhension utilise nombre d'éléments qui appartiennent déjà à la psychanalyse classique. Mais, en les laissant s'élaborer dans le «laboratoire associatif» des longues séances, la micropsychanalyse finit par devoir les reformuler métapsychologiquement.

Aspects du vide au point de vue classique

On peut dégager, chez les psychanalystes, une constellation de réflexions gravitant autour de la notion de vide et formant un terrain fertile sur lequel la micropsychanalyse a pu s'appuyer. En voici quelques exemples. D'abord, les classiques soulèvent souvent la question du vide en analysant les situations de deuil, de perte d'organes ou de solitude affective, comme ils le font pour les vécus de béance et de manque en rapport avec le complexe de castration. A un niveau plus profond, le vide est évoqué, parfois de façon explicite, à propos des conséquences obsessionnelles de la défense par isolation ou au sujet des brèches structurelles et relationnelles suscitées par des mécanismes défensifs tels le déni, le clivage ou la forclusion. On connaît aussi le rôle accordé depuis longtemps par les kleiniens aux fantasmes oraux représentant la mère vidée. Il faut mentionner encore les conceptions lacaniennes selon lesquelles l'individu se forme à partir de coupures fondatrices et d'objets du manque. Enfin, citons les travaux inspirés de l’Ego psychology sur l'importance clinique des lacunes identificatoires au niveau du moi.

Dans leur ensemble, ces travaux ne remettent pas en question le cadre conceptuel classique mais s'intègrent, plus ou moins fidèlement suivant les écoles, à la représentation freudienne de l'appareil psychique et des processus qui s'y déroulent : le vide y est essentiellement traité soit sous l'angle de la perte ou du manque, et donc ramené à une particularité de la castration (primaire ou œdipienne), soit sous l'aspect de carences dans la structure de la personnalité qui induisent des déficits relationnels. Les raisons de cette approche, qui nous paraît réductrice, sont faciles à comprendre, au moins schématiquement. Dans une optique strictement freudienne, la démarche analytique s'arrête à la sexualité et à l'agressivité refoulées : une analyse vise à mettre en évidence les contenus agressifs-sexuels enclavés dans l'inconscient, comme les mécanismes qui ont causé cet enclavement et les transpositions qui président à leurs manifestations dans le conscient, le corporel ou l'acte.

Ainsi, la psychanalyse reste dans le cadre de dynamismes dont l'existence dans le champ anthropologique est universellement admise. En ne poussant pas au delà de l'humain son interrogation sur la nature et l'origine des forces en jeu dans les conflits psychiques, la psychanalyse se trouve maintenant (ce ne fut pas toujours le cas) dans une position confortable scientifiquement. Mais elle est aussi condamnée, lorsqu'il s'agit de cerner les sources primaires ou l'organisation basale de la sexualité et de l'agressivité, à évoquer un Eros-Thanatos inévitablement spéculatif dans ce contexte ou à attendre de la biologie un secours qui tarde à venir.

Quant à elle, l'investigation micropsychanalytique conduit également à appréhender l'agressivité-sexualité refoulée et à dégager les effets dynamiques et structurels du complexe de castration. Mais au terme de cette démarche, on entraperçoit quelque chose qui dépasse l'humain et même le biologique, on se trouve aux prises avec ce qui apparaît être une organisation énergétique neutre et surtout une relation essentielle à un vide a-spécifique. Ainsi, quant à la position nucléaire incontestable de la castration, les longues séances engagent à dépasser le modèle auquel se tient la psychanalyse. En effet, elles tendent à indiquer que, si le complexe de castration occupe une telle place dans l'inconscient, c'est parce qu'il réplique et spécifie à ce niveau les particularités de dynamismes fondamentaux ayant trait au vide.

Il s'agit là d'une constatation très dérangeante tant est vive la pression de refoulement qui s'oppose à l'appréhension analytique de la castration, pression qui s'accroît encore lorsqu'on tente d'aller au delà. Force est pourtant de la surmonter car un ensemble de données confluantes viennent alors corroborer l'hypothèse qui donne au vide un rôle structurel et fonctionnel primaire. Essayons d'en passer quelques unes en revue. Ce sera l'élaboration associative du matériel de séance (verbal ou non) qui fournira la base et le fil d'Ariane de cet aperçu puisqu'elle constitue notre seul instrument d'investigation spécifique.

Comme je l'ai rappelé dans mon introduction à notre précédent symposium3, la méthode associative prend une ampleur considérable lorsqu'elle est mise en œuvre selon la technique micropsychanalytique. Elle permet aux associations libres de se développer spontanément en longues chaînes ramifiées et interconnectées qui finissent par s'organiser d'elles-mêmes en grandes lignées associatives jalonnant l'ensemble du parcours analytique. En suivant et en remontant les chaînons et les enchaînements de ce matériel, on est frappé par un mécanisme clef, la surdétermination, qui amène à évoquer le vide de manière presque immédiate.

Approche du vide par la surdetermination

Analytiquement, la surdétermination se définit par le fait que tout phénomène observé, à quelque niveau que ce soit, peut être décomposé en plusieurs déterminants sous-jacents, dont il constitue la résultante énergétique et dynamique. Pour montrer en quoi la surdétermination témoigne de l'importance du vide au point de vue psychique, éclairons cette définition par une approche phénoménologique.

Voici d'abord comment l'analysé expérimente la surdétermination. Au fur et à mesure qu'il apporte et élabore son matériel actuel, vital, fantasmatique et onirique, il réalise que certains contenus manifestes témoignent d'un autre niveau psychique, sous-jacent (ou plus précisément latent) et séparé du conscient. Puis l'analysé perçoit progressivement, à travers les rejetons de son inconscient et les revécus de son agressivité-sexualité utéro-infantile, que chacun de ces contenus conscients ou manifestes exprime et condense ponctuellement plusieurs noyaux inconscients qui sont autant de formations cloisonnées et autonomes. Ce faisant, il finit par avoir conscience qu'un travail est à chaque fois nécessaire pour établir des connexions (par les mots, qui donnent un sens aux choses) entre une manifestation et les différents noyaux qui l'alimentent.

Bien entendu, chaque analysé le vit à sa manière, ne retenant que certaines séquences particulièrement significatives pour lui, sans percevoir clairement la plupart des liaisons qui s'établissent associativement tout au long de son travail. Sauf à l'écoute d'enregistrements, il ne saisit que quelques instantanés du travail de mise en connexion qu'il effectue. La visualisation de l'ensemble associatif revient à l'analyste qui, tout en se laissant flotter dans le flux et le reflux associatifs, fait aussi des recoupements à partir desquels il peut se représenter les réseaux de surdétermination.

De cette vision d'ensemble acquise par le micropsychanalyste, il ressort qu'en filigrane du matériel associatif, la surdétermination est omniprésente. Elle tisse un ensemble de fils virtuels qui se nouent à la fois à un niveau donné et entre différents niveaux.

De la surdetermination a la discontinuite des entites psychiques

Du plus superficiel au plus profond, on peut donner ce schéma de la surdétermination :

1 . Chaque élément manifeste du matériel renvoie à de multiples entités préconscientes qui contribuent toutes à l'expliciter.

2. Lorsque ces formations préconscientes sont à leur tour creusées associativement, chacune d'elle va se ramener à des composants représentationnels-affectifs qui correspondent à des caractéristiques co-pulsionnelles (source, poussée, objet, but), or, ces composants ou caractéristiques s'inscrivent tous comme des déterminants partiels et éclatés de la formation préconsciente en question.

3. Par la suite, quand n'importe lequel de ces composants ou caractéristiques sera analysé à son tour, il en jaillira associativement plusieurs éléments menant chacun une existence propre : d'une part de multiples schèmes inconscients dynamiques (donc des désirs, des défenses et des fantasmes), d'autre part de multiples contenus inconscients structurels (donc des groupes organisés de représentations et d'affects).

4. Par creusements successifs, ces schèmes et contenus inconscients vont à leur tour conduire à de multiples vécus utéro-infantiles refoulés, renvoyant à de multiples contenus représentationnels-affectifs onto- et phylogénétiques...

5. Il semble qu'en poursuivant le creusement associatif, cette séparation-dispersion pourrait se faire à l'infini; en pratique, le matériel conduit à un point limite où l'on ne peut plus se représenter autre chose que des modules énergétiques sans spécificité, que nous appelons essais, et un dynamisme également a-spécifique, que nous appelons dynamisme neutre du vide (Dnv) - on y reviendra et on comprendra alors mieux pourquoi nous rapportons ce dynamisme au vide.

La surdétermination a évidemment des correspondances dans le domaine somatique et physique; la séquence précédente aurait donc pu être complétée par des lignes de surdétermination reliant les entités psychiques au neurophysiologique et au cellulaire par le truchement du ça. Pour en rester au plan psychique, c'est la surdétermination qui fait apparaître progressivement, en une image inversée, les mécanismes efficients de l'inconscient (refoulement, projection et identification) et ses mécanismes élémentaires (déplacement et condensation), grâce auxquels on parvient à se faire une idée du processus primaire, puis à se représenter la structure du ça-inconscient.

Voilà pourquoi la méthode associative est l'instrument idéal - et peut-être unique - pour appréhender la dimension inconsciente du psychisme. Effectivement, dès que l'on arrive au niveau de l'inconscient, les phénomènes ne sont plus observables directement, en tant que tels. On ne peut en avoir qu'une expression déformée au niveau préconscient-conscient. C'est certainement là une des grandes découvertes freudiennes. De manière parfaitement convaincante, Freud a montré que la partie la plus importante de notre psychisme non seulement échappe à notre connaissance immédiate mais n'est saisissable qu'en étudiant ses manifestations. Et cela par nature : au niveau de l'inconscient, des lois différentes régissent le fonctionnement des entités. Or, il en va du vide pour la micropsychanalyse comme de l'inconscient au point de vue freudien : notre esprit ne nous donne pas de renseignement immédiat sur lui, le vide s'appréhende associativement, en particulier grâce à la surdétermination, parce qu'il obéit à d'autres lois que nos entités psychomatérielles.

Envisageons donc ce qu'enseignent les associations libres et la surdétermination quant au vide. Elles permettent bien de dresser une carte du psychisme, mais discontinue, non linéaire, établie à la faveur de ponts qu'on réussit à jeter entre des formations disjointes, de sauts entre des niveaux qui ne s'ajustent pas. Il apparaît clairement que les contenus psychiques sont, dans leur essence, séparés les uns des autres et, plus on creuse, d'une indépendance croissante. En d'autres termes, on constate l'existence d'une discontinuité psychique essentielle, dont les conséquences structurelles et fonctionnelles sont telles que l'on finit par concevoir que le vide en constitue la clef.

Dans l'espoir de gagner en clarté ce qui se perdra en rigueur, l'appréhension micropsychanalytique du vide va être exposée maintenant en distinguant un aspect structurel et un aspect fonctionnel (on verra par la suite qu'ils se superposent largement) et en les présentant sous forme de quelques illustrations qui iront du superficiel au profond.

Le vide au point de vue structurel

La personnalité d'un individu, loin d'être monolithique ou même homogène, apparaît à l'analyse comme une mosaïque formée d'éléments disjoints qui ont beaucoup de peine à former une architecture à peu près cohérente. Plus intimement, c'est une scission (entre inconscient et préconscient-conscient) qui fonde la notion même d'appareil psychique. Il n'y a pas de continuité matérielle entre les noyaux inconscients et leur expression manifeste, mais une suite de sauts (déplacements-condensations) qui se produisent tout au long de l'élaboration primaire puis secondaire et qui impliquent à chaque niveau une modification structurelle. Si bien qu'un rejeton de l'inconscient ne constitue pas un ensemble compact ou même linéaire, mais une mosaïque disjointe d'éléments déformés. Ces éléments présentent fréquemment des incompatibilités structurelles qui les empêchent de s'emboîter entre eux et avec les autres entités du préconscient-conscient. Un travail analytique, appelé élaboration associative, est nécessaire pour que des connexions s'établissent. C'est d'ailleurs l'élaboration associative qui contribue à expliquer la différence d'impact entre les retours spontanés du refoulé (souvent déstructurants) et ceux qu'engendre la levée analytique du refoulement (normalement restructurants).

Quant aux instances (ça, moi, surmoi), non seulement elles sont topiquement séparées les unes des autres, mais elles ont chacune leur propre spécificité et agissent pour elles-mêmes. Cette autonomie concerne également le moi en tant qu'instance intégrative puisqu'il doit, précisément pour jouer ce rôle, spécialiser certains de ses constituants à négocier des compromis entre des protagonistes qu'un fossé sépare. Et elle regarde aussi les différents groupes de représentations-affects qui constituent une instance : ils sont autant d'îlots indépendants formant un archipel dont l'apparente unité tient finalement à une organisation toujours instable. Enfin, les représentations-affects ne sont à leur tour que des traces énergétiques déformées (donc plus ou moins lointaines) des caractéristiques co-pulsionnelles qui leur ont donné naissance.

Ainsi, le matériel associatif et la surdétermination conduisent à cette vision de la structure psychique : il s'agit d'une organisation discontinue d'entités discrètes, toutes séparées par du vide; les entités étant en quelque sorte fermées sur elles-mêmes, l'ensemble des vides qui les circonscrivent sont en communication ; ils peuvent donc se concevoir comme un seul et même vide en continuité entre les différents niveaux d'organisation, entre les entités et entre leurs substructures.

Le vide au point de vue fonctionnel

Le discours associatif témoigne en permanence de vides fonctionnels sur lesquels joue la surdétermination. Relevons d'abord les innombrables espaces aménagés par la verbalisation pour que la pensée s'élabore, le fonctionnement discontinu du système perception-conscience indispensable à la gestion des sensations et à l'Einfall (survenu d'idée incidente), les blancs et lacunes qui caractérisent la mémoire préconsciente-consciente et d'où germent quantités de constructions imaginaires, la soudaine remémoration survenant quand l'esprit s'est vidé, le jaillissement d'une prise de conscience au cours d'un silence... Au delà de ces faits bien connus, on constate que les éléments d'un enchaînement associatif ne s'accolent pas les uns aux autres, mais dessinent un pointillé plus ou moins lâche. Il y a un décalage entre l'émergence des représentations-affects et leur extériorisation, ce qui donne l'impression, souvent vérifiée, que la verbalisation associative creuse des vides grâce auxquels un travail d'élaboration s'effectue.
L'élaboration associative à laquelle on assiste en séance remonte certaines étapes de la surdétermination et permet de reconstituer la genèse des manifestations psychiques. On est alors régulièrement amené à concevoir que le vide y joue un rôle déterminant que ce soit au point de vue dynamique, en étant indispensable à la fonction motrice et relationnelle du système pulsionnel, ou sous l'aspect économique, en assurant les transmissions énergétiques. En effet, par exemple, comment expliciter sans le vide les phénomènes suivants ? : la mobilité énergétique qui préside aux mécanismes élémentaires (déplacements, condensations) et efficients de l'inconscient (refoulement, projection, identification); la possibilité pour l'énergie de sauter du processus primaire au processus secondaire; les passages de l'interne à l'externe avec retour à l'interne exécutés par les projections-identifications secondaires (défensives) ; la perméabilité assurant les translations entre le psychique et le somatique; l'influence réciproque d'instances pourtant cloisonnées; la mise en rapport par les co-pulsions d'entités que rien ne relie directement, telle une zone érogène et un objet-but externe ou purement psychique ; la relation d'objet en tant qu'elle permet la transmission et le décodage inconscient d'informations sans contact repérable.

Bien que nécessairement incomplet, cet échantillonnage suffit à faire saisir que le vide a une fonction d'agent de liaison entre les entités discontinues.

La notion micropsychanalytique de synapse

A la lecture de ce qui précède, on a pu comprendre que le vide est à la fois une sorte de barre de séparation et un trait d'union. S'il sépare les entités, il les met aussi en relation puisqu'elles sont susceptibles de se communiquer une information, de se coordonner énergétiquement et de se transmettre un investissement. Cette dualité du vide rappelle étrangement ce que l'on sait, au point de vue anatomo-physiologique de la synapse qui ménage un espace entre les neurones tout en assurant une transmission entre eux. Faute de pouvoir accéder directement au vide lui-même, on tente donc de modéliser son rôle en émettant précisément l'hypothèse que l'appareil psychique fonctionne synaptiquement. Dans le langage micropsychanalytique, le terme de synapse et son adjectif synaptique ont par conséquent un sens spécifique et extensif qui se réfère à notre modèle métapsychologique. D'où cette définition : « synapse = mode général de liaison des paquets énergétiques grâce au vide qui les sépare et dans lequel s'élabore le substrat d'une continuité »4.

En somme, nous concevons la relation et le passage entre les différentes entités psychiques marquant chaque étape de la surdétermination comme une transmission énergético-dynamique grâce à un vide faisant office de synapse. Si la surdétermination est une notion freudienne classique, l'envisager dans le contexte d'une mécanique synaptique en constitue le prolongement micropsychanalytique. Ainsi, la micropsychanalyse ne se contente pas d'élargir le champ d'expression technique de la surdétermination, mais elle cherche à en pousser l'investigation jusqu'à ses mécanismes intimes. Ce qui lui donne la possibilité d'intégrer l'ensemble des observations concernant le vide dans une théorie cohérente. En particulier, le modèle synaptique permet, à partir de ce qui bouge au cœur de deux pleins, d'inférer la motricité qui s'est jouée entre eux. Dès lors, au lieu de considérer le vide comme une simple lacune ou un rien statique, on peut se représenter deux choses importantes :

1. Le vide doit être le siège d'un dynamisme fondamental, que l'on appelle Dnv, et le dernier support conceptualisable des essais (entendus, répétons-le, comme des modules énergétiques), en émettant l'hypothèse que ces essais se ramènent tous à la même énergie élémentaire, le vide devient le substrat d'une source énergétique basale qu'on appelle Ide (instinct d'essais), d'où la notion de Dnv-Ide.

2. Le vide constitue un référentiel clair pour le système pulsionnel : on fait découler celui-ci du rapport que l'organisation énergétique entretient avec le vide; cet aspect sera développé par la suite, à propos de l'incompatibilité énergie-vide.

La notion de synapse a une portée considérable dans la pratique, dont il va être question maintenant. Comme la surdétermination, l'élaboration associative peut être envisagée en termes synaptiques : elle établit des relations qui sont autant de ponts fonctionnels jetés sur des vides laissés par un refoulement sous-jacent et répercutés par les défenses subséquentes. Plus on avance dans l'expérience analytique, plus on constate que ces vides sont structurels et jouent un rôle synaptique. Même après réanalyse multiple, ils restent présents, mais ils sont reperméabilisés par la levée du refoulement et l'assouplissement des défenses. En d'autres termes, l'élaboration associative permet un passage à travers des synapses qui étaient bloquées et donc un flux énergétique plus physiologique.

On retrouve là, affiné, le constat auquel conduisait la surdétermination : la méthode associative est bien l'instrument parfaitement approprié à l'investigation du psychisme inconscient. La règle fondamentale favorise des passages synaptiques spontanés répondant à une transmission psychique naturelle. Que l'on envisage le creusement d'un niveau de structuration à l'autre ou le jaillissement à partir du ça-inconscient, le saut entre deux mondes différents (l'inconscient et le préconscient-conscient) s'effectue en jouant sur des synapses préexistantes ou nouvelles. D'ailleurs, la classique connexion entre représentations de mots (préconscientes) et représentations de choses (inconscientes) est bien synaptique puisqu'il y a transmission et coordination énergétique entre les premières et les secondes, sans qu'elles fusionnent.

Pour en rester à ce que la prise en considération du vide (et donc de la synapse) apporte à la pratique, je vais aborder maintenant quelques données classiques importantes, que je mettrai en rapport avec leur approfondissement issu de l'expérience micropsychanalytique. Commençons par les notions freudiennes d'équivalence symbolique et de mécanique sphinctérienne.

Du fonctionnement sphincterien a la mecanique synaptique

Freud a montré qu'il existe des équivalences inconscientes entre pénis, fèces, enfant, cadeau et argent. S'établissant au cours de la petite enfance en relation avec l'érotisme anal, elles jouent un rôle de premier plan dans la structuration de l'inconscient et dans les conflits névrotiques jusqu'à leur expression symptomatique. Les psychanalystes ont par la suite ajouté plusieurs termes à cette liste d'équivalences, par exemple le sein au point de vue oral.

Toute micropsychanalyse établit, de son côté, que ces équivalences forment en réalité de véritables équations que nous appelons, à la suite de P. Codoni, équations d'équivalents psychobiologiques5. Il a introduit cette notion parce qu'elle est plus précise et plus opérationnelle que le concept classique d'équivalence symbolique. La pratique montre effectivement que ces équivalents, qui sont des complexes de représentations-affects, mémorisent structurellement et véhiculent dynamiquement de véritables vécus psychobiologiques, c'est-à-dire des expériences co-pulsionnelles spécifiques enregistrées au cours du développement utéro-infantile et phylogénétique. Dans la mesure où les équivalents psychobiologiques sont fixés par le refoulement, ils obéissent aux lois de l'inconscient ; ainsi, chacun d'eux peut devenir un objet d'investissement agressif-sexuel égal à l'autre et le substituer dans la structuration des désirs, des mécanismes de défense et des fantasmes. D'où le terme d'équation qui rend compte des déplacements continuels d'un équivalent à l'autre, sur la base de cette égalité. Avec ce qui en a été dit précédemment, on comprendra aisément que, pour nous, ces translations se font de manière synaptique et que le travail d'analyse y joue un rôle actif lorsqu'il perméabilise des synapses jusqu'alors bloquées.

Avec les longues séances, les équations comprennent assez de termes pour qu'on puisse les qualifier de séries équationnelles. Dans une analyse complète se dessinent progressivement trois séries clefs. La première comprend différentes équations d'équivalents psychobiologiques du pénis (qui spécifient et élargissent l'équation freudienne pénis = fèces = enfant = cadeau = argent, en donnant à chacun de ses termes un sens particulier, suivant les vécus intériorisés du sujet, et en y insérant d'autres équivalents péniens ressortant également de son histoire). Quant aux deux autres équations, elles s'insèrent immédiatement dans la réalité du vide. Il s'agit, en effet, d'une lignée d'équivalents psychobiologiques des ouvertures corporelles ; par exemple : bouche = anus = méat urétral = narine = orifice auriculaire = orifice mammaire = ombilic = col et cavité de l'utérus... Et d'une lignée d'équivalents de l'absence de pénis, dont les objets fétiches sont des illustrations.

Ces trois types d'équivalents sont en étroit rapport associatif les uns avec les autres, ce qui reflète bien l'existence de synapses, à différents niveaux, entre les trois lignées équationnelles. Des déplacements synaptiques peuvent donc se faire autant linéairement, le long d'une même équation, que d'une série à l'autre. Une illustration rendra peut-être cela moins abstrait. Envisageons, en la schématisant à l'extrême, une formation de symptôme. Certains équivalents refoulés à tel stade du développement sont parties constituantes de noyaux inconscients (par exemple des représentations-affects de la pénétration anale laissées par un vécu co-pulsionnel de scène primitive); avec la structuration défensive de ce noyau et la conflictuelle qui en découle, certains investissements se déplacent synaptiquement sur d'autres équivalents, qui sont également en rapport avec le vécu primaire, mais moins chargés au départ (par exemple, des équivalents de sons, structurés par un investissement particulier du dynamisme lié à l'orifice auriculaire) ; ces équivalents deviennent alors satellites du noyau et sont refoulés après coup; à partir de là vont se créer des synapses de décharge tensionnelle utilisant un équivalent apparemment anodin; le déplacement de la charge conflictuelle sur ce dernier et la transformation de l'affect en font un équivalent symptôme (par exemple tel objet bruyant dont la personne a une peur phobique). Or, l'élaboration associative met progressivement en connexion synaptique les termes manifestes de certaines équations et les équivalents refoulés qui les surdéterminent, modifiant ainsi le fonctionnement synaptique de toute l'équation. Et cela sans que l'analyste doive, au moyen d'interventions interprétatives, mettre en rapport forcé les équivalents manifestes et refoulés.

Mais revenons à notre propos principal. La micropsychanalyse permet de généraliser à toutes les ouvertures corporelles, fantasmatiques ou somatiques, la mécanique sphinctérienne anale et orale décrite par la psychanalyse classique. Il ressort en effet du matériel micropsychanalytique que le fonctionnement co-pulsionnel de toutes les ouvertures corporelles est vécu et intériorisé de manière sphinctérienne. Au point de vue métapsychologique, cette généralisation repose sur l'étude des équations d'équivalents psychobiologiques et, en particulier, sur la constatation suivante : la dynamique retenir-évacuer qui caractérise la mécanique anale apparaît être une spécialisation de dynamismes plus fondamentaux, tels fermer-ouvrir, resserrer-relâcher, garder-transmettre, posséder-perdre, contenir-écarter, maîtriser-libérer, agglutiner-désagréger. Dynamismes dont la constante est un rapport au vide prenant la forme de : jouer le jeu du plein ou celui du vide, bloquer ou laisser aller un passage au vide. On peut donc considérer que cette généralisation de la mécanique sphinctérienne est en fait un fonctionnement synaptique et, par là-même, la pose en confirmation expérimentale du rôle métapsychologique que nous donnons à la synapse.

Mecanique synaptique et relation d'objet

Continuons à mettre la métapsychologie micropsychanalytique à l'épreuve de la pratique et abordons la question des relations d'objet - dont l'étude, on le sait, est essentielle au cours d'une analyse. On peut résumer cette étude ainsi : en décortiquant associativement ses relations d'objet, l'analysé prend peu à peu conscience de leurs aspects répétitifs, puis saisit qu'elles expriment et lui permettent de revivre des situations relationnelles fixées à tel ou tel stade de son développement agressif-sexuel. Ce faisant, il établit des correspondances entre ses objets externes actuels et des objets internes inconscients qui, analysés à leur tour, vont se ramener à un assemblage d'équivalents psychobiologiques. Effectivement, dans la mesure où ils sont refoulés et partie constituante des noyaux inconscients, les équivalents psychobiologiques deviennent source, objets ou buts de schèmes co-pulsionnels répétitifs et donc objets de désirs et défenses spécifiques. Cela revient à dire que les relations d'objet dépendent en définitive de l'investissement d'équivalents psychobiologiques et des séries équationnelles que ces équivalents constituent au service de la réalisation des désirs et des défenses. On peut franchir un pas de plus si l'on se souvient que les co-pulsions conjuguent conflictuellement les équivalents du pénis, ceux qui signent son absence et ceux qui ont trait aux ouvertures corporelles. Cette conjugaison conflictuelle se ramenant, comme on l'a vu, à engager une motricité ouvrant/fermant un passage au vide, on peut en déduire que le plus petit dénominateur commun des relations d'objet consiste en ceci : elles se mettent en œuvre selon une mécanique sphinctérienne-synaptique. Ainsi, toute modalité relationnelle a pour dynamisme élémentaire la séquence : entité énergétique - vide - entité énergétique - vide...

Relation d'objet et incompatibilite energie-vide

La psychanalyse classique nous a familiarisés depuis longtemps avec l'ambivalence qui imprègne, à des degrés divers, toutes les relations d'objet. Dès lors, comment intégrer cette conflictuelle ambivalente à notre modèle synaptique ? Au fur et à mesure que se décortiquent associativement les désirs-défenses sous-jacents à l'ambivalence relationnelle, on met au jour une série d'incompatibilités qui se surdéterminent de niveau en niveau. Par exemple : au point de vue œdipien, l'incompatibilité entre la fusion incestueuse et le meurtre annihilateur qu'elle implique, comme celle entre la nécessité vitale du pénis et le vécu de la castration ; durant le stade anal, l'antagonisme irréductible entre le désir d’emprise et d’isolation ; dès l’entrée dans la période objectale, l’impasse entre les poussées d’individualisation et l’angoisse de séparation ; lors de l’allaitement, la contradiction absolue entre l’introjection fusionnelle et le vécu de rejet consécutif à la dévoration vorace ; au point de vue narcissique primaire, celle entre la toute-puissance océanique et l'éclatement résultant des vécus défusionnels ; pendant la vie intra-utérine, l'incompatibilité entre l'intimité psychobiologique avec la mère et la solitude amniotique.

Il apparaît donc régulièrement, au sein des modalités relationnelles spécifiques à chaque stade du développement, des incompatibilités dynamiques tenant à une opposition entre des forces de liaison et de séparation, des poussées à combler et à creuser un vide. Comme on a là une constante des conflits psychiques, on postule que cela reflète une incompatibilité essentielle énergie-vide, incompatibilité liée à leurs caractéristiques opposées : tension et discontinuité pour l'énergie, absence de tension et continuité pour le vide. Il s'en dégage une ambivalence essentielle résultant de mouvements pulsionnels opposés : 1) une tendance à aller vers le vide définissant micropsychanalytiquement la pulsion de mort ; 2) une tendance à y échapper spécifiant la pulsion de vie. Cette ambivalence est tellement intrinsèque au dynamisme pulsionnel qu'en pratique, on ne voit à l'œuvre au tréfonds de l'être qu'une seule pulsion, de mort-de vie.

Prolongements psychobiologiques de la pulsion de mort-de vie, les co-pulsions véhiculent chacune une affinité particulière pour le vide (faite d'une certaine proportion d'attirance et de répulsion) et la médiatisent synaptiquement par les équivalents psychobiologiques. La spécificité de cette affinité pour le vide dépend de la structure énergétique des entités inconscientes et définit le terrain psychique de l'individu.

Incompatibilite energie-vide et repetition

Comment parler de pulsion sans aborder le thème de la répétition ? La redéfinition micropsychanalytique du système pulsionnel amène à y ancrer les phénomènes répétitifs de manière tout à fait originale, en distinguant deux niveaux d'action.

Au niveau le plus basal, on conçoit un automatisme de répétition dont le ressort est la pulsion de mort-de vie et que gouverne un principe universel, le principe de constance du vide. En effet, l'incompatibilité énergie-vide implique une cascade d'actions-réactions : tout mouvement de retour au vide provoque un mouvement d'échappement au vide, entraînant un mouvement de retour, et ainsi de suite... Il s'agit donc d'une infinie répétition visant à satisfaire le principe de constance du vide, c'est-à-dire à maintenir une sorte de « constante de vide » par le jeu d'abaissements tensionnels et/ou de mises en continuité.

Au niveau de l'inconscient, le principe de constance du vide se trouve relativisé par l'organisation psychobiologique et c'est le principe de déplaisir-plaisir qui règne : il exprime le principe de constance du vide en prenant en compte à la fois les caractéristiques énergétiques des entités psychiques et celles du vide. Ainsi, l'automatisme primordial de répétition génère, à ce niveau plus structuré, les répétitions névrotiques qui sont, elles, structurées co-pulsionnellement par les désirs agressifs-sexuels refoulés et les défenses érigées contre eux.

Grâce à cette conception, on parvient à intégrer facilement le cas particulier des compulsions à la répétition dont l'étrangeté est de répéter des expériences de frustration qui semblent battre en brèche le principe de plaisir. Leur but ultime n'est pas tant de rétablir un état antérieur anorganique que de jouer la carte du vide par certains équivalents psychobiologiques. Telle est, en tout cas, la confirmation que la micropsychanalyse peut fournir à l'hypothèse freudienne d'un « au delà du principe de plaisir » ; cependant, l'introduction du principe de constance du vide permet de se passer d'un principe de Nirvâna purement spéculatif. Vu les incompatibilités essentielles que les entités inconscientes mémorisent aussi bien des expériences de satisfaction que de celles de frustration, le système pulsionnel maintient l'homéostasie tensionnelle de l'inconscient en jouant sur la répétition des unes et des autres. De par l'incompatibilité énergie-vide, il ne peut y avoir qu'une action- réaction sans fin, se reportant d'un niveau à l'autre, jusqu'à la manifestation répétitive ; que celle-ci soit bien ou mal ressentie, qu'elle reproduise une expérience de satisfaction ou un vécu de frustration, elle a concilié co-pulsionnellement les caractéristiques de l'énergie et du vide. C'est, dans la relativité et l'instantanéité humaine, une raison d'être amplement suffisante !

Angoisse et peur du vide

Il existe naturellement d'étroits rapports entre la répétition et l'angoisse. On ne s'étonnera donc pas, en abordant celle-ci, d'y retrouver les principaux éléments qui viennent d'être traités dont, en dernière analyse, l'incompatibilité énergie-vide.

Au point de vue économique, l'angoisse peut se définir comme une tension entre le ça et le moi. Mais, pour que cette définition prenne son sens micropsychanalytique, il convient de rappeler que nous comprenons le ça comme une charnière énergétique-pulsionnelle régie par le principe de constance du vide et le principe de plaisir ; de son côté, le moi correspond à une structure de représentations-affects visant à constituer et préserver l'intégrité de la personne, en particulier par le turnover désirs-réalisation de désirs, par la mise en œuvre de formations défensives et par une relative prise en compte du principe de réalité.

Il ressort de ces définitions que l'angoisse est fondamentalement physiologique puisqu'inhérente à la tension énergétique qui caractérise les entités et donc à l'incompatibilité énergie-vide. Se répercutant de niveau en niveau le long de la charnière du ça, elle peut s'enfler dangereusement à l'étage des structures les plus spécialisées, car la complexification de l'organisation énergétique implique des écarts croissants quant au principe de constance du vide. Et on trouve là l'angoisse névrotique qui, en plus de l'incompatibilité énergie-vide, tient à la relative mise en échec du principe de plaisir, à l'intensité de certains désirs refoulés et à l'effet de blocage produit par les défenses (effet paradoxal, puisque les défenses mises en place pour atténuer les effets de l'incompatibilité énergie-vide finissent par les exacerber).

D'autre part, on constate en séance que l'angoisse qui sourd du matériel est surdéterminée et conduit associativement à des peurs clairement reliées à certains équivalents du pénis, de son absence et d'ouvertures corporelles, comme à certaines modalités co-pulsionnelles de la mécanique sphincténienne-synaptique. Voilà qui permet d'intégrer le point de vue dynamique à l'aspect économique. Au cours du développement psychosexuel, l'angoisse s'investit sur certains équivalents psychobiologiques qui lui permettent de s'objectaliser - donc de se transformer en peur - et ainsi de se métaboliser co-pulsionnellement selon les modes sphinctériens-synaptiques en vigueur à ce moment-là. En d'autres termes, toute peur est finalement la signature élaborée d'un conflit énergie-vide vécu selon la relation d'objet spécifique à un stade du développement et joué synaptiquement au moyen des équivalents psychobiologiques investis à ce stade.

Micropsychanalytiquement on ramène donc l'ensemble des peurs manifestes à trois niveaux nucléaires inconscients :

1. L'angoisse-peur de la castration, liée à des vécus du pénis et de son absence.

2. L'angoisse-peur de la mort, liée à des vécus de déstructuration psychique et somatique.

3. L'angoisse-peur du vide, liée à des vécus d'annihilation psychomatérielle.

Alors que les deux premières ont été mises en évidence par la psychanalyse classique, la troisième est un apport spécifique de la micropsychanalyse. L'annihilation qui caractérise cette angoisse-peur du vide est connectée associativement avec des représentations-affects d'éclatement dans le rien et de dissolution totale. On a donc là quelque chose de beaucoup plus radical que la mort, dont on sait, par exemple à travers la clinique du deuil ou de la dépression, qu'elle n'est pas représentée comme cessation définitive de l'existence et disparition complète de l'être.

L'Image comme ecran du vide

Si le vide est attirant face à une tension de refoulé intolérable, l'angoisse-peur qu'en éprouve le moi fait que le vide exerce également une répulsion extrême. Cette attraction-répulsion recoupe l'ambivalence essentielle dont il a été question à propos des déterminants ultimes des conflits psychiques et implique la nécessité homéostatique de contenir l'appel du vide. C'est là le rôle de l'Image (entendue comme ensemble organisé de représentations-affects) dont les facettes, scellées par le refoulement, forment un écran plus ou moins rigide à cet appel. Si bien que la relation inconsciente au vide s'exprime le plus souvent par les manifestations des barrages énergétiques de l'Image. En ce sens, la mise en évidence analytique du vide est tributaire de contingences identiques à celles que Freud a rencontrées en cherchant à appréhender l'inconscient : elle nécessite un travail d'interprétation à partir de traces lacunaires et déformées, voire renversées dans le contraire.

Arrivés à ce point, on pourrait déboucher sur les trois activités cardinales ou la théorie des névroses, mais il est temps de conclure. D'ailleurs, une telle introduction ne saurait prétendre à être exhaustive. D'une part, ayant décidé de me focaliser sur le thème du vide, j'ai dû pratiquement laisser de côté plusieurs pans de notre métapsychologie. D'autre part, même en ce qui concerne le thème choisi, il a bien fallu sérier, si bien que certaines notions, telles la capacité créatrice du vide ou la fonction de clapet du vide de la pulsion de mort-de vie, sont finalement restées sous-entendues.

Enfin, je n'ai peut-être pas toujours su éviter l'écueil d'une démarche paraissant plus déductive qu'associative. Mais, en partant de la surdétermination pour arriver à la mécanique synaptique puis à l'incompatibilité essentielle énergie-vide, j'espère être parvenu à donner une idée de ce que les longues séances de micropsychanalyse peuvent apporter à la connaissance du psychisme. Car, et c'est là un de nos atouts au point de vue scientifique, notre métapsychologie repose sur une solide base associative et résulte d'observations obtenues avec nos outils spécifiques. Bien sûr, comme je l'ai souligné, notre champ d'investigation nécessite un travail de reconstruction et d'interprétation. Cela implique une part d'incertitude et une marge d'erreur qui devraient s'amenuiser avec la multiplication des observations, les perfectionnements de la technique et peut-être l'apport d'autres sciences. Pour l'instant, constatons simplement que l'appréhension micropsychanalytique du vide se vérifie régulièrement dans la pratique et s'impose de plus en plus comme une réalité expérimentale.

 


 

Notes

1 Lao Tseu, Tao Te King, 16, cité par : Nouvelle Revue de Psychanalyse, «Figures du vide», n°. 11, Paris, Gallimard, 1975.remonter

2 Fanti S., L'homme en micropsychanalyse, Paris, Denoël, 1981.remonter

3 Actes du symposium de la Société internationale de micropsychanalyse, Zurich, 26-28 mai 1989, in : Vigna D. et Caillat A. (a cura di), Dalla psicoanalisi alla micropsicoanalisi, Rome, Borla, 1990, 191-201 et ici.remonter

4 Fanti S., en collaboration avec Codoni P. et Lysek D., Dictionnaire pratique de la psychanalyse et de la micropsychanalyse, Paris, Buchet/Chastel, 1983.remonter

5 Codoni P., préface à : Dassano Marcone M., Un sogno lungo nove mesi, Turin, Centro Scientifico Torinese, 1987.remonter

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